Sommet Trump-Xi à Pékin : ce que les deux superpuissances ont vraiment à négocier
Donald Trump pose les pieds à Pékin pour la première fois depuis 2017. Ce sommet avec Xi Jinping est le plus chargé depuis des années. Sur la table : la guerre en Iran, l’avenir de Taïwan, les tarifs douaniers et la course à l’IA. Derrière la solennité des décors, c’est un rapport de force complexe qui se joue – et ses résultats pourraient dessiner l’ordre mondial pour longtemps.
- Trump arrive à Pékin pour un sommet de deux jours avec Xi Jinping.
- Cinq dossiers majeurs sont au cœur des discussions : Iran, Taïwan, commerce, IA et terres rares.
- Les deux pays ont besoin l’un de l’autre, mais aucun ne veut céder en premier.
Un sommet chargé d’enjeux inédits depuis des années
La sécurité autour de la place Tiananmen a été renforcée plusieurs jours avant l’arrivée de Trump. Des rumeurs de parade circulent sur les réseaux sociaux chinois. La Chine prépare visiblement un accueil solennel.
Le programme inclut des entretiens officiels, un banquet et une visite du Temple du Ciel – lieu où les empereurs priaient jadis pour une bonne récolte. Le symbole est tout sauf anodin. Pour Trump comme pour Xi, l’objectif est que cette rencontre porte ses fruits.
Pendant des mois, la Chine n’était pas la priorité de Trump. Il gérait la guerre en Iran, des opérations militaires en Amérique du Nord et des dossiers intérieurs. Mais ce voyage change la donne. La politique commerciale mondiale, l’avenir de Taïwan et la domination technologique sont tous en jeu en même temps.
- Première visite d’un président américain en Chine depuis 2017.
- 11 milliards de dollars : montant de l’accord d’armement annoncé avec Taïwan en décembre dernier.
- Plus de 120 pays ont aujourd’hui la Chine comme principal partenaire commercial.
- La Chine traite environ 90 % des terres rares mondiales.
- Les coûts de production pour certains fabricants chinois ont augmenté de 20 % à cause de la guerre en Iran.
- Trump et Xi s’étaient rencontrés en Corée du Sud en octobre dernier, une réunion qui avait contribué à apaiser les tensions commerciales.
- Une décision de la Cour suprême américaine en février a limité le pouvoir de Trump d’imposer des tarifs de manière unilatérale.
- La Chine et le Pakistan ont proposé un plan en cinq points en mars pour obtenir un cessez-le-feu au Moyen-Orient.

L’Iran au coeur des discussions : Pékin peut-il jouer les médiateurs ?
Trump a annoncé avant son départ qu’il aurait une « longue conversation » avec Xi sur l’Iran. La guerre, entamée depuis trois mois, pèse sur l’économie mondiale.
La Chine a rejoint le Pakistan comme médiateur dans le conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran. En mars, Pékin et Islamabad ont présenté un plan en cinq points pour un cessez-le-feu et la réouverture du détroit d’Ormuz. En coulisses, des officiels chinois poussent discrètement Téhéran vers la table des négociations.
Pékin a des raisons concrètes de vouloir la paix. La guerre fait grimper les prix du pétrole, ce qui renchérit les matières premières dérivées des pétrochimiques. Pour certains producteurs chinois, les coûts ont bondi de 20 %. La Chine possède certes d’importantes réserves de pétrole et son avance dans les énergies renouvelables amortit le choc. Mais une économie déjà sous pression n’a pas besoin de turbulences supplémentaires.
La visite du ministre iranien des Affaires étrangères à Pékin la semaine précédant le sommet semble avoir été orchestrée pour montrer l’influence que la Chine exerce à Téhéran. Le secrétaire d’État Marco Rubio a suivi la scène de près. Il espère que Pékin dira à l’Iran « ce qu’il a besoin d’entendre ».
Mais la Chine ne jouera pas gratuitement. Si elle aide Washington à ramener l’Iran à la table des négociations, elle attendra des concessions en échange. C’est la logique des grands équilibres diplomatiques.
Taïwan : entre pressions militaires et ambiguïté américaine
L’administration Trump envoie des signaux contradictoires sur Taïwan. D’un côté, elle a approuvé un accord d’armement de 11 milliards de dollars avec l’île en décembre. De l’autre, Trump a dit publiquement que Taïwan ne rembourse pas suffisamment les États-Unis pour leur soutien militaire.
« Il ne nous donne rien », a-t-il déclaré à propos de Taïwan. Il a aussi affirmé que Xi considère l’île comme une partie de la Chine, ajoutant : « C’est à lui de décider ce qu’il va faire. » Ces déclarations ont inquiété Taipei.
Pékin, de son côté, intensifie la pression. Des avions de guerre et des navires de la marine chinoise encerclent Taïwan presque chaque jour. La Chine veut que Washington adopte un langage plus fort. Certains analystes estiment que Pékin pourrait pousser Trump à remplacer la formule « les États-Unis ne soutiennent pas l’indépendance de Taïwan » par « les États-Unis s’opposent à l’indépendance de Taïwan ».
