Guerre en Iran : comment le choc pétrolier paralyse les usines chinoises
Depuis le déclenchement de la guerre en Iran, les usines chinoises souffrent d’un choc brutal sur leurs approvisionnements en matières premières. Le plastique, dérivé du pétrole iranien, a doublé de prix en quelques semaines. Pour des villes industrielles comme Zhangmutou, à 2 000 km de Pékin, la situation est désormais décrite comme pire qu’au moment du Covid. Derrière ce constat, une réalité stratégique : la dépendance de la Chine aux hydrocarbures du Moyen-Orient fragilise directement sa chaîne de production.
- La guerre en Iran perturbe les importations chinoises d’hydrocarbures depuis la mi-mars.
- Le prix du plastique a doublé, paralysant textile, électronique et industries diverses.
- Des ouvriers se retrouvent sans travail et proposent leurs services dans la rue.
- Un négociant en plastique parle d’une situation « pire que le Covid ».
Zhangmutou, ville-symbole d’une industrie à l’arrêt
Zhangmutou est une ville ordinaire de la Chine industrielle. Ses usines fabriquent du textile, du plastique, de l’électronique. En apparence, les chaînes de montage tournent encore. Mais depuis deux mois, la production a ralenti de façon significative.
La cause est directe : les matières premières manquent. Le plastique, indispensable à l’assemblage de nombreux produits, est un dérivé du pétrole. Or ce pétrole vient en partie d’Iran, dont la guerre a bloqué les exportations vers la Chine.
Bryant Chen, responsable d’une usine d’aspirateurs, résume la situation sans détour : « Les prix changent constamment et continuent d’augmenter parce que les matières premières sont plus rares. Aujourd’hui, nous perdons de l’argent et nous n’arrivons pas à respecter nos commandes. »
- Le prix du plastique a doublé depuis le début du conflit en Iran.
- Le ralentissement industriel a débuté à la mi-mars, soit environ deux mois avant ce reportage.
- Zhangmutou concentre des industries textile, plastique et électronique représentatives de la production manufacturière chinoise.
- La ville se situe à 2 000 km de Pékin, au cœur des zones industrielles secondaires.
- La Chine importe une part significative de ses hydrocarbures depuis le Moyen-Orient, dont l’Iran.
- Le secteur textile chinois subissait déjà des droits de douane supplémentaires imposés par les États-Unis avant le conflit.
- La dépendance au pétrole iranien expose directement les industries manufacturières aux chocs géopolitiques régionaux.

Le textile en première ligne : ouvriers sans travail dans la rue
Le secteur du textile illustre mieux que tout autre les effets concrets de la crise. Dans certains ateliers de Zhangmutou, les ouvrières sont moins nombreuses qu’en temps normal. La combinaison des droits de douane américains et du choc iranien a grippé la machine.
Jingjing, ouvrière textile, exprime ce que beaucoup ressentent : « Quand on travaille à l’usine et que les commandes sont plus rares, on vient pour ne rien faire. Alors, évidemment, ça ne plaît pas au patron. Nous, les ouvrières du textile, on est les premières victimes de la situation internationale. »
Des ouvriers licenciés proposent désormais leurs services en pleine rue. Ce détail, en apparence anecdotique, dit beaucoup sur la brutalité du retournement.
Un double choc : la guerre en Iran amplifie les tensions commerciales avec Washington
Le timing est particulièrement difficile pour la Chine. L’industrie manufacturière absorbait déjà les effets des droits de douane supplémentaires imposés par les États-Unis. Le conflit en Iran est venu amplifier ces tensions, sur un terrain déjà fragilisé.
Ce double choc – pression commerciale américaine et rupture des approvisionnements énergétiques – semble indiquer une vulnérabilité structurelle. La compétitivité des exportations chinoises repose sur des coûts bas. Des matières premières deux fois plus chères bouleversent cette équation.
- Les droits de douane américains ont d’abord comprimé les marges des exportateurs.
- La hausse du plastique a ensuite augmenté les coûts de production.
- Résultat : certaines usines ne parviennent plus à honorer leurs commandes.
Les ports chinois guettent des navires qui tardent à arriver
La tension est visible jusqu’aux ports. Les navires en provenance du Moyen-Orient se font attendre. Les entrepôts reçoivent moins de granulés de plastique qu’avant la guerre. Ce qui arrivait en grande quantité arrive désormais au compte-gouttes.
Li Dong, négociant en plastique depuis vingt ans, ne cache pas son inquiétude : « Depuis la mi-mars, le changement est très brutal. C’est pire qu’à l’époque du Covid. Aujourd’hui, il y a moins de denrées, mais les prix sont surtout exorbitants. On atteint des niveaux surréalistes. »
Cette comparaison avec le Covid n’est pas anodine. Elle renforce l’hypothèse que le choc pétrolier actuel dépasse, dans ses effets immédiats sur l’industrie, la crise sanitaire de 2020.
Une dépendance énergétique que la Chine n’a pas encore surmontée
La Chine a investi massivement dans les énergies renouvelables et les véhicules électriques. Mais son industrie manufacturière reste très dépendante du pétrole et de ses dérivés, notamment le plastique. Cette dépendance est un talon d’Achille visible en temps de crise.
Le conflit en Iran met en lumière ce que les chiffres de croissance masquaient en temps calme. Une perturbation géopolitique à des milliers de kilomètres peut bloquer une chaîne de montage à Zhangmutou en quelques semaines.
Aucune amélioration n’est attendue à court terme. Dans les ports, on attend. Dans les usines, on réduit. Et dans les rues, certains cherchent du travail.
- La guerre en Iran perturbe les approvisionnements en plastique et en pétrole de la Chine.
- Le prix du plastique a doublé depuis la mi-mars, réduisant les marges des usines.
- Textile, électronique et plasturgie sont les secteurs les plus touchés.
- Ce choc s’ajoute aux droits de douane américains, fragilisant doublement l’industrie exportatrice.
- Des négociants comparent la situation à une crise pire que celle du Covid.

L’industrie chinoise face à l’épreuve de sa dépendance aux marchés extérieurs
La crise actuelle révèle quelque chose de plus profond que la simple hausse d’une matière première. Elle expose la fragilité d’un modèle industriel construit sur des coûts bas et des chaînes d’approvisionnement longues. Quand une guerre éclate à l’autre bout de la route commerciale, c’est toute la mécanique qui déraille.
Et vous, pensez-vous que la Chine doit accélérer son indépendance énergétique pour protéger son industrie ? Donnez votre avis en commentaire.
Sources : France Info
