L’IA chinoise à 13 milliards de dollars : Goldman Sachs revoit ses prévisions à la hausse

L’IA chinoise à 13 milliards de dollars : Goldman Sachs revoit ses prévisions à la hausse

Goldman Sachs relève de 30 % ses prévisions de revenus pour le marché chinois de l’IA. La banque table désormais sur 13 milliards de dollars de revenus annualisés d’ici fin 2025. Derrière ce chiffre, une réalité concrète : des modèles chinois qui cassent les prix, rivalisent avec OpenAI et captent une part croissante du trafic mondial.

En bref

  • Goldman Sachs monte sa prévision de revenus annualisés pour l’IA chinoise de 10 à 13 milliards de dollars.
  • MiniMax, DeepSeek et Alibaba ont lancé des modèles plus performants et jusqu’à 5 fois moins chers qu’OpenAI.
  • Les modèles chinois à poids ouvert représentent désormais près de 70 % de la consommation mondiale de tokens sur les plateformes développeurs.

Une révision à la hausse portée par la guerre des prix

La note de recherche publiée lundi par Goldman Sachs est claire. La banque revoit à la hausse ses projections de revenus annualisés récurrents pour les modèles d’IA développés en Chine continentale. L’objectif passe de 10 à 13 milliards de dollars pour la fin de l’année 2025, soit une progression de 30 %.

Trois facteurs expliquent ce changement. D’abord, des baisses de prix agressives. Ensuite, des avancées techniques rapides. Enfin, une adoption accélérée par les entreprises. Ces trois dynamiques se sont combinées en l’espace de quelques semaines seulement.

Chiffres clés

  • 13 milliards de dollars : prévision de revenus annualisés pour l’IA chinoise d’ici fin 2025 selon Goldman Sachs.
  • 30 % : hausse de la prévision par rapport à l’estimation précédente de 10 milliards de dollars.
  • 70 % : part des modèles chinois à poids ouvert dans la consommation mondiale de tokens sur OpenRouter.
  • 2,4 billions de paramètres : taille du modèle Qwen3.8 Max d’Alibaba, disponible à 2 dollars par million de tokens en entrée.
  • 34 % : part de marché de WorkBuddy de Tencent dans les agents IA desktop en Chine en juin.
Contexte

  • Le marché mondial des modèles d’IA est dominé depuis 2023 par OpenAI, dont les tarifs servent de référence pour l’ensemble du secteur.
  • DeepSeek a provoqué un choc début 2025 en montrant qu’un modèle chinois pouvait rivaliser avec GPT-4 à une fraction du coût.
  • Les modèles à poids ouvert permettent à des tiers de télécharger et d’utiliser librement le modèle, mais des licences commerciales peuvent être exigées au-delà d’un certain usage.
Graphique de consommation de tokens IA en forte hausse sur un écran d'ordinateur
Les modèles chinois captent désormais près de 70 % des tokens consommés sur les plateformes mondiales. (image générée avec IA Gemini)

MiniMax, DeepSeek, Alibaba : trois offensives en une semaine

Le calendrier est frappant. En l’espace d’un seul vendredi, deux annonces majeures ont redéfini le paysage concurrentiel.

MiniMax a lancé son modèle H3 selon une approche à poids ouvert. Ce système multimodal traite du texte, des images, des vidéos, de l’audio et de la musique. Son prix : 30 à 50 % en dessous des niveaux du marché selon Goldman Sachs. Le même jour, DeepSeek a ouvert l’accès via API à son modèle V4 Flash, avec des capacités en codage front-end comparables au modèle phare de Zhipu AI, le GLM-5.2.

Puis Alibaba a officiellement déployé son Qwen3.8 Max, un modèle massif de 2 400 milliards de paramètres. Sur le classement Arena AI des performances en codage front-end, Qwen3.8 Max occupe la 4e place mondiale. Il devance le GPT-5.6 Sol d’OpenAI, classé 6e, tout en étant nettement moins cher. Alibaba facture 2 dollars par million de tokens en entrée et 6 dollars en sortie. OpenAI demande 5 dollars en entrée et 30 dollars en sortie pour son modèle phare.

OpenAI contre-attaque, mais le rapport de force a changé

Face à cette pression, OpenAI a répondu. La société a annoncé une réduction de 80 % du prix de son modèle léger GPT-5.6 Luna, ramenant les frais API à 20 centimes par million de tokens en entrée. Elle a également baissé de 20 % les tarifs de son modèle intermédiaire GPT-5.6 Terra.

Cette réaction semble confirmer que l’initiative est désormais du côté chinois. Les modèles développés en Chine représentent près de 70 % de la consommation mondiale de tokens sur des plateformes comme OpenRouter, selon les données de Goldman Sachs. Ce basculement semble indiquer que la compétitivité prix des acteurs chinois produit des effets concrets sur l’adoption globale.

Zhipu et MiniMax : des objectifs de revenus revus à la hausse

Goldman Sachs a également relevé ses prévisions pour deux acteurs cotés à Hong Kong. La banque projette désormais un ARR de 2,5 milliards de dollars pour Zhipu AI et de 1 milliard de dollars pour MiniMax d’ici fin 2025.

Ces révisions reflètent les trajectoires de croissance observées. Mais elles soulignent aussi un paradoxe : comment générer plus de revenus en baissant les prix ? La réponse tient à la structure du marché. Les volumes augmentent plus vite que les marges ne se compriment. Et les acteurs bien financés utilisent leurs levées de fonds pour subventionner des prix agressifs, quitte à rogner temporairement sur leurs marges.

