« Si la Chine attaque Taïwan, l’Europe sera touchée » : l’avertissement du vice-ministre taïwanais
Le vice-ministre taïwanais des Affaires étrangères, François Wu, l’affirme sans détour : une attaque chinoise sur Taïwan ne resterait pas une affaire régionale. Elle frapperait directement les intérêts européens, économiques et stratégiques. Cet avertissement, lancé en exclusivité à Euronews Next, révèle une tension majeure que Taipei cherche à faire comprendre à ses partenaires occidentaux : la neutralité face à la Chine n’est pas une position neutre.
- Le vice-ministre taïwanais des Affaires étrangères alerte l’Europe sur les conséquences d’un conflit autour de Taïwan.
- Taïwan produit 95 % des puces avancées mondiales et 100 % des puces dédiées à l’IA.
- Taipei tente de tisser des liens discrets avec l’Europe, malgré les obstacles posés par Pékin.
Un avertissement direct à l’Europe
François Wu ne mâche pas ses mots. « Si la Chine attaque Taïwan, la France, l’Europe, les États-Unis et le Japon seront tous affectés. Taïwan se trouvera dans une situation terrible, mais vous aussi. » Cette déclaration au ton inhabituel vise à secouer des partenaires européens qu’il juge encore trop peu mobilisés.
Sa démonstration repose sur un argument économique concret. Plus de 60 000 conteneurs traversent chaque jour le détroit de Taïwan – ce bras de mer de 180 kilomètres entre l’île et le continent. Selon Wu, ce volume représente trois fois celui cumulé des canaux de Panama et de Suez. Un blocus suffirait à paralyser les échanges mondiaux.
- 70 % des semi-conducteurs mondiaux sont fabriqués à Taïwan.
- 95 % des puces les plus avancées sont produites sur l’île.
- 100 % des puces destinées à l’IA viennent de Taïwan.
- 60 000 conteneurs traversent le détroit de Taïwan chaque jour.
- Le savoir-faire taïwanais en fabrication de précision se développe depuis les années 1970.
- Pékin revendique Taïwan comme partie intégrante de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949, sans jamais exclure le recours à la force.
- Taïwan se gouverne de façon autonome, dispose de sa propre armée et mène sa propre politique étrangère.
- TSMC, entreprise taïwanaise, produit plus de 90 % des semi-conducteurs les plus avancés au monde, essentiels pour l’IA et les systèmes militaires.

Le bouclier de silicium : une dépendance mondiale
Le PDG de Nvidia, Jensen Huang, a qualifié Taïwan d’« épicentre de la révolution de l’IA ». Ce n’est pas une métaphore. TSMC, le géant taïwanais des semi-conducteurs, concentre une part écrasante de la production mondiale de puces avancées.
Wu illustre l’enjeu avec une image frappante : « Sur un centimètre carré de semi-conducteur, de la taille d’un bout de doigt, les Taïwanais parviennent à intégrer plus de 10 milliards de composants. » Ce savoir-faire, construit sur cinq décennies, ne se déplace pas facilement.
Les États-Unis et d’autres pays tentent de relocaliser leur production de puces. Mais Wu est catégorique : ils ne rattraperont pas leur retard dans un avenir proche. Maîtriser cette industrie demande des décennies, pas des années.
L’Europe est d’ailleurs directement intégrée dans cette chaîne. Les machines de photolithographie viennent des Pays-Bas. L’optique de précision est fournie par l’allemand Zeiss. Les gaz industriels sont livrés par le français Air Liquide. Les outils de conception de puces proviennent de l’IMEC, basé à Louvain, en Belgique. « Toute l’Europe tient dans ce centimètre carré de silicium », résume Wu.
Une histoire que Pékin simplifie à l’excès
Wu conteste également le récit historique de Pékin. La Chine affirme que Taïwan fait partie de son territoire depuis la fin de la guerre civile de 1949. Pour le vice-ministre, cette affirmation ignore une réalité bien plus complexe.
L’île a successivement été administrée par les Néerlandais, les Espagnols, la dynastie Qing et le Japon. La dynasty Qing n’a accordé une véritable importance stratégique à Taïwan qu’entre 1885 et 1894 – soit dix ans à peine sur plus d’un siècle de présence. « La Chine n’était pas le seul pays présent », souligne Wu, estimant que cela ne justifie pas les prétentions actuelles de Pékin.
