L’Europe veut réindustrialiser, la Chine sort les crocs
Pékin hausse le ton. Le 27 avril 2025, le ministère chinois du Commerce a menacé l’Union européenne de contre-mesures si elle adopte sa future loi d’accélération industrielle sans tenir compte des objections chinoises. Ce texte, présenté le 4 mars par la Commission européenne, vise à ramener la part de l’industrie à 20 % du PIB européen d’ici 2035. Il pourrait exclure les fournisseurs étrangers – dont les Chinois – des marchés publics dans quatre secteurs clés. La tension entre Bruxelles et Pékin prend une nouvelle dimension.
- La Commission européenne a présenté le 4 mars un projet de loi d’accélération industrielle.
- Il impose des critères d’origine européenne pour accéder aux aides publiques dans des secteurs stratégiques.
- Pékin a soumis ses objections le 24 avril et menace des contre-mesures en cas d’adoption.
Un plan européen taillé contre les fournisseurs étrangers
Le projet de loi d’accélération industrielle cible quatre secteurs précis : les batteries, les véhicules électriques, le photovoltaïque et les matières premières critiques. Il s’étend aussi aux industries lourdes et aux technologies d’énergies décarbonées comme les pompes à chaleur, les panneaux solaires et le nucléaire.
La règle centrale est simple. Les entreprises qui bénéficient de fonds publics devront s’approvisionner en composants critiques auprès de producteurs européens. C’est le vice-président français de la Commission, Stéphane Séjourné, qui l’a annoncé lors de la présentation du texte. L’objectif affiché : faire passer la part de l’industrie dans le PIB européen de 14 % à 20 % d’ici 2035.
- 14 % : part actuelle de l’industrie dans le PIB de l’UE.
- 20 % : objectif fixé pour 2035 par la Commission européenne.
- 4 secteurs stratégiques visés : batteries, véhicules électriques, photovoltaïque, matières premières critiques.
- 4 mars 2025 : date de présentation du projet de loi par la Commission.
- 24 avril 2025 : date à laquelle Pékin a soumis ses objections officielles à Bruxelles.
- La Commission européenne a renforcé ses outils de protection industrielle depuis 2023, avec notamment le règlement sur les subventions étrangères.
- La Chine est le premier fournisseur de panneaux solaires et de batteries pour l’Europe, et ses fabricants de véhicules électriques montent en puissance sur le continent.
- L’UE a déjà imposé des droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques chinois en 2024, ce qui avait provoqué des tensions commerciales.

Pékin dénonce une discrimination et sort l’artillerie lourde
Le ministère du Commerce chinois n’a pas tardé à réagir. Il a soumis ses commentaires formels à la Commission européenne le 24 avril, soit cinq jours avant la menace publique. Le message est direct : le texte est discriminatoire envers les investisseurs chinois.
Pékin cible précisément les clauses dites d’«origine UE» dans les marchés publics et les politiques de soutien. Ces clauses réserveraient de facto l’accès aux aides à des entreprises utilisant des composants fabriqués en Europe. Pour le ministère chinois, cela revient à fermer la porte aux fournisseurs étrangers de façon déguisée.
La menace de contre-mesures reste volontairement floue. Pékin n’a pas précisé quels secteurs ou produits européens pourraient être visés. Cette imprécision peut être lue comme une pression maximale : l’incertitude pèse parfois plus lourd que la menace concrète.
Un rapport de force entre deux stratégies industrielles opposées
Derrière cet épisode se joue un affrontement de modèles. L’Europe cherche à réduire sa dépendance aux importations dans des secteurs qu’elle juge stratégiques. La Chine, de son côté, a massivement investi dans ces mêmes filières – batteries, panneaux solaires, véhicules électriques – et bénéficie d’un avantage de coût significatif.
Le plan européen peut être interprété comme une réponse directe à la montée en puissance industrielle chinoise. En conditionnant l’accès aux aides publiques à un contenu local, Bruxelles cherche à reconstituer des chaînes de valeur sur son territoire. C’est exactement le type de politique que Pékin pratique depuis des années chez lui.
La Chine se retrouve donc dans une position inconfortable. Elle critique en Europe les mécanismes qu’elle a elle-même institutionnalisés dans sa propre politique industrielle. Cette contradiction renforce l’hypothèse que l’opposition chinoise est avant tout défensive : il s’agit de protéger des parts de marché, pas de défendre un principe.
Le texte doit encore passer par les États membres et le Parlement
Le projet de loi d’accélération industrielle n’est pas encore adopté. Il doit être approuvé par les États membres de l’UE et par le Parlement européen. Ce processus peut prendre plusieurs mois, voire plus d’un an selon les négociations.
Pékin en est conscient. Le ministère du Commerce indique suivre «attentivement le processus législatif» et se dit prêt à dialoguer. Cette formulation semble indiquer que la Chine entend peser sur le processus législatif, pas seulement réagir à son résultat.
Les États membres les plus exposés aux relations commerciales avec la Chine – notamment en Allemagne – pourraient être des relais de pression. La question sera de savoir si Bruxelles maintient la ligne ou lisse le texte sous la pression combinée de Pékin et de certaines capitales européennes.
- L’UE veut imposer des critères d’origine européenne dans les aides publiques industrielles.
- La Chine voit dans ce texte une discrimination directe pour ses entreprises dans quatre secteurs clés.
- Pékin a officiellement menacé des contre-mesures si l’UE ignore ses objections.
- Le texte doit encore être approuvé par les États membres et le Parlement européen.
- Ce bras de fer semble indiquer que les tensions commerciales Chine-UE entrent dans une nouvelle phase.

Un avertissement qui marque une montée d’un cran dans les tensions commerciales
La menace chinoise du 27 avril 2025 n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une série de frictions entre Bruxelles et Pékin sur les véhicules électriques, les subventions et les marchés publics. Cette fois, c’est l’Europe qui prend l’initiative protectionniste – et c’est Pékin qui se retrouve à dénoncer les barrières.
Pensez-vous que l’Europe peut réindustrialiser ses secteurs stratégiques sans provoquer une guerre commerciale avec la Chine ? Dites-nous ce que vous en pensez en commentaire.
Sources : France Info
