Xi Jinping : comment un enfant paria de la révolution culturelle est devenu président à vie
Xi Jinping est aujourd’hui le dirigeant le plus puissant de Chine depuis Mao Zedong. Pourtant, à neuf ans, ce fils de cadre du Parti communiste était traité en ennemi de l’État. Son père, figure fondatrice de la Chine moderne, avait été désigné comme « élément noir » par la révolution culturelle. Cette bascule brutale – du statut de prince rouge à celui de paria – peut être lue comme le moteur secret de toute son ascension politique.
- Fils d’un haut cadre du PCC, Xi Jinping est victime de la révolution culturelle dès l’âge de 9 ans.
- Il passe sept années en exil forcé dans les campagnes arides du nord de la Chine.
- De cet exil, il revient transformé, déterminé à intégrer le Parti et à en atteindre le sommet.
Un prince rouge frappé par la purge de Mao
Le père de Xi Jinping, Xi Zhongxun, est l’un des membres fondateurs de la République populaire de Chine. Ce statut fait du jeune Xi un « prince rouge » – terme désignant les enfants de la première génération de dirigeants communistes.
Mais en 1966, tout s’effondre. La directive du 16 mai 1966 lance la révolution culturelle de Mao Zedong. Ses cibles : les « éléments noirs de la société », ces supposés ennemis de l’intérieur. Xi Zhongxun en fait partie.
Xi Jinping a alors neuf ans. Il ne comprend pas ce retournement brutal. La répression va durer dix ans et faire plusieurs millions de morts. Parmi eux, la sœur aînée de Xi Jinping, poussée au suicide par les gardes rouges de Mao.
- 9 ans : l’âge de Xi Jinping au début de la révolution culturelle en 1966.
- 7 années passées en exil forcé dans la province du Shanxi.
- Moins de 16 ans : son âge à l’arrivée au village de Liangjiahe.
- 100 millions : le nombre de membres du PCC qui participent à l’entretien du culte autour de Xi.
- Plusieurs millions de morts attribués à la révolution culturelle entre 1966 et 1976.
- La révolution culturelle lancée par Mao Zedong en 1966 vise à éliminer les opposants réels ou supposés au sein du PCC et de la société chinoise.
- Les « princes rouges » désignent les enfants des fondateurs du régime communiste chinois, un groupe à la fois privilégié et exposé aux purges politiques.
- Le village de Liangjiahe, dans la province du Shanxi, est aujourd’hui un lieu de mémoire officiel, présenté comme le berceau de la formation politique de Xi Jinping.

L’exil dans les terres jaunes : une épreuve fondatrice
En janvier 1969, Xi Jinping monte dans un train spécial en direction de Xi’an. Il a moins de 16 ans. Dans le train, il raconte que tout le monde pleurait. Lui, souriait.
Cette image, qu’il livre lui-même lors de sa seule interview accessible, donnée en 2004, est soigneusement construite. Elle dit beaucoup sur la manière dont Xi Jinping a appris à contrôler son récit public.
Il passe sept ans dans les « terres jaunes » – ces paysages arides et hostiles du nord de la Chine. Sept ans de travaux forcés dans la province du Shanxi. Il doit également insulter son père en place publique, conformément aux rituels d’humiliation imposés par le régime maoïste.
À son retour, il semble avoir retourné cette épreuve à son avantage. Selon le musée du Parti communiste chinois à Pékin, il portait alors un sac brodé à la main par sa mère. Ce détail, présenté aux visiteurs comme un symbole de modestie et de travail, illustre la façon dont cet exil a été transformé en mythe fondateur officiel.
Le syndrome de Stockholm comme grille de lecture
Comment expliquer que Xi Jinping, victime de la machine répressive du PCC, soit devenu son plus ardent défenseur ? Yu Jie, l’un de ses biographes, exilé aux États-Unis, propose une réponse dans un documentaire Arte réalisé par Sophie Lepault.
« Pour utiliser une image facile à comprendre pour un Occidental, on peut dire que l’arrière-plan psychologique, c’est le syndrome de Stockholm », avance Yu Jie. « Une personne qui a été enlevée prend le parti de ses ravisseurs. Elle ne veut plus être la victime, elle adopte la manière de penser de ses ravisseurs. »
Selon cette lecture, Xi Jinping aurait intégré une logique simple : prendre le pouvoir pour ne jamais redevenir une victime. « C’est la raison pour laquelle il a adopté les méthodes de Mao Zedong », ajoute Yu Jie. « On peut presque dire que c’est un petit Mao Zedong. »
Cette interprétation semble indiquer que l’exil n’a pas produit un homme brisé, mais un homme déterminé. Un homme dont l’ambition se serait construite précisément sur la violence subie.
Un récit officiel soigneusement verrouillé
En 2004, Xi Jinping n’est encore qu’un cadre du PCC en ascension. Il accorde une interview – la seule vraiment accessible – dans laquelle il évoque son passage à la campagne comme une expérience de « sublimation » et de « purification ».
Ce vocabulaire n’est pas neutre. Il transforme l’humiliation en vertu, la contrainte en choix. C’est le récit que Xi Jinping impose sur lui-même, et qu’il autorise à diffuser.
Aujourd’hui, ce récit est entretenu par l’appareil d’État. Le musée du Parti communiste à Pékin met en scène les objets de cet exil. Les guides expliquent aux visiteurs que le futur secrétaire général « travaillait avec les paysans ». Soigner l’image du leader est, selon les propres mots de l’institution, « une œuvre collective et quotidienne, exécutée par 100 millions de membres du Parti ».
Du paria au sommet : une ascension logique après l’épreuve
Après sept ans dans le Shanxi, Xi Jinping revient. Il intègre le PCC, gravit les échelons, et n’aura désormais qu’un seul objectif : atteindre le sommet.
Sa trajectoire peut être lue comme un rapport de force permanent avec le système qui l’a d’abord écrasé, puis qu’il a rejoint, puis dominé. Chaque étape semble répondre à la même logique : ne plus jamais être du côté des victimes.
Xi Jinping cite lui-même la famille comme valeur centrale : « Ce n’est que si chaque famille va bien que la nation et le pays peuvent prospérer. » Cette phrase, répétée dans les médias officiels, renforce l’image d’un dirigeant ancré dans des valeurs traditionnelles, loin de l’enfant paria qu’il a été.
- Xi Jinping a vécu la révolution culturelle comme un traumatisme direct : père purgé, sœur morte, exil forcé à 15 ans.
- Sept ans de travaux dans la province du Shanxi ont façonné sa vision du pouvoir et du Parti.
- Son biographe Yu Jie interprète son adhésion au système comme un « syndrome de Stockholm » politique.
- Son récit personnel est aujourd’hui verrouillé et mis en scène par l’appareil d’État chinois.
- De cette épreuve semble être née une ambition unique : prendre le pouvoir pour ne plus jamais en être victime.

L’homme qui a transformé sa blessure en doctrine
Xi Jinping reste l’une des figures les plus opaques de la politique mondiale. Son enfance, marquée par la violence d’un régime qu’il sert aujourd’hui, constitue une clé de lecture essentielle pour comprendre sa manière de gouverner. Le prince rouge devenu paria, puis revenu plus rouge que rouge : cette trajectoire n’est pas un accident de l’histoire. Elle semble être le fondement même de son projet politique.
Et vous, comment expliquez-vous qu’un homme profondément meurtri par le PCC soit devenu son dirigeant le plus autoritaire ? Partagez votre analyse en commentaire.
Sources : Franceinfo, documentaire Arte « Le Monde selon Xi Jinping » (Sophie Lepault)