Taïwan porte officiellement le nom de « République de Chine », héritage du gouvernement nationaliste qui s’est replié sur l’île après sa défaite face aux forces de Mao Zedong. Pékin refuse de reconnaître l’île comme un État souverain et exige qu’elle soit désignée internationalement sous le nom de « Chinese Taipei ».
La Chine sent qu’elle « perd » Taïwan
À mesure que Taïwan renforce ses liens avec le monde démocratique, la pression de Pékin s’intensifie. Wu en donne une lecture directe : « La Chine sent qu’elle est en train de perdre Taïwan, alors elle essaie par tous les moyens de le reprendre. »
Ce resserrement des relations internationales de Taipei irrite Pékin, qui « fait tout pour bloquer » Taïwan dans ses efforts diplomatiques en Europe. Wu le reconnaît : tisser des liens avec l’Europe reste difficile. Pourtant, des progrès discrets se font jour. « Il y a de plus en plus d’occasions pour Taïwan et l’Europe de dialoguer discrètement », indique-t-il.
Le partenariat récent entre le géant taïwanais Foxconn et le français Thales, portant sur les semi-conducteurs et les centres de données spatiaux, illustre cette dynamique souterraine mais réelle.
Taïwan ne demande pas à l’Europe de faire la guerre
Wu choisit ses mots avec soin. Il ne réclame pas un engagement militaire européen. Il demande une relation.
« Quand vous vous mariez, vous ne demandez pas à votre conjoint s’il est prêt à mourir pour vous. Vous construisez une relation. Vous travaillez ensemble. Et une force naturelle naît de cela. » Cette métaphore résume la stratégie taïwanaise : multiplier les liens économiques, technologiques et politiques avec l’Europe pour rendre toute agression chinoise coûteuse pour tous.
Wu insiste sur un point : « Taïwan n’a pas besoin de proclamer l’indépendance. » L’île n’est pas Hong Kong. Elle possède son armée, sa politique étrangère, ses institutions. Elle maintient un « équilibre très délicat » : défendre sa démocratie sans provoquer Pékin, dans un monde qui, selon lui, en cherchant la neutralité, finit par avantager la Chine.

L’enjeu américain et la résilience taïwanaise
Sur le front américain, Wu se montre rassurant. Après le sommet de mai entre Donald Trump et Xi Jinping – où Xi aurait réaffirmé les prétentions chinoises sur Taïwan -, le président de la Chambre des représentants a aussitôt réaffirmé le soutien américain à l’île. « Pour nous, la politique américaine n’a pas du tout changé », affirme Wu.
Malgré soixante-dix ans de menace chinoise, Taïwan a instauré une démocratie et atteint la prospérité. Sa Bourse dépasse désormais celles de l’Allemagne et de la France, selon des données Bloomberg compilées cette année. « La peur, d’une certaine manière, n’est pas une mauvaise chose. Parce que nous avons peur, nous nous préparons », conclut Wu.
- Une attaque sur Taïwan perturberait les chaînes d’approvisionnement mondiales en puces et en commerce maritime.
- Taïwan concentre 95 % des puces avancées et 100 % des puces IA fabriquées dans le monde.
- L’Europe est un maillon clé de la chaîne de production taïwanaise en semi-conducteurs.
- Taipei ne cherche pas un engagement militaire européen, mais des partenariats économiques et politiques.
- La pression de Pékin s’intensifie à mesure que Taïwan renforce ses liens internationaux.
Un avertissement que l’Europe ne peut pas ignorer
L’entretien de François Wu avec Euronews Next semble indiquer une stratégie de communication délibérée : rendre visible, aux yeux du public européen, ce que les chancelleries savent déjà. Taïwan n’est pas un problème géographiquement lointain. Il se trouve au cœur de chaque smartphone, de chaque serveur d’IA et de chaque câble sous-marin qui traverse les océans. Ignorer ce fait, c’est déjà choisir un camp.
Et vous, pensez-vous que l’Europe prend suffisamment la mesure des enjeux autour de Taïwan ? Dites-le en commentaire.
Sources : Euronews Next
