Un chercheur français s’installe en Chine pour soigner les maladies des nerfs : pourquoi la France a perdu
Nicolas Tricaud, chercheur montpelliérain spécialisé dans les maladies des nerfs, a ouvert une filiale de sa société à Hangzhou, en Chine. Ce choix révèle une réalité difficile : la France n’a pas pu lui offrir les conditions nécessaires pour passer de la recherche au traitement humain. Derrière un cas individuel, c’est un avantage compétitif de la Chine qui se dessine – un cadre clinique assoupli, des subventions publiques et un marché de patients immense.
- Nicolas Tricaud, chercheur français, a ouvert une filiale de sa startup Nervosave Therapeutics à Hangzhou.
- En France, ses recherches n’ont jamais dépassé le stade des essais sur animaux.
- La Chine lui permet de lancer ses premiers essais cliniques sur des patients humains.
- Il cible notamment les joueurs de jeux vidéo souffrant de douleurs neuropathiques aux mains.
Un chercheur que la France n’a pas pu retenir
Nicolas Tricaud a passé une grande partie de sa carrière à l’Inserm de Montpellier. Il y a développé des travaux sur les maladies des nerfs périphériques. Avec sa cofondatrice Cathy Barret-Beaumard, il a créé Nervosave Therapeutics pour transformer ces recherches en traitement concret.
Le problème : en France, il n’a jamais pu aller au-delà des essais sur animaux. Franchir l’étape des premiers essais sur des patients humains semblait hors de portée. C’est cette impasse qui l’a poussé à regarder ailleurs.
- 1 filiale ouverte à Hangzhou, au sud de Shanghai
- 2 pathologies ciblées : la maladie de Charcot Marie-Tooth et les neuropathies liées aux jeux vidéo
- Des dizaines de milliers de joueurs chinois souffrent de douleurs neuropathiques aux mains
- La Chine a simplifié ses procédures de développement clinique ces dernières années pour attirer les acteurs étrangers de la biotech.
- Des chercheurs américains, britanniques et russes ont également rejoint la Chine ces derniers mois, dans un contexte de restrictions budgétaires ou politiques dans leurs pays d’origine.
- L’ambassade de France et Business France ont averti Nicolas Tricaud du risque de vol de propriété intellectuelle avant son départ.

La Chine a simplifié ce que la France complique
Ce qui a fait la différence, c’est la réforme chinoise des développements cliniques. Pékin a allégé ses procédures pour permettre aux biotech étrangères d’accéder plus rapidement aux essais sur patients. Pour Tricaud, c’est décisif. « On va pouvoir passer sur les premiers patients dans un hôpital en Chine », explique-t-il.
Cette souplesse réglementaire s’accompagne d’un soutien financier direct. Le gouvernement local de Hangzhou lui a accordé des subventions. Il bénéficie aussi de liens privilégiés avec des universités et des hôpitaux chinois. Des conditions qu’il décrit comme un « environnement très favorable ».
En parallèle, le coût de ces développements reste maîtrisé. « La Chine nous permet d’espérer faire un développement à un coût raisonnable », précise-t-il. Cela lui permettra de prouver l’efficacité de son traitement à de futurs investisseurs.
Deux maladies au cœur du projet
Nervosave Therapeutics cible deux types de pathologies nerveuses. La première est la maladie de Charcot Marie-Tooth. C’est une maladie génétique rare qui détériore progressivement les nerfs des bras et des jambes, provoquant des faiblesses musculaires et des difficultés à marcher.
La seconde pathologie est moins connue mais très présente en Chine : les neuropathies aux mains causées par une pratique intensive des jeux vidéo. Des dizaines de milliers de joueurs chinois d’e-sport souffrent de douleurs chroniques liées à des mouvements répétitifs intensifs. Ce marché représente un débouché concret pour Tricaud.
Le risque de propriété intellectuelle : un pari assumé
La démarche n’est pas sans risque. Dès le départ, les services de l’ambassade de France et Business France ont alerté le chercheur sur la question de la propriété intellectuelle. La crainte principale : voir ses recherches copiées ou absorbées par des acteurs chinois.
Tricaud ne nie pas ce risque. Il l’assume. « Je leur ai dit : si je ne peux pas vendre la technologie française, elle va disparaître », raconte-t-il. Il soutient avoir pris les précautions nécessaires pour protéger ses droits sur les travaux réalisés à Montpellier.
Sa logique peut être lue comme un calcul pragmatique : un risque maîtrisé vaut mieux qu’une innovation qui ne dépasse jamais le laboratoire.
Un signal parmi d’autres d’une compétition mondiale pour les talents
Le cas Tricaud n’est pas isolé. La Chine intensifie ses efforts pour attirer des chercheurs occidentaux. Des scientifiques américains ont rejoint des instituts chinois ces derniers mois, notamment dans un contexte de coupes budgétaires aux États-Unis sous l’administration Trump. Des chercheurs britanniques et russes ont fait de même.
Pékin propose un modèle cohérent : subventions à l’installation, accès facilité aux essais cliniques, connexions directes avec les hôpitaux et un marché intérieur de 1,4 milliard de personnes. Face à cela, l’Europe peine à opposer une offre aussi structurée.
- Nicolas Tricaud a ouvert une filiale à Hangzhou faute de pouvoir lancer des essais cliniques en France.
- La Chine a simplifié ses procédures cliniques pour séduire les biotech étrangères.
- Le marché chinois des joueurs neuropathiques représente une cible commerciale directe.
- Le risque de propriété intellectuelle est réel mais jugé maîtrisable par le chercheur.
- Ce cas illustre une concurrence mondiale accrue pour capter les talents scientifiques.

L’Europe face à un défi structurel d’attractivité scientifique
Le parcours de Nicolas Tricaud souligne un déséquilibre croissant. La France forme des chercheurs de haut niveau. Mais elle n’est pas toujours capable de leur offrir les conditions pour aller au bout de leurs projets. La Chine, elle, a construit un environnement conçu pour transformer la recherche en produit commercialisable rapidement.
Ce n’est pas seulement une question d’argent. C’est une question de système. Tant que les démarches cliniques resteront plus lourdes en Europe qu’en Asie, des chercheurs continueront d’aller chercher ailleurs ce que leur pays ne peut pas leur donner.
Et vous, pensez-vous que la France devrait simplifier ses procédures cliniques pour retenir ses chercheurs ? Donnez votre avis en commentaire.
Sources : Franceinfo
