Shein, Temu, AliExpress : la Chine menace la France après sa loi anti-ultra-fast fashion
Pékin a demandé à la France de suspendre immédiatement sa nouvelle loi sur l’ultra-fast fashion, entrée en vigueur le 2 septembre 2025. Ce texte augmente fortement la contribution financière des grandes plateformes de mode à bas prix, comme Shein, Temu et AliExpress. La Chine juge cette loi discriminatoire et menace de représailles si Paris maintient sa position.
- La France impose une taxe de 12 € par article vendu via l’ultra-fast fashion, plafonnée à 20 € dès 2030.
- Pékin exige la suspension immédiate de la loi et menace de « mesures nécessaires ».
- Shein, Temu et AliExpress sont directement visés par ce dispositif environnemental.
Une loi française qui dérange Pékin
La loi française sur l’ultra-fast fashion repose sur deux critères précis. Elle prend en compte le nombre de nouveaux produits qu’une entreprise lance sur le marché. Elle vérifie aussi si les clients sont encouragés à réparer leurs articles plutôt qu’à les remplacer.
Avant cette réforme, les producteurs concernés versaient une contribution de 0,25 € par article. Ce montant passe désormais à 12 € en 2026, puis atteindra 20 € à partir de 2030. Le barème exact varie selon le score environnemental de chaque produit. Cette contribution incombe aux producteurs, mais rien n’interdit aux entreprises d’en répercuter tout ou partie sur les prix de vente.
- 0,25 € : ancienne contribution par article vendue via l’ultra-fast fashion
- 12 € : nouveau montant appliqué dès 2026
- 20 € : plafond prévu à partir de 2030
- 3 plateformes directement ciblées : Shein, Temu, AliExpress
- La France cherche à réduire l’empreinte environnementale de la mode et à protéger son industrie textile face aux importations à très bas prix.
- Shein a transféré son siège de Chine vers Singapour en 2022, dans un contexte de pression croissante sur les entreprises chinoises à l’international.
- L’introduction en Bourse de Shein à Hong Kong a déçu les marchés, après l’échec de ses projets de cotation à New York et à Londres.

Pékin sort de sa réserve et hausse le ton
La réaction chinoise ne s’est pas fait attendre. Lors d’une conférence de presse, la porte-parole du ministère du Commerce, Huang Ling, a demandé à la France de « suspendre immédiatement l’application de la loi ». Elle a qualifié Pékin de « très mécontent » de la décision française.
L’argument central de Pékin tient en un mot : discrimination. Selon les autorités chinoises, la loi française instrumentalise les critères environnementaux pour instaurer un traitement commercial à deux vitesses. Pékin estime que ce dispositif pourrait enfreindre les règles de non-discrimination de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Le message final de Huang Ling ne laisse guère de place à l’ambiguïté. « Si la France persiste, la Chine prendra les mesures nécessaires pour protéger les droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises. La France assumera toutes les conséquences qui en découleront. » Ces « mesures nécessaires » restent non précisées, ce qui peut être lu comme une stratégie délibérée de pression.
Un bras de fer autour de l’argument environnemental
La France défend une logique simple : moins on produit vite et beaucoup, moins on paie. L’objectif affiché est environnemental – réduire l’empreinte carbone et textile d’un modèle industriel fondé sur le volume et la vitesse.
Pékin interprète la chose différemment. Selon les autorités chinoises, ce cadre légal cible en réalité des entreprises chinoises spécifiques, sous couvert de normes écologiques. La Chine estime que des acteurs européens moins soumis à ce type de cadence productive ne seront pas touchés de la même façon, ce qui crée une inégalité de traitement.
Cette tension soulève une question de fond : jusqu’où un pays peut-il utiliser des règles environnementales comme levier de politique commerciale, sans contrevenir aux engagements multilatéraux ? L’OMC sera peut-être appelée à trancher.
Shein sous pression des deux côtés
La loi française arrive au mauvais moment pour Shein. La plateforme a fait ses débuts en Bourse à Hong Kong mardi, dans un contexte difficile. Ses projets de cotation à New York et à Londres avaient échoué, dans un climat marqué par les interrogations sur ses chaînes d’approvisionnement en Chine.
L’introduction en Bourse a été jugée décevante par les marchés. Shein avait pourtant anticipé ce type de pression géopolitique. En 2022, elle avait transféré son siège de Chine vers Singapour. Ce mouvement semble être une tentative de prendre ses distances avec les entreprises chinoises dans le regard international. Mais cela n’a pas suffi à la protéger des nouvelles contraintes réglementaires européennes.
Un rapport de force qui dépasse la mode
Cette confrontation entre Paris et Pékin dépasse le simple débat sur la fast fashion. Elle semble indiquer une volonté européenne de réguler plus fortement les plateformes chinoises via des outils environnementaux. La France n’est pas seule dans cette démarche : l’Union européenne examine aussi des mécanismes similaires à l’échelle continentale.
Pour la Chine, laisser passer cette loi sans réagir aurait été perçu comme un signal de faiblesse. La réponse ferme de Pékin peut être interprétée comme un avertissement adressé à l’ensemble des partenaires européens tentés de suivre le même chemin.
- La France taxe désormais jusqu’à 12 € par article les acteurs de l’ultra-fast fashion, dont Shein, Temu et AliExpress.
- Pékin exige la suspension immédiate de la loi et menace de représailles non précisées.
- La Chine conteste la légalité du dispositif au regard des règles de l’OMC.
- Shein traverse une période difficile : IPO décevante à Hong Kong, pression réglementaire en Europe.
- Ce bras de fer peut annoncer un durcissement des relations commerciales franco-chinoises.

La France face à un choix stratégique
Paris dispose de plusieurs options. Maintenir la loi telle quelle envoie un message clair sur la souveraineté réglementaire. Ouvrir un dialogue avec Pékin autour des modalités d’application peut être une voie médiane. Reculer face aux menaces chinoises serait, en revanche, un précédent difficile à assumer politiquement.
La loi est en vigueur. La balle est désormais dans le camp français. Ce que Paris décidera dans les prochaines semaines dira beaucoup sur la capacité de l’Europe à tenir ses positions face à la pression commerciale chinoise.
Et vous, pensez-vous que des critères environnementaux peuvent justifier ce type de taxe sur les importations ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : Euronews / AFP
