LandSpace réussit à récupérer sa fusée : la Chine entre dans le club des acteurs des fusées réutilisables

LandSpace réussit à récupérer sa fusée : la Chine entre dans le club des acteurs des fusées réutilisables

Le 19 août 2025, la start-up chinoise LandSpace a réussi à poser au sol le premier étage de sa fusée Zhuque-3. C’est une première pour une entreprise privée chinoise. Derrière ce succès technique, un enjeu stratégique majeur : réduire les coûts du spatial commercial et défier SpaceX sur son propre terrain.

En bref

  • LandSpace récupère le premier étage de sa fusée Zhuque-3 dans le désert, le 19 août 2025.
  • C’est la première réussite d’une entreprise privée chinoise en matière de fusée réutilisable.
  • L’objectif à terme : concurrencer Starlink, le réseau de satellites d’Elon Musk.

Un atterrissage qui change la donne pour le spatial chinois

La scène s’est déroulée en direct sur la CCTV, la télévision d’État chinoise. Le premier étage de la Zhuque-3 s’est posé sur une plateforme d’atterrissage en plein désert, stable et précis. Le geste semblait presque naturel. Il ne l’est pas.

Maîtriser le retour au sol d’un premier étage de fusée exige une technologie extrêmement complexe. Ce composant situé à la base du lanceur fournit l’essentiel de la poussée au décollage. Le récupérer intact, c’est pouvoir le réutiliser. Et réutiliser, c’est réduire drastiquement les coûts de chaque lancement.

Chiffres clés

  • 19 août 2025 : date du premier atterrissage réussi d’un premier étage de fusée privée chinoise.
  • Décembre 2024 : première tentative de LandSpace, soldée par un échec.
  • Juillet 2025 : récupération en mer du propulseur d’une fusée Longue Marche, développée par l’État chinois.
  • 2 acteurs américains maîtrisaient déjà cette technologie avant LandSpace : SpaceX et Blue Origin.
Contexte

  • SpaceX, fondée par Elon Musk, a popularisé la réutilisabilité des fusées avec son lanceur Falcon 9 dès 2015.
  • La Chine développe en parallèle son spatial commercial privé et son programme spatial d’État, avec des objectifs distincts.
  • Starlink, le réseau de satellites internet d’Elon Musk, est aujourd’hui le principal concurrent que la Chine cherche à défier dans l’orbite basse.
Plateforme d'atterrissage de fusée dans un désert
La plateforme d’atterrissage dans le désert, conçue pour récupérer les premiers étages réutilisables. (image générée avec IA Gemini)

LandSpace, ou le pari du spatial privé en Chine

LandSpace n’est pas un acteur institutionnel. C’est une start-up, fondée par Zhang Changwu, ancien banquier d’affaires reconverti dans l’aérospatial. La presse chinoise le surnomme régulièrement le « Elon Musk chinois ». Lui-même garde la tête froide.

« Le spatial commercial chinois est encore dans une phase de rattrapage, il suit SpaceX », confiait-il en janvier 2025. Cette lucidité ne diminue pas la portée de ce qu’il vient d’accomplir. LandSpace rejoint un club très restreint : celui des acteurs privés capables de récupérer un premier étage de fusée.

Avant ce 19 août, seules SpaceX et Blue Origin, deux entreprises américaines, maîtrisaient cette technologie dans le secteur privé. La Chine publique, elle, avait récupéré en mer un propulseur de sa fusée Longue Marche en juillet 2025. Mais une récupération terrestre, précise, par une entreprise privée : c’était une première.

Après l’échec de décembre, la percée d’août

LandSpace n’a pas réussi du premier coup. Une première tentative avait échoué en décembre 2024. La trajectoire entre ces deux dates illustre la vitesse d’apprentissage du secteur spatial privé chinois. En moins d’un an, l’entreprise a corrigé ses erreurs et validé sa technologie.

Ce type de progression rapide semble indiquer que les start-up spatiales chinoises bénéficient d’un soutien important, qu’il soit financier, technologique ou réglementaire. Le contexte chinois permet une exécution accélérée, difficile à reproduire ailleurs.

