Avant le sommet Xi-Trump, les tensions commerciales et technologiques s’accumulent
En l’espace de quelques jours, pas moins de six dossiers conflictuels ont éclaté entre Washington et Pékin. Des modèles d’IA aux drones, en passant par la liste noire sur le travail forcé, les États-Unis et la Chine multiplient les coups avant le sommet prévu en septembre entre Xi Jinping et Donald Trump. Ce regain de tensions soulève une vraie question : les deux puissances cherchent-elles encore à négocier, ou à marquer leur territoire avant de s’asseoir à la table ?
- Six nouveaux foyers de tension commerciale et technologique ont émergé en quelques jours entre les États-Unis et la Chine.
- Washington vise l’IA, la robotique, les modules optiques et les entreprises liées au travail forcé au Xinjiang.
- Pékin riposte avec des restrictions sur les drones et l’ajout de firmes américaines à sa propre liste noire.
- Un sommet Xi-Trump est prévu à Washington en septembre, mais le contexte se dégrade.
Un modèle d’IA chinois soupçonné de copier une technologie américaine
La start-up pékinoise Moonshot AI a dévoilé mi-juillet son modèle Kimi K3, un grand modèle de langage à architecture ouverte contenant 2 800 milliards de paramètres. La réaction américaine ne s’est pas fait attendre. Michael Kratsios, directeur du Bureau de la politique scientifique de la Maison Blanche, a accusé Moonshot d’avoir utilisé la distillation de modèle pour copier le modèle Claude Fable d’Anthropic.
La distillation de modèle est une technique qui consiste à entraîner un modèle plus petit en s’appuyant sur les sorties d’un modèle plus puissant. En clair : on peut reproduire des capacités d’un concurrent sans accéder directement à son code. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent est allé plus loin, en menaçant les entreprises chinoises pratiquant ce type d’opérations à grande échelle de sanctions ou d’inscription sur la liste des entités restreintes.
Pékin a vigoureusement démenti. Le ministère du Commerce a qualifié les accusations d’« hégémonisme de l’IA », et la revue théorique du Parti communiste Qiushi a dénoncé une manœuvre « hégémonique dissimulée sous couvert de technologie ».
- 2 800 milliards de paramètres : la taille du modèle Kimi K3 de Moonshot AI, lancé mi-juillet 2025.
- 43 entreprises chinoises ajoutées à la liste noire américaine sous la loi sur le travail forcé ouïghour.
- 6 entités américaines blacklistées par Pékin en représailles, plus une septième ciblée pour son rôle dans les mesures FCC.
- 6 dossiers conflictuels ouverts en quelques jours entre Washington et Pékin.
- Un sommet entre Xi Jinping et Donald Trump est planifié à Washington en septembre 2025, dans un climat commercial déjà tendu.
- La loi américaine sur la prévention du travail forcé ouïghour (UFLPA) a été adoptée en 2021 pour bloquer les importations liées au Xinjiang.
- Les deux pays ont repris des échanges de haut niveau, mais chaque avancée diplomatique est aussitôt tempérée par de nouvelles mesures coercitives.

Robotique et panneaux solaires : la FCC élargit sa liste des équipements interdits
Sans citer la Chine nommément, la Commission fédérale des communications américaine (FCC) a étendu sa liste des équipements à couvrir à deux nouvelles catégories : les robots avancés connectés et les onduleurs solaires. La FCC est l’agence fédérale américaine qui réglemente les communications et peut interdire l’importation de certains équipements jugés dangereux pour la sécurité nationale.
Selon Washington, les robots créeraient des « vecteurs d’attaque » capables de manipuler des données et des opérations physiques. Les onduleurs, eux, introduiraient des vulnérabilités croissantes à mesure qu’ils se multiplient sur le réseau électrique américain. L’interdiction porte uniquement sur les nouveaux achats, sans effet rétroactif.
La réponse de Pékin a été immédiate. Le ministère des Affaires étrangères a dénoncé un élargissement abusif du concept de sécurité nationale pour étouffer les entreprises chinoises, estimant que ce protectionnisme nuirait en priorité aux entreprises et consommateurs américains eux-mêmes.