John Delury, spécialiste des relations sino-américaines à l’Asia Society, est sceptique. Selon lui, même si Trump faisait une concession verbale sur Taïwan, les Chinois sauraient ne pas y accorder trop de crédit. « Il peut tout renverser avec un post sur Truth Social une semaine plus tard », souligne-t-il.
Commerce : des tarifs en baisse, mais des tensions persistantes
Pendant une bonne partie de 2025, les deux pays ont frôlé une nouvelle guerre commerciale totale. Trump a alternativement relevé et baissé les tarifs sur les produits chinois, parfois au-delà de 100 %. La Chine a répondu en réduisant ses exportations de terres rares et ses achats de produits agricoles américains.
Le sommet en Corée du Sud d’octobre dernier a contribué à refroidir l’atmosphère. Depuis, une décision judiciaire a limité la capacité de Trump à agir seul sur les tarifs. Mais les désaccords restent profonds.
À Pékin, Trump va pousser la Chine à acheter davantage de produits agricoles américains. Pékin, de son côté, demandera l’abandon d’une enquête commerciale américaine sur les pratiques déloyales chinoises. Cette enquête pourrait permettre à Washington de réimposer des tarifs plus élevés.
Michael O’Hanlon, du Brookings Institute, avertit que ce point sera difficile à négocier. « Il pourrait être compliqué pour les États-Unis d’abandonner toutes les enquêtes sur les pratiques commerciales déloyales chinoises, tant ces pratiques restent répandues », dit-il.
Trump a aussi invité des PDG de grandes entreprises américaines – Nvidia, Apple, Exxon, Boeing – à l’accompagner dans ce voyage. Un signal fort envoyé aux milieux d’affaires des deux côtés.
L’IA et les puces : le vrai terrain de la rivalité stratégique
La Chine investit massivement dans l’intelligence artificielle et les robots humanoïdes. Xi appelle ces technologies « les nouvelles forces productives ». Elles sont au coeur de sa stratégie pour relancer une économie en ralentissement.
Washington, lui, soupçonne Pékin de voler des technologies américaines pour alimenter ses propres industries. Ces soupçons ont conduit à des restrictions sur l’exportation de puces électroniques de haute performance, malgré les protestations des fabricants américains.
Le cas TikTok avait offert une rare issue positive dans les relations technologiques sino-américaines. Mais dans la course à l’IA, les tensions restent vives. Yingyi Ma, chercheuse au Brookings Institute, parle de « l’ouverture d’une guerre froide de l’IA ». La Maison-Blanche accuse la Chine d’un vol « à l’échelle industrielle » de modèles d’IA américains. Pékin, lui, aurait empêché Meta de racheter Manus, une start-up d’IA fondée en Chine.
Le vrai enjeu n’est pas qui copie qui. C’est qui formera les talents capables de construire la prochaine génération de systèmes d’IA.

Terres rares contre puces : un possible accord mutuellement bénéfique
La Chine traite environ 90 % des terres rares mondiales. Ces matériaux sont indispensables à presque toute la technologie moderne : smartphones, éoliennes, moteurs d’avion. Trump en convoite visiblement l’accès.
De leur côté, les entreprises chinoises de robotique et d’IA ont besoin de puces électroniques de haute performance – que seuls les États-Unis peuvent fournir au niveau requis. Un échange se dessine donc : des terres rares chinoises contre des puces américaines.
C’est ce que certains analystes décrivent comme le « détroit d’Ormuz » de la Chine : un levier que Pékin peut activer ou couper à tout moment. Ce rapport de force pourrait offrir la base d’un accord concret entre les deux puissances.
- Ce sommet est le plus stratégique entre les deux superpuissances depuis des années.
- L’Iran, Taïwan, le commerce et l’IA sont les quatre grands axes de négociation.
- La Chine et les États-Unis ont chacun des leviers forts : terres rares contre puces électroniques.
- Les résultats de cette visite pourraient orienter les relations sino-américaines pour des années.
- L’ambiguïté de Trump sur Taïwan crée de l’incertitude, mais aussi une marge de manoeuvre diplomatique.
Deux jours pour redéfinir l’équilibre mondial
Le sommet est court. Deux jours seulement, avec des réunions, un banquet et des visites protocolaires. Le temps manquera peut-être pour des accords substantiels. Mais même une rencontre brève peut fixer une direction. Comme le résume Ryan Hass, du Brookings Institute : « Tant que la visite se déroule bien et que Trump repart en se sentant respecté, le calme fragile dans la relation bilatérale tiendra. »
Si Trump repart insatisfait, en revanche, tout pourrait s’emballer. Ce voyage n’est pas qu’une visite d’État. C’est un test de la solidité d’un équilibre mondial fragile.
Et vous, pensez-vous que ce sommet peut déboucher sur des accords durables entre Washington et Pékin ? Partagez votre analyse en commentaire.
Sources : BBC News
