Séjourné face à la Chine : partenaire commercial, mais rééquilibrage exigé
Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne, a posé le cadre clairement : la Chine reste un partenaire commercial de l’Union européenne, mais les relations actuelles sont déséquilibrées. Derrière cette formule sobre se cache une offensive industrielle et réglementaire que Bruxelles est en train de construire. Et Pékin n’entend pas rester passif.
- L’UE prépare un « Industrial Acceleration Act » pour faire remonter la part de l’industrie à 20 % du PIB européen.
- Bruxelles veut introduire une clause de « préférence européenne » et des règles sur les investissements étrangers.
- La Chine a menacé de riposter si ses intérêts ne sont pas pris en compte.
- Séjourné assume la démarche : réduire les dépendances stratégiques, pas punir Pékin.
Un marché européen jugé trop ouvert face aux produits chinois
Le constat de Séjourné est direct. L’industrie représente aujourd’hui 14 % du PIB européen. En 1990, elle pesait 20 %. Cet écart de six points traduit plusieurs décennies d’érosion industrielle.
Le commissaire désigne une cause principale. « On est inondés de produits chinois sur le marché européen, souvent dans des secteurs clés et stratégiques, avec des dépendances qui ne sont pas acceptables », a-t-il déclaré sur France 24.
Ces secteurs restent non précisés dans ses déclarations, mais le contexte géopolitique les rend lisibles : énergie solaire, batteries, véhicules électriques, semi-conducteurs. Des filières où la Chine domine massivement les chaînes d’approvisionnement mondiales.
- 14 % : part actuelle de l’industrie dans le PIB européen
- 20 % : objectif cible, niveau atteint en 1990
- 450 millions : nombre de consommateurs dans le marché unique européen
- 90 milliards d’euros : prêt approuvé par l’UE pour l’Ukraine jusqu’en 2027
- Séjourné a présenté le 4 mars 2026 un projet de loi sur l’accélération industrielle (IAA) visant à relancer la base manufacturière européenne.
- L’UE négocie en parallèle des accords commerciaux avec le Mercosur et l’Australie, déjà contestés en interne.
- La Chine a réagi en menaçant de prendre des mesures de rétorsion si l’IAA ignore ses intérêts.

La « préférence européenne » comme instrument de rééquilibrage
Pour inverser la tendance, Séjourné propose deux leviers. Le premier est une clause de préférence européenne dans les marchés publics et les achats stratégiques. L’objectif est simple : favoriser les fournisseurs européens dans des secteurs jugés indispensables à la souveraineté.
Le second levier concerne les investissements étrangers en Europe. Bruxelles veut conditionner ces investissements à un transfert de technologie et à des partenariats avec des acteurs industriels européens.
Le commissaire revendique une cohérence de principe. « C’est remettre aux standards internationaux un marché de 450 millions de consommateurs », explique-t-il. L’argument est clair : les États-Unis et la Chine appliquent eux-mêmes des règles strictes pour protéger leurs industries. L’Europe, seule grande puissance économique sans dispositif équivalent, se retrouve exposée.
Cette asymétrie peut être lue comme la véritable tension derrière le projet. L’UE n’est pas en train d’inventer une doctrine protectionniste – elle cherche à s’aligner sur des pratiques déjà en vigueur chez ses principaux partenaires commerciaux.
Pékin menace, Bruxelles maintient le cap
La réaction chinoise ne s’est pas fait attendre. Face à l’IAA, Pékin a ouvertement menacé de riposter si ses intérêts n’étaient pas pris en compte dans le texte final.
Séjourné a répondu sans ambiguïté. « Nous ne le faisons pas contre la Chine, nous le faisons pour nous-mêmes. » Une formulation qui cherche à désamorcer la confrontation tout en refusant de reculer.
La position européenne semble reposer sur une distinction soigneuse entre défi commercial et hostilité politique. Bruxelles veut réduire ses dépendances stratégiques sans rompre une relation commerciale qui reste massive. Mais cette ligne de crête est difficile à tenir : chaque mesure de protection européenne sera inévitablement perçue par Pékin comme une restriction d’accès au marché.
« Partenaire », mais sous conditions nouvelles
La formule de Séjourné – « la Chine reste un partenaire commercial, mais il faut rétablir un équilibre » – résume l’ambiguïté de la position européenne. Elle reconnaît l’interdépendance tout en refusant le statu quo.
Ce discours semble indiquer un changement de phase dans la relation UE-Chine. Pendant des années, Bruxelles a privilégié l’engagement commercial et les négociations sur les droits, sans contraindre les conditions d’accès à son marché. L’IAA marque une rupture partielle avec cette approche.
L’enjeu caché est celui de la réciprocité. Si l’Europe veut des marchés équitables en Chine – ce qu’elle réclame depuis des décennies sans résultat -, elle ne dispose que d’un seul levier crédible : rendre son propre marché conditionnel.
Des accords commerciaux pour réduire la dépendance aux marchés américain et chinois
Séjourné inscrit l’IAA dans une stratégie plus large de diversification. Les accords avec le Mercosur entrent en application provisoire le 1er mai 2026. Un accord avec l’Australie est en négociation. Ces deux chantiers sont contestés – la Pologne a annoncé un recours devant la Cour de justice de l’UE contre le Mercosur, et le monde agricole s’inquiète des concessions faites à l’Australie.
Mais pour Séjourné, la logique est cohérente. « Il nous faut des accords commerciaux pour diversifier les secteurs d’exportation et réduire la part d’influence des marchés américains et chinois à l’importation. » La dépendance n’est donc pas seulement identifiée du côté chinois. Elle inclut les États-Unis. La stratégie européenne vise les deux.

Industrie et souveraineté : une course contre la montre
Séjourné ne laisse pas de doute sur l’urgence. « Si nous ne faisons rien, ces industries pourraient disparaître dans les cinq ou dix prochaines années. » C’est une projection alarmiste, mais elle s’appuie sur des signaux réels.
Plusieurs secteurs industriels européens sont déjà en recul face à la concurrence chinoise et américaine. Le solaire européen a pratiquement disparu. L’automobile est sous pression. La chimie ferme des sites. Le projet IAA se présente comme une réponse systémique, pas comme un plan de sauvetage sectoriel.
La question qui reste ouverte est celle de l’exécution. L’UE a 27 États membres avec des intérêts industriels très différents. Certains exportent massivement vers la Chine. D’autres dépendent de ses investissements. Construire une unanimité autour d’une « préférence européenne » reste un exercice politique délicat.
- Bruxelles veut faire remonter la part de l’industrie à 20 % du PIB européen.
- Une clause de préférence européenne et des conditions sur les investissements étrangers sont sur la table.
- La Chine a menacé de riposter contre ce projet industriel.
- Séjourné assume la rupture partielle : partenariat maintenu, mais asymétrie inacceptable.
- La diversification commerciale vise à réduire la dépendance à la fois à la Chine et aux États-Unis.
Un rééquilibrage inévitable, mais semé d’embûches
Le discours de Séjourné renforce l’hypothèse que l’Europe est en train de changer de rapport à son propre marché. Pendant des décennies, la taille de ce marché était un argument de négociation. Elle devient aujourd’hui un instrument de conditionnalité. Ce changement de posture rencontre deux résistances : la menace chinoise à l’extérieur, et les divergences entre États membres à l’intérieur. L’issue du projet IAA dira si l’Europe est capable de traduire ce changement de cap en actes concrets.
Et vous, pensez-vous que l’Europe va trop loin – ou pas assez – face à la concurrence industrielle chinoise ? Partagez votre analyse en commentaire.
Sources : France 24 – Ici l’Europe