L’enjeu caché : défier Starlink en orbite basse

La réutilisabilité n’est pas une fin en soi. Elle est un levier. Moins cher par lancement signifie plus de satellites mis en orbite. Et plus de satellites en orbite, c’est la capacité de construire une constellation capable de fournir un accès internet mondial.

C’est précisément ce que fait Starlink. Le réseau d’Elon Musk compte déjà plusieurs milliers de satellites actifs et fournit un accès internet par satellite à des millions d’utilisateurs dans le monde. La Chine développe ses propres projets de constellations en orbite basse. La maîtrise des lanceurs réutilisables est un prérequis pour les rendre économiquement viables.

La percée de LandSpace peut donc être lue comme une étape dans une ambition bien plus large : offrir à la Chine une alternative crédible à Starlink, tant sur le plan technologique que géopolitique.

Un signal fort pour la course spatiale sino-américaine

La réussite de LandSpace intervient dans un contexte de compétition spatiale accrue entre Pékin et Washington. Les États-Unis dominent encore largement le secteur, notamment grâce à SpaceX. Mais l’écart se réduit.

Ce rattrapage ne se joue pas uniquement sur le plan technologique. Il se joue aussi sur le plan économique. Une Chine capable de lancer des satellites à moindre coût grâce à des fusées réutilisables peut séduire des clients internationaux, aujourd’hui captifs de l’offre américaine ou européenne.

Ce qu’il faut retenir

  • LandSpace est la première entreprise privée chinoise à récupérer au sol un premier étage de fusée.
  • La réutilisabilité réduit fortement les coûts de lancement et accélère la cadence des mises en orbite.
  • L’objectif stratégique de la Chine : construire une constellation satellitaire rivale de Starlink.
  • Zhang Changwu, fondateur de LandSpace, reconnaît lui-même un retard sur SpaceX, mais la progression est rapide.
  • Ce succès renforce la position de la Chine dans la compétition spatiale mondiale face aux États-Unis.
Salle de contrôle d'une start-up spatiale chinoise
Les équipes de LandSpace suivent en temps réel les données de vol de la Zhuque-3. (image générée avec IA Gemini)

Une étape décisive, pas un point d’arrivée

L’atterrissage de la Zhuque-3 est un signal fort. Il montre que le spatial privé chinois a franchi un cap technologique que seuls quelques acteurs dans le monde ont atteint. Mais Zhang Changwu le dit lui-même : la Chine rattrape, elle ne mène pas encore.

La suite dépendra de la capacité de LandSpace à passer à l’échelle, à lancer en série et à transformer ce prototype réussi en outil commercial fiable. C’est là que se joue vraiment la compétition avec SpaceX.

Et vous, pensez-vous que la Chine peut réellement rivaliser avec SpaceX dans les prochaines années ? Dites-le en commentaire.

Sources : France Info

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Qu'est-ce que la fusée Zhuque-3 et qui est LandSpace ?
La Zhuque-3 est le lanceur de satellites développé par LandSpace, une start-up spatiale privée chinoise fondée par Zhang Changwu, ancien banquier d’affaires. Le 19 août 2025, son premier étage a été récupéré au sol avec succès, une première pour une entreprise privée en Chine.
Pourquoi la réutilisabilité d'une fusée est-elle importante ?
Récupérer et réutiliser le premier étage d’une fusée permet de réduire considérablement les coûts de chaque lancement. C’est le principe qu’a popularisé SpaceX avec son Falcon 9. Moins cher signifie plus de lancements possibles et donc une capacité accrue à déployer des satellites en orbite.
Quel est le lien entre cette fusée et Starlink ?
La maîtrise des lanceurs réutilisables est indispensable pour construire une constellation de satellites à grande échelle. La Chine cherche à développer sa propre alternative à Starlink, le réseau internet par satellite d’Elon Musk. Des lanceurs moins coûteux rendraient ce projet économiquement viable.
La Chine peut-elle vraiment rattraper SpaceX dans le spatial ?
Zhang Changwu lui-même reconnaît que le spatial commercial chinois est encore en phase de rattrapage par rapport à SpaceX. Cependant, la progression est rapide : en moins d’un an, LandSpace est passée d’un échec à une réussite technologique majeure. L’écart se réduit, mais SpaceX conserve une avance significative.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

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