La Chine lance Pallas-1, son nouveau lanceur réutilisable qui défie SpaceX

La Chine lance Pallas-1, son nouveau lanceur réutilisable qui défie SpaceX

Galactic Energy a placé son lanceur Pallas-1 en orbite ce mardi depuis le centre de Jiuquan. C’est la première fois qu’une fusée de taille moyenne développée par un acteur commercial chinois atteint cet objectif. Derrière ce succès technique se dessine une ambition plus vaste : combler l’écart avec SpaceX sur le marché des lanceurs réutilisables, l’un des segments les plus stratégiques de l’économie spatiale mondiale.

En bref

  • Galactic Energy a mis en orbite Pallas-1, son lanceur réutilisable de taille moyenne.
  • La fusée mesure 52 mètres et peut emporter jusqu’à 7 tonnes en orbite basse.
  • Elle est conçue pour résister à 25 vols. Aucune tentative de récupération n’a eu lieu ce jour.
  • Cette mission s’inscrit dans la stratégie de Pékin pour devenir une puissance spatiale.

Un décollage réussi depuis Jiuquan

Pallas-1 a décollé à 10h depuis la zone pilote commerciale du centre de lancement de Jiuquan, en province du Gansu. La fusée a ensuite rejoint son orbite désignée sans incident. Le lancement a eu lieu depuis une plateforme construite par Galactic Energy elle-même.

La fusée est un lanceur bipropergol liquide à deux étages. Elle mesure 52 mètres de haut pour un diamètre de 3,35 mètres. Sa masse au décollage atteint environ 283 tonnes, avec une poussée de 350 tonnes-force. Son premier étage s’appuie sur sept moteurs oxygène liquide-kérosène développés en interne, les CQ-50.

Chiffres clés

  • 52 mètres de hauteur, 283 tonnes à l’allumage
  • 7 tonnes de charge utile en orbite basse terrestre
  • 25 vols potentiels par exemplaire
  • 22 lancements orbitaux réussis au total pour Galactic Energy
  • 89 satellites commerciaux déjà mis en orbite par la société
Contexte

  • Galactic Energy a été fondée en 2018 par Liu Baiqi, docteur de l’université Beihang et ancien ingénieur de la China Academy of Launch Vehicle Technology.
  • La réutilisabilité des lanceurs est l’axe central de réduction des coûts dans le secteur spatial. SpaceX reste la référence mondiale avec son booster B1067, qui a effectué son 37e vol la semaine passée.
  • Le développement de l’industrie spatiale commerciale figure pour la première fois dans le 15e plan quinquennal chinois.
Ingénieur inspectant un moteur de fusée CQ-50 dans une usine aérospatiale chinoise
Les moteurs CQ-50, développés en interne par Galactic Energy, propulsent le premier étage de Pallas-1. (image générée avec IA Gemini)

Réutilisabilité : la route est encore longue face à SpaceX

Galactic Energy n’a pas tenté de récupérer le premier étage lors de ce vol inaugural. La société veut d’abord valider plusieurs systèmes critiques : contrôle de rentrée atmosphérique, ailerons de direction, freinage et décélération. Une récupération verticale – en mer ou sur terre – n’est prévue que dans une prochaine phase.

La prudence est logique. Mais l’écart avec SpaceX reste considérable. Le lanceur Falcon 9 d’Elon Musk vole et revole en série. La semaine dernière, son booster B1067 a bouclé son 37e mission, lors du 100e vol de l’année de Falcon 9. Aucun lanceur chinois récupéré n’a encore revolé à ce stade.

Les lanceurs réutilisables réduisent fortement le coût par kilogramme mis en orbite. Ils permettent aussi d’augmenter la cadence des missions. Ces deux facteurs sont déterminants pour le déploiement de constellations de satellites, les missions habitées et le ravitaillement de stations spatiales.

Un secteur commercial chinois qui monte en puissance

Galactic Energy illustre la montée en compétence rapide du secteur spatial privé chinois. Fondée en 2018, la société dispose déjà d’un catalogue de deux familles de lanceurs. La série Ceres regroupe des lanceurs à propergol solide de petite et moyenne taille. La série Pallas est dédiée aux lanceurs liquides de plus grande capacité.

En six ans, la société revendique 22 lancements orbitaux réussis et 89 satellites commerciaux placés en orbite. Ce bilan positionne Galactic Energy parmi les acteurs les plus actifs du secteur commercial chinois, aux côtés de LandSpace ou CAS Space.

