Voitures thermiques en Chine : les constructeurs étrangers bradent à -23 % pour survivre
Volkswagen, Toyota et leurs concurrents étrangers accordent désormais des rabais moyens de 23,4 % sur leurs voitures à essence en Chine. Ce chiffre résume une réalité brutale : les marques internationales perdent pied dans le plus grand marché automobile du monde, écrasées par une vague électrique qui gagne du terrain à chaque mois qui passe. En août, les véhicules électriques ont représenté 65,2 % des ventes de voitures neuves, un record absolu. La question n’est plus de savoir si les constructeurs étrangers souffrent, mais combien d’entre eux pourront rester.
- Les marques étrangères bradent leurs thermiques à -23 % en moyenne sur le marché chinois.
- Les véhicules électriques représentent désormais 65,2 % des ventes, un niveau jamais atteint.
- La part de marché des constructeurs étrangers en Chine a reculé de 5,4 points en un an.
- Seuls BYD, Leapmotor et Nio étaient rentables parmi les électriciens chinois au premier semestre.
Des remises record qui cachent une fuite en avant
En août, les constructeurs étrangers ont consenti des rabais moyens de 23,4 % sur leurs modèles à moteur thermique. C’est légèrement moins qu’en juillet, où le chiffre atteignait 23,7 %. Mais c’est très loin des 13 % pratiqués en 2023. En un an, le niveau de remise a presque doublé.
L’Association chinoise des voitures particulières note que ces promotions agressives ont produit une légère hausse des ventes. Mais cette progression reste fragile. Elle repose entièrement sur des prix de vente artificiellement bas, pas sur un regain d’attractivité des produits eux-mêmes.
- 23,4 % : remise moyenne des marques étrangères sur les voitures thermiques en août.
- 65,2 % : part des véhicules électriques dans les ventes de voitures neuves en Chine en août, un record historique.
- -23,6 % : chute des ventes globales de voitures en Chine sur un an en août.
- 34,4 % : part de marché des constructeurs étrangers en Chine sur les sept premiers mois de l’année, contre 39,8 % un an plus tôt.
- 63 % : part de marché des marques étrangères en Chine en 2015, contre 34,4 % aujourd’hui.
- La Chine est le plus grand marché automobile du monde. Les constructeurs étrangers y ont dominé pendant vingt ans, avec une part de marché de 63 % en 2015.
- La montée en puissance des véhicules électriques chinois, portée notamment par BYD, a bouleversé cet équilibre en moins d’une décennie. La domination des voitures électriques chinoises s’exerce maintenant bien au-delà des frontières nationales.
- Le choc pétrolier lié à la guerre en Iran a accéléré le basculement des consommateurs vers les véhicules électriques pour réduire leur facture énergétique.

Le marché électrique chinois : une ascension qui ne ralentit pas
En août, 65,2 % des voitures vendues en Chine étaient électriques ou hybrides rechargeables. C’est un sommet historique. Il y a cinq ans, ce taux dépassait à peine 5 %. La progression est structurelle, pas conjoncturelle.
Le contexte géopolitique a joué un rôle d’accélérateur. Le choc pétrolier déclenché par la guerre en Iran a rendu les véhicules à essence plus coûteux à l’usage. Les consommateurs chinois, déjà sensibles au prix, ont basculé plus vite encore vers l’électrique pour maîtriser leur budget.
Dans ce contexte, les thermiques importés ou assemblés localement par des groupes étrangers paient le prix de deux handicaps cumulés : une transition électrique trop lente et une offre jugée peu compétitive face aux modèles chinois, mieux équipés en technologie et souvent moins chers.
Volkswagen et Toyota : des leaders sur le déclin
Les deux marques étrangères les plus présentes en Chine illustrent le problème. Volkswagen et Toyota ont bâti leur succès local sur des voitures à essence bien positionnées et des partenariats industriels solides. Aujourd’hui, ces mêmes modèles se vendent avec un quart de leur prix en moins.
La part de marché globale des marques étrangères s’établit à 34,4 % sur les sept premiers mois de 2025. C’est 5,4 points de moins qu’à la même période l’an dernier. En dix ans, elles ont perdu près de 30 points de part de marché.
Volkswagen est au cœur de cette tourmente. La pression des constructeurs chinois a déjà conduit le groupe à envisager une restructuration sans précédent en Europe, avec jusqu’à 100 000 suppressions de postes envisagées sous l’effet de la concurrence chinoise. La Chine n’est plus seulement un marché perdu : c’est le signal d’alarme de toute une industrie.
Quand les remises ne suffisent plus à retenir les clients
Steve Shi, responsable chez Juchen Auto Trade, est direct : la hausse du taux d’électrification va continuer à peser sur les prix des thermiques. Les marques étrangères devront soit baisser encore, soit accepter de perdre des parts de marché supplémentaires.
