Au Sénégal, la Chine capte 30% des marchés publics pendant que la France recule à 5%
La Chine représente désormais plus de 30% des marchés publics au Sénégal. La France, autrefois dominante, est tombée à 5%. Ce renversement de situation illustre un changement de fond dans les rapports économiques entre l’Afrique de l’Ouest et ses partenaires étrangers. La question n’est plus de savoir qui domine, mais si les entreprises françaises peuvent encore exister dans ce nouveau paysage.
- La Chine pèse plus de 30% des marchés publics sénégalais, la France seulement 5%.
- Le futur port en eau profonde de Ndayane, à 2 milliards de dollars, a été confié à un consortium dominé par des entreprises chinoises.
- Certaines PME françaises s’adaptent en créant des filiales locales et en transférant leurs technologies.
Un port à 2 milliards de dollars qui symbolise le recul français
À Ndayane, sur la côte sénégalaise, un chantier gigantesque prend forme. Le pays construit son premier port en eau profonde, capable d’accueillir les plus grands porte-conteneurs du monde.
Le projet est piloté par DP World, groupe émirati. Son directeur général, Clarence Rodrigues, ne cache pas ses ambitions : le port doit « propulser le Sénégal dans le futur » en matière de logistique et de connectivité.
Le coût total dépasse 2 milliards de dollars. Pour les travaux, des entreprises du monde entier ont répondu à l’appel d’offres, dont plusieurs groupes français. Elles n’ont pas été retenues. Le consortium gagnant est dominé par des entreprises chinoises. Selon des informations de France Télévisions, le consortium mené par Eiffage était 20% plus cher. La différence de prix a suffi à trancher.
- 30% : part des marchés publics sénégalais captés par la Chine
- 5% : part résiduelle des entreprises françaises sur ces mêmes marchés
- 2 milliards de dollars : coût du port en eau profonde de Ndayane
- 36 000 luminaires solaires commandés à la PME française Ragni, pour un contrat d’environ 70 millions d’euros
- 20% : surcoût estimé du consortium français face aux offres chinoises pour le port de Ndayane
- Depuis 20 ans, la Chine investit massivement en Afrique dans les infrastructures, l’énergie et l’industrie.
- Pendant des décennies, les entreprises françaises dominaient les grands marchés au Sénégal dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie et de la banque.
- Le Sénégal connaît une phase de développement accélérée, avec des projets urbains, portuaires et industriels de grande ampleur.

Diamniadio, la ville nouvelle qui pousse sans entreprises françaises
À quelques kilomètres de Dakar, une ville entière sort de terre. Diamniadio est conçue pour désengorger la capitale. Le stade, la gare, les hôtels et la majorité des immeubles ont été construits par des entreprises turques.
À côté, une plateforme industrielle accueille des investisseurs étrangers. Sur le site, on trouve des entreprises tunisiennes et chinoises. Bohoum Sow, secrétaire général de l’APROSI, qui gère la plateforme, dit ne connaître aucune entreprise française présente.
Il observe que les entreprises chinoises ont su lire les besoins locaux. Dans une usine d’emballages en carton, par exemple, des formateurs chinois transmettent leurs savoir-faire à des employés sénégalais. Pour Bohoum Sow, c’est un modèle de flexibilité. «Le Sénégal a besoin d’infrastructures et la Chine l’a compris», résume-t-il. Une formule qui dit beaucoup sur l’état des rapports de force actuels.
Pourquoi la Chine gagne là où la France recule
Le prix reste l’argument décisif sur la plupart des appels d’offres en Afrique. Les entreprises chinoises proposent systématiquement des offres plus compétitives, souvent adossées à des financements publics chinois.
Mais le prix n’explique pas tout. Les acteurs locaux soulignent aussi la capacité des Chinois à s’adapter rapidement aux réalités du terrain. Ils créent des partenariats locaux, forment de la main-d’oeuvre sur place et diversifient leurs activités selon la demande.
