Xi Jinping à Pyongyang : derrière l’amitié, un bras de fer pour l’influence sur Kim Jong Un
Xi Jinping s’est rendu à Pyongyang ce lundi, pour la première fois depuis 2019. La visite a été accueillie avec fastes et foules en liesse. Mais derrière les discours sur une relation « indestructible », Pékin cherche surtout à reprendre la main sur un partenaire stratégique qu’il n’arrive plus à contrôler. Le vrai sujet : l’influence grandissante de Moscou sur Pyongyang inquiète désormais la Chine.
- Xi Jinping est arrivé en Corée du Nord lundi, première visite depuis 2019.
- Pékin veut contrebalancer la proximité croissante entre Pyongyang et Moscou.
- La relation sino-nord-coréenne, distante ces dernières années, tente une recalibration.
- Kim Jong Un joue sur les deux tableaux : il a besoin de la Chine, mais refuse d’en dépendre.
Un voyage de prestige, mais surtout de calcul
À l’aéroport de Pyongyang, des foules scandaient des slogans en coréen et en mandarin. Sur la place Kim Il Sung, une garde d’honneur militaire attendait Xi. Une banderole proclamait l’alliance « indestructible » entre les deux pays.
Xi a déclaré vouloir « porter la relation à de nouveaux sommets ». Mais les analystes sont unanimes : ce voyage est moins une célébration amicale qu’une manœuvre stratégique. Pékin veut réaffirmer son influence sur un voisin qui s’est rapproché dangereusement de la Russie.
- 2,3 milliards de dollars : les exportations chinoises vers la Corée du Nord en 2024, niveau le plus élevé depuis six ans.
- 2 300 : nombre de soldats nord-coréens morts en combattant pour la Russie en Ukraine, selon une enquête de la BBC.
- 6 ans : durée de l’interruption des services ferroviaires entre Pékin et Pyongyang, repris début 2025.
- 90 tests balistiques et 4 détonations nucléaires : le bilan des six premières années de Kim Jong Un au pouvoir.
- 2019 : dernière visite de Xi Jinping en Corée du Nord avant celle-ci.
- La Chine est le seul pays avec lequel la Corée du Nord entretient un traité de défense formel.
- En 2024, la Russie et la Corée du Nord ont signé un pacte de défense mutuelle lors de la visite de Vladimir Poutine à Pyongyang.
- En octobre 2024, le 75e anniversaire des relations diplomatiques sino-nord-coréennes a été à peine marqué, signe visible du refroidissement entre les deux pays.

Moscou, le tiers qui dérange Pékin
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Pyongyang et Moscou n’ont cessé de resserrer leurs liens. La Corée du Nord fournit des munitions à la Russie en échange de pétrole et d’aide. Des milliers de soldats nord-coréens ont combattu sur le front ukrainien. Et en 2024, un pacte de défense mutuelle a été signé.
Ce rapprochement inquiète Pékin. La Chine possède un seul traité de défense formel – celui avec la Corée du Nord. Voir Moscou supplanter son influence à Pyongyang serait une perte stratégique majeure.
Des sources diplomatiques occidentales citées par la BBC confirment que Pékin surveille cette évolution avec une attention croissante. Xi a rencontré Poutine la semaine précédant sa visite à Pyongyang. Sa démarche peut être lue comme un effort pour s’assurer que Kim Jong Un reste dans l’orbite chinoise.
Une relation qui avait failli déraper
La relation entre Xi et Kim n’a pas toujours été chaleureuse. Kim Jong Un a hérité du pouvoir avec des ambitions nucléaires que son père n’avait jamais poussées aussi loin. Ses six premières années ont été marquées par 90 tests balistiques et quatre détonations nucléaires – plus que son père et son grand-père réunis.
Pékin s’est alarmé. L’exécution de Jang Song Thaek, l’oncle de Kim considéré comme un élément stabilisateur pro-chinois, a encore creusé le fossé. Xi a alors envoyé un signal diplomatique rare : il a visité la Corée du Sud en 2014 avant même d’avoir rencontré Kim Jong Un. Un affront calculé. Pyongyang avait répondu en traitant la Chine de « traître et ennemi ».