Il va plus loin. Selon lui, certaines marques internationales pourraient quitter le marché chinois dans les prochaines années si elles ne parviennent pas à proposer une offre électrique crédible. Ce n’est pas une hypothèse abstraite. La dynamique actuelle rend le scénario plausible.
La consultante AlixPartners avait anticipé ce risque dès la fin juin. Elle prévoyait une guerre des prix encore plus intense au second semestre 2025. Les données d’août confirment cette tendance. La spirale de remises s’emballe, sans issue visible à court terme pour les acteurs qui restent positionnés sur le thermique.
Les électriciens chinois, eux aussi, ne sont pas tous rentables
La domination du marché électrique ne garantit pas la rentabilité. Sur la trentaine de constructeurs chinois 100 % électriques, seuls trois affichaient des bénéfices au premier semestre : BYD, le premier constructeur mondial de VE, Leapmotor, soutenu par Stellantis, et Nio, positionné sur le premium.
Ce chiffre révèle la brutalité de la guerre interne au secteur électrique chinois. Les prix bas ont dopé les volumes, mais comprimé les marges de presque tous. La consolidation du marché semble inévitable. Les acteurs non rentables ne pourront pas tenir indéfiniment dans un environnement aussi concurrentiel.
C’est un paradoxe apparent : le marché électrique chinois écrase les étrangers tout en détruisant la rentabilité de nombre de ses propres acteurs. Mais c’est précisément cette concurrence intérieure féroce qui a fait descendre les prix à des niveaux que personne d’autre dans le monde n’arrive à atteindre.

Un rapport de force qui redessine l’industrie mondiale
En 2015, les marques étrangères dominaient la Chine à 63 %. Elles tombent à 34,4 % aujourd’hui. Ce n’est pas un accident de parcours. C’est le résultat d’une décennie d’investissement massif dans l’électrique, l’autonomie, les logiciels embarqués et les puces automobiles par des constructeurs chinois qui ont transformé leurs véhicules en plateformes technologiques.
Les remises à -23 % ne sont pas une stratégie. Elles sont la marque d’une impasse. Vendre à perte pour maintenir des volumes dans une catégorie en déclin structurel ne constitue pas un plan industriel viable.
Ce qui se joue en Chine aujourd’hui annonce ce qui se jouera en Europe demain. Les constructeurs chinois, rentables ou non sur leur marché domestique, arrivent avec des coûts de production et des standards technologiques que les marques européennes et japonaises peinent à égaler.
- Les remises de 23,4 % sur les thermiques étrangers en Chine signalent une perte de compétitivité structurelle, pas une simple correction de prix.
- Avec 65,2 % de parts de marché, les véhicules électriques ont atteint un niveau de pénétration historique en Chine.
- Les marques étrangères ont perdu 5,4 points de part de marché en un an, et 28,6 points en dix ans.
- Même dans le camp des constructeurs électriques chinois, seuls trois acteurs sur trente environ sont rentables.
- Le marché chinois préfigure les dynamiques qui toucheront bientôt l’Europe et le reste du monde.
Ce que révèle la guerre des prix en Chine, c’est moins la fragilité des marques étrangères que la puissance du modèle industriel chinois. En moins d’une décennie, Pékin a transformé son marché intérieur en un laboratoire mondial de l’électrique, en combinant politique industrielle de long terme, concurrence intérieure féroce et accès à une chaîne de valeur complète. Le résultat est brutal pour Volkswagen et Toyota, qui avaient structuré leur modèle économique autour du thermique. Ces remises à -23 % ne sont pas une réponse stratégique : elles signalent une industrie qui improvise face à un changement de phase qu’elle n’a pas anticipé assez tôt. En France et en Europe, tirer la leçon de ce qui se passe à Shanghai n’est pas optionnel. La compétitivité chinoise sur le véhicule électrique ne va pas disparaître ; elle va s’exporter.
Un tournant dont l’Europe ferait bien de se souvenir
Ce qui se termine en Chine pour les thermiques étrangers est peut-être en train de commencer en Europe. Les constructeurs chinois, aguerris par une concurrence intérieure sans pitié, arrivent avec des véhicules performants, connectés et accessibles. Les remises de 23 % pratiquées à Pékin ne sont qu’un symptôme. Le vrai signal, c’est que le thermique a perdu la bataille technologique en Chine. Et que les gagnants de cette bataille préparent leur expansion internationale.
Que pensez-vous de la stratégie des constructeurs étrangers en Chine ? Est-il encore temps de rattraper le retard sur l’électrique, ou la partie est-elle déjà jouée ? Donnez votre avis en commentaire.
Sources : South China Morning Post