La Chine a aussi compris que le continent africain est devenu un marché stratégique. Vingt ans d’investissements continus ont construit une présence que la France peine aujourd’hui à contester sur le terrain des grands projets d’infrastructure.
Les PME françaises qui résistent en changeant de méthode
Tout n’est pas perdu pour les entreprises françaises. Certaines PME tirent leur épingle du jeu, à condition d’accepter de profondément revoir leur approche.
Le groupe Ragni, PME familiale basée à Cagnes-sur-Mer, en est l’exemple concret. Elle a remporté un contrat pour l’installation de 36 000 lampadaires solaires au Sénégal. Valeur du projet : environ 70 millions d’euros, partiellement financés par la Banque de Développement française.
Pour gagner ce marché, Ragni a dû changer de modèle. L’entreprise a créé une filiale locale, confié sa direction à un Sénégalais – et non à un expatrié – et accepté de transférer sa technologie. Birama Diop, directeur de la filiale sénégalaise, résume la recette : «Flexibilité, qualité, coût, et surtout emplois locaux.»
Ce modèle semble pointer vers une nouvelle façon d’opérer pour les entreprises françaises en Afrique. Pas de la sous-traitance, mais une vraie présence locale avec ancrage dans l’économie du pays.
La Banque de Développement française parie sur la montée des exigences
Du côté des institutions françaises, on refuse de céder au pessimisme. Caroline Richard, responsable de l’antenne sénégalaise de Proparco – la filiale de l’Agence Française de Développement dédiée au secteur privé – croit à un rebond possible.
Son argument : à mesure que les standards de qualité montent dans les appels d’offres, les entreprises françaises retrouvent leur avantage compétitif. Elles seraient «très compétitives quand les exigences sont élevées», dit-elle.
Cette hypothèse peut être interprétée comme une stratégie de niche. Plutôt que de concurrencer la Chine sur les grands volumes et les faibles coûts, les entreprises françaises misent sur la qualité technique, la durabilité et les normes élevées. La réussite de Ragni semble confirmer que cet espace existe.

Un rapport de force désormais structurel
Le recul de la France au Sénégal ne ressemble plus à une difficulté passagère. Il semble indiquer une transformation durable des équilibres économiques en Afrique de l’Ouest.
Pendant des décennies, la présence française dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie et de la banque au Sénégal était considérée comme acquise. Ce n’est plus le cas. La Chine, la Turquie et d’autres acteurs émergents ont comblé un vide que les entreprises françaises n’ont pas su défendre.
Le modèle qui semble fonctionner pour les Français est celui de l’adaptation totale : ancrage local, direction locale, transfert de technologie, prix compétitif. Ce n’est plus le modèle de l’exportateur qui débarque avec ses équipes. C’est celui du partenaire qui s’installe.
- La Chine capte plus de 30% des marchés publics sénégalais, la France seulement 5%.
- Sur le port de Ndayane à 2 milliards de dollars, les Français étaient 20% plus chers que le consortium chinois.
- Les entreprises chinoises combinent prix bas, flexibilité et formation locale.
- Certaines PME françaises réussissent en s’adaptant : filiale locale, direction sénégalaise, transfert de technologie.
- Ce recul semble structurel et dépasse le simple cas sénégalais.
Un nouveau modèle s’impose, avec ou sans la France
Le Sénégal construit ses infrastructures à grande vitesse. Les partenaires qui gagnent sont ceux qui ont compris les règles du nouveau jeu : prix compétitif, adaptation locale, création d’emplois sur place. La France peut encore jouer un rôle, mais à condition d’abandonner ses anciens réflexes. Les entreprises qui ne s’adaptent pas risquent de disparaître du paysage africain plus vite qu’elles ne l’imaginent.
Et vous, pensez-vous que les entreprises françaises peuvent regagner du terrain en Afrique face à la concurrence chinoise ? Donnez votre avis en commentaire.
Sources : France Info