La liste noire du travail forcé s’allonge encore
Dans la foulée d’un appel vidéo de haut niveau entre He Lifeng, Scott Bessent et le représentant commercial américain Jamieson Greer, le Département de la sécurité intérieure a ajouté 43 entreprises chinoises à sa liste de sanctions sous la loi sur la prévention du travail forcé ouïghour. Les secteurs concernés sont variés :
- Alimentation et coton
- Produits pharmaceutiques
- Métaux et production de lithium
Cette loi vise les importations en provenance du Xinjiang, région de l’ouest de la Chine où des accusations de travail forcé concernant la minorité ouïghoure sont documentées par des organisations internationales. Pékin rejette ces accusations et a qualifié l’action américaine de « coercition économique » menaçant la stabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Les modules optiques et les drones, nouveaux terrains de friction
L’agence Reuters a révélé que la FCC préparait une interdiction d’importation des transceivers optiques fabriqués en Chine. Ces composants transportent des données via des câbles à fibres optiques dans les centres de données – autrement dit, au cœur de l’infrastructure qui fait tourner les grands modèles d’IA. Washington craint que ces équipements puissent être utilisés pour voler des données, déployer des logiciels malveillants ou perturber des opérations stratégiques.
La mesure vise une publication officielle avant la fin de l’année. Elle semble coordonnée avec la pression déjà exercée sur les équipements de Huawei et ZTE, déjà bannis du réseau américain.
En réponse à l’ensemble de ces mesures, Pékin a annoncé des contrôles stricts au cas par cas sur les exportations de drones, composants et technologies connexes vers les États-Unis, invoquant la sécurité nationale. Simultanément, six entreprises américaines ont été ajoutées à la liste noire chinoise pour leur soutien présumé aux sanctions liées au Xinjiang. Une septième a été blacklistée pour son rôle dans les mesures FCC.
Le dialogue continue, mais sous haute tension
L’appel vidéo entre He Lifeng et ses homologues américains Bessent et Greer montre que les canaux de communication restent ouverts. La Chine y a exprimé de « graves préoccupations » face aux restrictions accumulées. Les États-Unis ont rappelé leurs attentes : Pékin doit respecter ses engagements sur les terres rares et les produits agricoles américains.
Ces échanges peuvent être lus comme un signe que les deux capitales veulent éviter une rupture nette avant le sommet de septembre. Mais l’accumulation des dossiers contentieux en quelques jours seulement semble indiquer une logique de surenchère, chaque camp cherchant à entrer dans les négociations en position de force.

Un sommet en septembre sous de mauvais augures ?
La multiplication des fronts de tension révèle une dynamique paradoxale. Les deux gouvernements maintiennent un dialogue structuré à haut niveau, tout en accumulant de nouvelles mesures coercitives. Chaque annonce alimente la méfiance, chaque riposte justifie la suivante. Ce schéma rappelle les mois précédant les grandes crises commerciales de 2018-2019, même si le contexte diplomatique est aujourd’hui différent.
La visite de Xi Jinping à Washington, si elle a lieu, devra absorber une charge conflictuelle considérable : droits de douane, IA, robotique, travail forcé, drones, fibres optiques. Autant de dossiers sur lesquels les positions des deux parties restent très éloignées.
- Six foyers de tension ont émergé en quelques jours entre Washington et Pékin.
- Le modèle d’IA Kimi K3 de Moonshot AI est accusé de vol de propriété intellectuelle par les États-Unis.
- La FCC a étendu ses interdictions à la robotique et aux onduleurs solaires d’origine chinoise.
- 43 nouvelles entreprises chinoises sont sanctionnées au titre du travail forcé au Xinjiang.
- Pékin riposte avec des restrictions sur les drones et de nouvelles listes noires visant des firmes américaines.
Avant septembre, chaque dossier devient un outil de négociation
Le vrai enjeu n’est pas la somme des mesures prises, mais ce qu’elles signalent. Chaque restriction américaine renforce la position de négociation de Washington. Chaque contre-mesure chinoise rappelle que Pékin n’entend pas subir passivement. Le sommet Xi-Trump, s’il se tient, sera moins une rencontre diplomatique qu’un test de résistance entre deux logiques économiques et stratégiques en collision.
Pensez-vous que le sommet Xi-Trump de septembre peut déboucher sur un accord durable, ou les tensions actuelles sont-elles trop profondes ? Donnez votre avis en commentaire.
Sources : South China Morning Post
