Terres rares : pourquoi la Chine garde la main malgré les alternatives qui émergent
La Chine contrôle entre 80 % et 90 % des terres rares mondiales, des matières premières indispensables aux voitures, aux éoliennes et aux avions militaires. Alors que Trump et Xi Jinping s’apprêtent à se retrouver pour leur deuxième sommet de l’année, les marchés retiennent leur souffle. Une suspension des restrictions chinoises à l’exportation, obtenue en octobre 2025, expire dans quelques semaines. Et les alternatives à la domination chinoise n’en sont encore qu’à leurs débuts.
- La Chine a instauré des contrôles sur les exportations de terres rares en avril 2025, frappant durement les industries automobile et énergétique en Europe, aux États-Unis et au Japon.
- Une suspension partielle a été négociée lors du sommet Trump-Xi d’octobre 2025 en Corée du Sud, pour 12 mois seulement.
- La société australienne Viridis Mining, dont les actifs sont au Brésil, espère fournir 5 % du marché mondial dès fin 2028, mais la dépendance à court terme reste totale.
Un levier que Pékin a activé sans prévenir
En avril 2025, la Chine a mis en place des contrôles sur ses exportations de terres rares. Le choc a été immédiat. Les industries automobile, éolienne et de défense en Europe, au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Japon ont vu leurs chaînes d’approvisionnement se gripper. Les terres rares – un groupe de 17 métaux aux propriétés magnétiques et conductrices uniques – sont irremplaçables dans les moteurs électriques, les aimants permanents et les systèmes de guidage militaires.
Pékin ne menaçait pas : il agissait. La décision a rappelé brutalement à l’Occident que la dépendance à 80-90 % pour ces matières premières n’était pas une abstraction statistique. C’était une vulnérabilité concrète, activable à tout moment.
Lors du sommet Trump-Xi d’octobre 2025 à Séoul, Xi Jinping a accepté de suspendre l’introduction de restrictions encore plus strictes. Mais seulement pour 12 mois. Ce délai court à son terme, et aucun accord de prolongation n’a encore été signé.
- 80 à 90 % : part de la Chine dans la production et le traitement mondial des terres rares
- 5 % : objectif de part de marché mondial visé par Viridis Mining d’ici fin 2028
- 1 milliard d’euros par jour : déficit commercial de l’UE avec la Chine
- 30 % : l’écart de prix qui rend les produits chinois si difficiles à concurrencer pour les acheteurs européens
- Octobre 2025 : date de la suspension des restrictions chinoises, valable 12 mois seulement
- Les terres rares sont 17 métaux essentiels aux aimants permanents utilisés dans les moteurs de véhicules électriques, les éoliennes et les systèmes militaires. La Chine domine chaque étape de la filière, de l’extraction au traitement.
- L’Union européenne fait face à un déficit commercial avec la Chine d’environ un milliard d’euros par jour, alimenté notamment par les véhicules électriques, les énergies renouvelables et les composants industriels.
- Le commissaire européen au Commerce Maroš Šefčovič doit se rendre à Pékin le 8 octobre pour tenter d’éviter une escalade commerciale avec la Chine.

Le sommet Trump-Xi, dernier filet de sécurité à court terme
Le marché est nerveux. Rafael Moreno, directeur général de Viridis Mining and Minerals, une société cotée en Australie avec des actifs au Brésil, en Australie et au Canada, le dit sans détour. La question de la prolongation de la suspension plane sur le prochain sommet Trump-Xi, prévu jeudi.
Kurt Tong, associé gérant du groupe de conseil stratégique Asia Group à Washington, estime qu’un accord est inévitable si les deux présidents veulent continuer à se voir régulièrement. « Cela ne peut pas ne pas être prolongé s’ils souhaitent maintenir ces réunions présidentielles », dit-il. Mais il nuance : la décision pourrait aussi attendre novembre, quand Trump devrait se rendre en Chine pour le forum de Coopération économique Asie-Pacifique – l’APEC – qui réunit 21 pays.
Ce calendrier laisse plusieurs semaines supplémentaires d’incertitude pour les industriels. Et pour les entreprises comme Viridis, chaque semaine d’instabilité est une semaine où les acheteurs restent tentés par les prix chinois, quelles que soient leurs convictions sur la diversification.
Viridis : un projet brésilien aux ambitions européennes
Viridis a ouvert une usine de démonstration dans l’État de Minas Gerais, au Brésil. Le principe : racler la surface du gisement pour produire une poudre contenant des terres rares. Cette poudre serait ensuite traitée, potentiellement en France, pour isoler les éléments recherchés.