Les agents IA : le prochain terrain de conquête

La bataille ne se limite plus aux modèles de langage. Goldman Sachs identifie les outils d’agents IA pour les entreprises comme le prochain champ de compétition. Ces agents – capables d’exécuter des tâches de manière autonome sur un ordinateur – constituent un marché en formation rapide.

En juin, WorkBuddy de Tencent a dominé ce segment en Chine avec 34 % de part de marché en visites mensuelles sur desktop. TRAE de ByteDance suit en deuxième position avec 21 %. Les grands groupes technologiques chinois cherchent à convertir leurs modèles en outils de productivité professionnelle, là où les revenus sont plus stables et les marges potentiellement meilleures.

Skyline de Shanghai au crépuscule avec flux de données numériques
Shanghai, épicentre du développement de l’IA en Chine et vitrine de la compétition technologique mondiale. (image générée avec IA Gemini)

Une monétisation complexe pour les modèles ouverts

La question de la monétisation reste entière pour les modèles à poids ouvert. Distribués librement, ils génèrent peu de revenus directs. Goldman Sachs anticipe un mouvement vers des « licences communautaires » : les utilisateurs individuels restent libres, mais les entreprises commerciales devront payer.

Ce modèle hybride s’inspire des pratiques de l’open source logiciel. Il permet de maximiser l’adoption tout en préservant une source de revenus. Mais il reste fragile. Si un concurrent propose une version encore moins chère, la dynamique peut se retourner rapidement.

Le risque géopolitique plane sur l’essor de l’IA chinoise

Goldman Sachs ne cache pas les risques. La banque mentionne explicitement des signaux préoccupants. Les autorités chinoises étudieraient des restrictions sur le téléchargement de poids de modèles par des utilisateurs étrangers. Des limites sur les transferts de données d’entraînement vers l’étranger seraient également envisagées.

Si ces mesures se concrétisent, elles pourraient freiner l’expansion internationale des modèles chinois. La part de 70 % dans les tokens mondiaux, construite sur la liberté de distribution, deviendrait plus difficile à maintenir. Ce serait une contradiction majeure : une industrie qui s’impose par l’ouverture, mais que ses propres régulateurs pourraient refermer.

Ce qu’il faut retenir

  • Goldman Sachs relève de 30 % ses prévisions de revenus pour l’IA chinoise, à 13 milliards de dollars fin 2025.
  • MiniMax, DeepSeek et Alibaba ont lancé des modèles puissants et jusqu’à 5 fois moins chers qu’OpenAI en une semaine.
  • Les modèles chinois captent près de 70 % des tokens consommés sur les plateformes développeurs mondiales.
  • Les agents IA deviennent le prochain front : Tencent et ByteDance s’y positionnent déjà.
  • Des restrictions réglementaires chinoises sur les transferts de modèles pourraient fragiliser cette dynamique.

Une domination technique qui change les règles du jeu mondial

En quelques mois, la Chine a transformé sa position dans la course à l’IA. Elle ne court plus derrière les modèles américains : elle fixe de nouveaux standards de rapport qualité-prix, capte une part croissante du trafic mondial et force ses concurrents à baisser leurs prix. La prochaine étape – monétiser durablement sans perdre l’avantage concurrentiel – sera déterminante. Les prochains trimestres diront si cette montée en puissance se traduit en revenus réels ou reste fragile face aux pressions réglementaires et géopolitiques.

Et vous, pensez-vous que les modèles d’IA chinois peuvent s’imposer durablement face à OpenAI ? Partagez votre analyse en commentaire.

Sources : South China Morning Post

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Pourquoi Goldman Sachs a-t-il relevé ses prévisions pour l'IA chinoise ?
Goldman Sachs a rehaussé de 30 % ses prévisions en raison de trois facteurs combinés : des baisses de prix agressives de la part d’acteurs comme MiniMax et Alibaba, des avancées techniques significatives, et une adoption accélérée par les entreprises. La banque projette désormais 13 milliards de dollars de revenus annualisés d’ici fin 2025.
Quels modèles chinois rivalisant avec GPT-5 d'OpenAI ont été lancés récemment ?
Trois modèles majeurs ont été lancés en peu de temps : le H3 de MiniMax, un modèle multimodal à prix réduit, le V4 Flash de DeepSeek avec accès API en codage front-end, et le Qwen3.8 Max d’Alibaba, classé 4e mondial en codage, devant le GPT-5.6 Sol d’OpenAI. Ce dernier est proposé à un tarif bien inférieur à son concurrent américain.
Qu'est-ce qu'un modèle à poids ouvert et pourquoi cela change-t-il la compétition ?
Un modèle à poids ouvert est un modèle dont le code et les paramètres sont librement téléchargeables. Cela permet à n’importe quel développeur de l’utiliser ou de l’adapter. Cette approche favorise une adoption rapide et massive, ce qui explique en partie pourquoi les modèles chinois représentent près de 70 % de la consommation mondiale de tokens sur des plateformes comme OpenRouter.
Quels risques pourraient freiner la croissance de l'IA chinoise à l'international ?
Goldman Sachs identifie deux risques réglementaires majeurs. Les autorités chinoises envisageraient de restreindre le téléchargement de poids de modèles par des utilisateurs étrangers et de limiter les transferts de données d’entraînement vers l’étranger. Si ces mesures sont adoptées, elles pourraient freiner la diffusion internationale des modèles, qui repose précisément sur leur libre distribution.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

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