Des introductions en Bourse en vue pour les fusées chinoises

Galactic Energy a entamé en octobre 2025 la phase de tutorat pré-IPO, première étape obligatoire avant une cotation en Chine. Ses rivaux LandSpace et CAS Space sont plus avancés : ils ont atteint l’étape des investigations sur le Star Market de Shanghai.

Ces démarches boursières reflètent un changement de phase. Les entreprises spatiales chinoises cherchent à diversifier leur financement et à structurer leur modèle économique pour des opérations à grande échelle. L’accès aux marchés de capitaux peut accélérer le développement de flottes de lanceurs réutilisables.

La réutilisabilité, pilier de la stratégie spatiale de Pékin

La réussite de Pallas-1 s’inscrit dans un cadre politique précis. L’objectif de faire de la Chine une « puissance spatiale » apparaît pour la première fois dans le dernier plan quinquennal. Cela signifie que l’État oriente désormais explicitement ses ressources et ses acteurs commerciaux vers cet objectif.

Les lanceurs réutilisables sont au cœur de cette stratégie. Ils permettent de réduire la dépendance aux lanceurs d’État, d’abaisser les coûts pour les clients commerciaux et d’envisager une cadence de lancement comparable à celle des Américains. Chaque vol réussi renforce la crédibilité commerciale de ces acteurs sur un marché mondial encore dominé par SpaceX.

Ce qu’il faut retenir

  • Pallas-1 est le premier lanceur réutilisable de taille moyenne mis en orbite par un acteur commercial chinois.
  • Aucune tentative de récupération n’a eu lieu ce jour : Galactic Energy privilégie une approche par étapes.
  • SpaceX conserve une avance massive avec des boosters reflies des dizaines de fois.
  • Galactic Energy prépare une introduction en Bourse pour financer la suite de son développement.
  • Pékin a inscrit l’ambition de puissance spatiale dans son 15e plan quinquennal.
Simulation de récupération verticale d'un booster de fusée réutilisable au-dessus de l'océan
La récupération verticale du booster, prochaine étape clé pour Galactic Energy. (image générée avec IA Gemini)

Galactic Energy face au défi de la répétition industrielle

Le succès de ce premier vol orbital compte. Mais il ne suffit pas. La véritable compétitivité d’un lanceur réutilisable se mesure à sa capacité à revoler vite, souvent et à moindre coût. C’est précisément là que SpaceX domine. Pour Galactic Energy, la prochaine étape – récupérer le booster, le rénover et le relancer – sera le test décisif de son modèle économique.

Avez-vous suivi l’évolution du secteur spatial commercial chinois ? Partagez vos observations en commentaire.

Sources : South China Morning Post

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Qu'est-ce que le lanceur Pallas-1 de Galactic Energy ?
Pallas-1 est un lanceur orbital réutilisable à deux étages développé par la société chinoise Galactic Energy. Il mesure 52 mètres, pèse 283 tonnes au décollage et peut placer jusqu’à 7 tonnes en orbite basse. Il est propulsé par sept moteurs oxygène liquide-kérosène CQ-50. Il a effectué son premier vol orbital réussi en 2025 depuis Jiuquan.
La Chine a-t-elle récupéré le premier étage de Pallas-1 ?
Non. Galactic Energy n’a pas tenté de récupérer le booster lors de ce vol inaugural. La société veut d’abord tester les systèmes de rentrée atmosphérique, les ailerons de direction et les systèmes de freinage. Une récupération verticale – en mer ou sur terre – est prévue dans une phase ultérieure.
Quel est l'écart entre la Chine et SpaceX sur les lanceurs réutilisables ?
SpaceX reste largement en avance. Son booster Falcon 9 B1067 a accompli son 37e vol en 2025. Falcon 9 a effectué 100 missions dans l’année. Aucun lanceur chinois récupéré n’a encore revolé. Les entreprises chinoises comme Galactic Energy, LandSpace ou CAS Space progressent rapidement mais partent de plus loin.
Pourquoi la réutilisabilité des lanceurs est-elle stratégique pour la Chine ?
Les lanceurs réutilisables réduisent fortement le coût par kilogramme mis en orbite et augmentent la cadence des missions. Pour Pékin, développer cette capacité permet de concurrencer SpaceX sur le marché commercial mondial, de déployer des constellations de satellites et de réduire la dépendance aux lanceurs d’État. L’objectif de puissance spatiale figure désormais dans le plan quinquennal chinois.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

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