La société travaille avec Solvay, le groupe chimique français, pour le traitement. Ses cibles commerciales sont les constructeurs automobiles, les fabricants d’éoliennes comme Siemens Gamesa, et plus largement tous les OEM – fabricants d’équipements d’origine – qui ont besoin d’aimants permanents à base de terres rares.
L’objectif affiché est d’atteindre 5 % du marché mondial des aimants en terres rares d’ici fin 2028. Jozef Síkela, commissaire européen aux partenariats internationaux, s’est rendu sur le site cette année. L’intérêt de Bruxelles est réel. Ursula von der Leyen en a fait une priorité explicite : diversifier les chaînes d’approvisionnement loin de la Chine.
Le piège du prix : 30 % moins cher, et c’est presque impossible à ignorer
Le problème concret, c’est l’économie. Les produits chinois peuvent être 30 % moins chers que leurs équivalents européens ou alternatifs. Eurometal, qui représente les acheteurs de produits sidérurgiques en Europe, dénonce le fait que Bruxelles ne mesure pas pleinement la pression que subissent les industriels chaque jour.
Moreno l’admet lui-même. « Il est naturel pour une entreprise ou un OEM de vouloir acheter le produit le moins cher. Mais l’impact de ce choix, c’est que la chaîne d’approvisionnement domestique ne décolle jamais. » C’est le cercle vicieux classique des industries naissantes face à une concurrence établie et subventionnée.
Le taux de change chinois aggrave encore la situation. Il tire mécaniquement vers le bas le coût des importations en provenance de Chine, rendant l’écart de compétitivité encore plus difficile à combler pour un producteur brésilien ou européen.
L’Europe face à un défi structurel de long terme
Bruxelles cherche des alternatives. Mais l’horizon est lointain. Viridis ne prévoit pas de production commerciale avant fin 2028. Entre-temps, la dépendance à la Chine demeure quasi totale pour les terres rares traitées et les aimants finis.
Le commissaire Šefčovič se rend à Pékin le 8 octobre pour rencontrer le ministre chinois du Commerce Wang Wentao. L’objectif officiel : éviter une guerre commerciale. Mais derrière la diplomatie, le déficit de l’UE avec la Chine dépasse un milliard d’euros par jour. Les voitures électriques, les machines pour les énergies renouvelables et les composants industriels en sont les principaux moteurs.
Le sommet Trump-Xi de mai 2026, qui s’est tenu à Pékin, n’avait pas réglé la question des terres rares – comme l’analyse de Chinecroissance sur ce rapport de force sino-américain le montrait déjà. La question revient donc sur la table, et l’Europe n’est pas à la table des négociations.
- La Chine contrôle 80 à 90 % des terres rares mondiales et a déjà activé ce levier en avril 2025.
- La suspension des restrictions, obtenue en octobre 2025, expire sans accord de prolongation confirmé.
- Les alternatives concrètes – comme Viridis – ne seront opérationnelles qu’à horizon 2028 au mieux.
- La différence de prix de 30 % entre produits chinois et alternatives locales freine la diversification en pratique.
- L’Europe manque d’une stratégie industrielle de long terme sur les matières premières critiques.
La domination de la Chine sur les terres rares n’est pas un accident. Elle résulte de décennies de politique industrielle délibérée : investissements massifs, intégration verticale de la filière, tolérance aux marges faibles pour décourager la concurrence. L’Occident a profité de ces prix bas pendant vingt ans sans construire d’alternative. Il en paie aujourd’hui le prix. Viridis et Solvay incarnent une réponse réelle, mais tardive et fragmentée. L’Europe n’a pas de politique industrielle cohérente sur les matières premières critiques : elle a des projets, des ambitions affichées et des commissaires en déplacement. Ce n’est pas la même chose. La vraie question n’est pas de savoir si la Chine va assouplir ses restrictions – elle le fera si le prix politique est bon. La vraie question est : combien de temps encore l’Europe va-t-elle accepter de dépendre d’un seul fournisseur pour des matériaux aussi stratégiques ?

Terres rares : une dépendance que ni le sommet ni les projets miniers ne régleront avant des années
Le prochain sommet Trump-Xi peut déboucher sur une prolongation de la trêve. Ce serait un soulagement temporaire pour les industriels. Mais il ne changerait rien au fond : la Chine restera dominante sur les terres rares au moins jusqu’à la fin de la décennie, et probablement bien au-delà. Viridis est un signal encourageant, pas une solution à court terme.
Et vous, pensez-vous que l’Europe peut réellement s’affranchir de la Chine sur les terres rares avant 2030 ? Dites-le en commentaire.
Sources : The Guardian
