Vučić à Pékin : la Serbie joue la carte chinoise et défie l’Union européenne
Le président serbe Aleksandar Vučić s’est rendu à Pékin le 25 mai 2026, dans un contexte diplomatique particulièrement tendu avec Bruxelles. La visite intervient peu après celles de Donald Trump et Vladimir Poutine, et souligne un fait gênant pour l’UE : un pays candidat à l’adhésion européenne entretient des liens toujours plus étroits avec la Chine, son premier investisseur étranger. Derrière le voyage officiel, c’est une ligne de fracture profonde qui se dessine entre Belgrade et Bruxelles.
- Vučić est à Pékin pour défendre les intérêts économiques et diplomatiques de la Serbie avec la Chine.
- Il accuse l’UE de vouloir dicter la politique étrangère serbe.
- La Chine est le premier investisseur étranger en Serbie depuis un accord de libre-échange signé en 2024.
- Sa visite suit celles de Trump et Poutine, dans un contexte de forte recomposition des alliances mondiales.
Un président serbe qui refuse de choisir son camp
À son arrivée à Pékin, Vučić n’a pas ménagé ses mots à l’égard de l’Union européenne. Il a accusé Bruxelles de chercher à lui imposer ses fréquentations diplomatiques, notamment en lui reprochant ses contacts avec le Kremlin.
« Le mieux serait qu’ils me fassent simplement une liste de souhaits indiquant à qui j’ai le droit de parler », a-t-il lancé en conférence de presse. « La Serbie est un État autonome, souverain et indépendant, et elle continuera d’agir en fonction de ses intérêts. »
Ce ton de défi semble calculé. Il peut être lu comme un signal adressé autant à Pékin qu’à Bruxelles : Belgrade entend rester maître de ses choix, quel que soit le prix à payer sur la voie de l’adhésion européenne.
- 2009 : année de la candidature officielle de la Serbie à l’adhésion à l’UE
- 2024 : signature de l’accord de libre-échange sino-serbe lors de la visite de Xi Jinping à Belgrade
- ~30 milliards de dollars : valeur des produits concernés par l’accord commercial sino-américain annoncé après la visite de Trump à Pékin
- Quasi-totalité des importations serbes : couverture prévue par la réduction tarifaire sur dix ans dans l’accord sino-serbe
- La Chine est le premier investisseur étranger en Serbie et a signé un accord de libre-échange avec Belgrade en 2024, lors d’une visite de Xi Jinping en Serbie.
- L’UE cherche depuis plusieurs années à freiner les importations de véhicules électriques chinois, ce qui alimente les tensions avec Pékin – et complique la position de Belgrade.
- La visite de Vučić s’inscrit dans une série de déplacements à Pékin de chefs d’État majeurs : Trump d’abord, puis Poutine, puis Vučić.

La Chine, premier investisseur en Serbie – un avantage et une contrainte
La relation économique entre Belgrade et Pékin n’est pas récente. Elle s’est considérablement renforcée ces dernières années. En 2024, Xi Jinping s’était lui-même déplacé en Serbie pour officialiser un accord de libre-échange ambitieux.
Cet accord prévoit une réduction drastique des droits de douane sur la quasi-totalité des importations serbes vers la Chine sur dix ans. Pour une économie de taille modeste comme celle de la Serbie, c’est un avantage compétitif difficile à ignorer.
Mais cet ancrage économique crée une tension structurelle avec l’UE. Bruxelles redoute d’intégrer un nouvel État membre plus proche de Pékin que n’importe quel autre gouvernement au sein de l’Union. Ce scénario compliquerait la cohérence de la politique commerciale et géopolitique européenne.
Pékin en mode pivot : Trump, Poutine, Vučić en quelques semaines
Le calendrier de cette visite n’est pas anodin. Pékin a reçu en très peu de temps trois dirigeants aux profils très différents, ce qui renforce l’image d’une Chine activement courtisée – ou qui se positionne activement.
La visite de Trump visait à calmer les tensions commerciales entre les deux premières puissances mondiales. À l’issue des discussions, un conseil commercial a été annoncé pour faciliter un accord-cadre de réductions tarifaires réciproques. Ces réductions pourraient porter sur des produits représentant environ 30 milliards de dollars.
Celle de Poutine a eu un tout autre effet sur les capitales européennes. Les deux dirigeants ont signé une déclaration commune renforçant la coopération militaire sino-russe. Xi a accueilli son homologue en le qualifiant de « cher ami ». Le texte commun célèbre des liens « indéfectibles » et promet la poursuite d’une « coopération amicale ».
Cet accord a douché les espoirs européens de voir Pékin réduire son soutien à Moscou dans le conflit ukrainien.
La Serbie, point de faiblesse dans le projet d’élargissement européen
Candidate depuis 2009, la Serbie n’a toujours pas intégré l’UE. Les négociations avancent lentement, et la relation avec Pékin figure parmi les principaux obstacles.
L’UE demande à ses futurs membres d’aligner progressivement leur politique étrangère sur la sienne. Or, la Serbie entretient des liens étroits non seulement avec la Chine, mais aussi avec la Russie – deux pays avec lesquels Bruxelles est en tension ouverte.
La posture de Vučić semble indiquer qu’il ne compte pas sacrifier ces alliances sur l’autel de l’intégration européenne. Du moins pas sans compensation claire. Cette position fragilise le processus d’adhésion, mais Vučić semble parier sur le fait que l’UE a davantage besoin d’intégrer les Balkans qu’il n’a besoin d’accélérer son adhésion.
Un enjeu caché : les véhicules électriques au coeur du jeu sino-serbe
L’accord de libre-échange de 2024 n’est pas un simple texte commercial. Il a été signé au moment même où l’UE cherchait à taxer plus fortement les véhicules électriques chinois pour protéger son marché intérieur.
La Serbie, candidate à l’UE mais liée à la Chine par un accord tarifaire favorable, se retrouve dans une position délicate. Elle pourrait, en cas d’adhésion, devenir une porte d’entrée pour des produits chinois bénéficiant de tarifs réduits vers le marché unique européen.
Ce scénario semble précisément au coeur des inquiétudes de Bruxelles. Il renforce l’hypothèse que la relation sino-serbe dépasse le cadre bilatéral et devient un enjeu de politique commerciale pour l’ensemble de l’Union.
- Vučić défie ouvertement l’UE en maintenant des liens étroits avec Pékin et Moscou.
- La Chine est le premier investisseur étranger en Serbie, avec un accord de libre-échange signé en 2024.
- Pékin a reçu Trump, Poutine et Vučić en quelques semaines, confirmant son rôle de pivot diplomatique mondial.
- La Serbie risque de devenir un point de friction majeur dans la politique d’élargissement de l’UE.
- L’accord sino-serbe soulève des questions concrètes sur l’entrée de produits chinois dans le marché unique.

Belgrade entre deux blocs : un équilibre de plus en plus difficile à tenir
La visite de Vučić à Pékin illustre une réalité géopolitique que l’UE ne peut plus ignorer. Certains pays candidats ou partenaires jouent plusieurs tableaux à la fois, et la Chine y voit une opportunité stratégique.
Pour la Serbie, la relation avec Pékin offre des avantages économiques concrets à court terme. Pour l’UE, elle représente un risque de dilution de sa cohérence diplomatique et commerciale à long terme. L’équilibre que tente de tenir Vučić semble de plus en plus difficile à maintenir sans choisir, un jour, un camp.
Et vous, pensez-vous que l’UE devrait conditionner l’adhésion de la Serbie à une révision de ses liens avec la Chine ? Donnez votre avis en commentaire.
Sources : Euronews