Ce n’est qu’en 2018, sous la pression des sanctions, que Kim a pris son train blindé pour se rendre à Pékin. Une recalibration prudente avait alors commencé. Kim a ensuite rencontré des dirigeants américains et sud-coréens, mais toujours après avoir consulté la Chine. Le message était clair : Pyongyang ne négocie pas sans le soutien de Pékin.
Pour Kim, la Chine reste un partenaire pragmatique incontournable
Kim Jong Un ne peut pas non plus se permettre de perdre son principal bailleur de fonds. Les exportations chinoises vers la Corée du Nord ont atteint 2,3 milliards de dollars en 2024. Les trains entre Pékin et Pyongyang ont repris après six ans d’interruption.
Les analystes voient dans ces gestes une tentative délibérée de Pékin de ramener Pyongyang dans son orbite. Pour Kim, le calcul est lui aussi rationnel : si la guerre en Ukraine se termine, la Russie n’aura plus autant besoin du soutien nord-coréen. Et contrairement à un Poutine isolé sur la scène internationale, Xi reçoit des dirigeants du monde entier à Pékin. Kim a intérêt à ne pas tout miser sur un partenaire en position de faiblesse.
Nucléaire : Pékin évite le sujet, mais surveille de près
La Chine n’approuve pas le programme nucléaire nord-coréen. Une position ferme dans ce sens pousserait pourtant Pyongyang encore plus vers Moscou. Pékin se retrouve donc dans une posture inconfortable : ni soutien explicite, ni condamnation frontale.
En 2022, Pékin et Moscou ont conjointement mis leur veto à une résolution américaine à l’ONU visant à imposer de nouvelles sanctions à la Corée du Nord après des tests de missiles. Ce veto semble indiquer que les intérêts de Pékin restent alignés sur ceux de Pyongyang, au moins partiellement.
Lors du sommet de décembre dernier à Pékin – le premier en six ans entre les deux dirigeants – Xi n’a fait aucune mention publique de l’arsenal nucléaire nord-coréen. Un silence révélateur.

Une coopération militaire régionale à trois qui préoccupe Pékin
La montée en puissance militaire de la Corée du Nord a une autre conséquence que Pékin redoute. Plus Pyongyang et Moscou coopèrent militairement, plus Washington, Tokyo et Séoul ont de raisons de renforcer leur propre alliance trilatérale.
Ce scénario – une réponse militaire coordonnée États-Unis, Japon, Corée du Sud – est exactement ce que Pékin cherche à éviter dans la région. La Chine se retrouve donc à devoir gérer les effets d’une relation qu’elle ne contrôle plus directement.
Un équilibre instable entre tampon et fardeau
La Corée du Nord joue un double rôle pour la Chine. Elle sert de zone tampon face aux forces américaines stationnées en Corée du Sud. Mais ses tests d’armes déstabilisent la région et compliquent la politique étrangère de Pékin.
Kim, de son côté, veut la protection chinoise. Il refuse en revanche la tutelle chinoise. Cette tension au coeur de la relation explique pourquoi ni Pékin ni Pyongyang ne se fait pleinement confiance, tout en continuant à se parler.
- La visite de Xi à Pyongyang vise d’abord à contrebalancer l’influence croissante de la Russie sur Kim Jong Un.
- Les exportations chinoises vers la Corée du Nord ont atteint 2,3 milliards de dollars en 2024, un record sur six ans.
- Pékin évite de critiquer le programme nucléaire nord-coréen pour ne pas pousser Kim vers Moscou.
- La relation sino-nord-coréenne est fondée sur un calcul mutuel, pas sur la confiance.
- Un rapprochement militaire Russie-Corée du Nord risque de renforcer l’alliance USA-Japon-Corée du Sud, ce que craint Pékin.
Une relation de nécessité, pas d’amitié
Xi Jinping repart de Pyongyang avec des photos de foules enthousiastes et des déclarations sur une fraternité indéfectible. Mais le fond du message semble plus sobre : Pékin a besoin de rester incontournable pour Pyongyang, et Kim a besoin que Pékin reste une option viable. Ce n’est pas de l’amitié – c’est de la géopolitique de survie mutuelle.
Et vous, pensez-vous que la Chine peut encore vraiment influencer les décisions de Kim Jong Un ? Partagez votre analyse en commentaire.
Sources : BBC News
