Les géants chinois d’internet sur le point de rentabiliser l’IA : ce que prédit UBS

Les géants chinois d’internet sur le point de rentabiliser l’IA : ce que prédit UBS

Les grandes plateformes internet chinoises n’ont pas encore récolté les fruits de leurs investissements massifs dans l’intelligence artificielle. Selon les analystes d’UBS, ce moment pourrait arriver dans deux à trois ans. En attendant, les dépenses en infrastructures pèsent sur les résultats à court terme, alimentant la méfiance des investisseurs. Mais le rapport de force entre producteurs et distributeurs d’IA est sur le point de s’inverser.

En bref

  • UBS prédit un transfert du pouvoir de fixation des prix vers les plateformes internet chinoises d’ici 2 à 3 ans.
  • Tencent et Alibaba dépensent massivement en infrastructures IA, au détriment de leur trésorerie à court terme.
  • Les modèles d’IA chinois coûtent moins de 10 % à entraîner par rapport aux leaders mondiaux.

Un cycle d’investissement qui pèse sur les profits actuels

Les chiffres sont éloquents. Au deuxième trimestre 2025, Tencent a presque triplé ses dépenses d’investissement, à 52,8 milliards de yuans. Pour la première fois, son flux de trésorerie disponible est devenu négatif, à -13,8 milliards de yuans.

Alibaba n’est pas en reste. Son décaissement trimestriel a atteint 67,7 milliards de yuans, faisant plus que doubler sa sortie de trésorerie nette sur un an, à 44,7 milliards de yuans.

Ces montants impressionnants restent néanmoins très inférieurs aux dépenses américaines. Selon Kenneth Fong, responsable de la recherche internet Chine chez UBS, les dépenses des géants technologiques chinois représentent seulement un septième de celles de leurs homologues américains. Deux facteurs l’expliquent : l’accès restreint aux puces avancées étrangères et des infrastructures opérant à plus petite échelle.

Chiffres clés

  • 52,8 milliards de yuans : le capex trimestriel de Tencent au T2, soit presque le triple de l’année précédente.
  • 67,7 milliards de yuans : les dépenses d’investissement trimestrielles d’Alibaba sur la même période.
  • Moins de 10 % : le coût d’entraînement des modèles IA chinois par rapport aux leaders mondiaux.
  • Moins de 20 % : le prix moyen des API des modèles chinois comparé à leurs équivalents internationaux.
  • 1/7 : la proportion des dépenses tech chinoises par rapport aux investissements américains dans l’IA.
Contexte

  • Les grandes plateformes internet chinoises comme Tencent et Alibaba investissent massivement dans l’IA depuis plusieurs trimestres, malgré un environnement macro-économique difficile en Chine.
  • L’accès aux puces de pointe reste limité pour les entreprises chinoises en raison des restrictions américaines à l’exportation.
  • Le marché mondial de l’IA est actuellement dominé par des acteurs amont – fabricants de puces et fournisseurs d’infrastructure – qui captent la majorité des profits du secteur.
Ingénieur chinois analysant des performances de modèles IA sur écrans
L’efficacité des modèles chinois repose sur une optimisation logicielle continue. (image générée avec IA Gemini)

Quand le pouvoir de prix basculera vers les plateformes

Kenneth Fong résume la logique du cycle en termes simples. Aujourd’hui, les contraintes de capacité se situent en amont – chez les fabricants de puces et les fournisseurs d’infrastructure. Ce sont eux qui captent l’essentiel des profits de la chaîne IA.

Mais cette situation semble provisoire. Dans deux à trois ans, selon Fong, les contraintes de capacité devraient s’atténuer. Le pouvoir de fixation des prix se déplacera alors vers l’aval, là où les plateformes internet disposent d’atouts décisifs : une capacité de distribution massive, des données propriétaires et des bases d’utilisateurs considérables.

C’est à ce moment que les grandes plateformes chinoises pourraient reprendre la main. Elles jouent aujourd’hui une stratégie à la fois défensive et offensive : elles investissent pour ne pas rater le virage de l’IA, tout en consolidant leurs activités cloud et leurs intégrations existantes.

« Même si l’IA ne se matérialise pas comme prévu, ils renoncent au fond à un an de profits », explique Fong. « Mais au moins, ils s’assurent de rester dans la course. » Les montants engagés correspondent en effet à une à une année et demie de flux de trésorerie annuels.

Un avantage de coût qui distingue la Chine du reste du monde

C’est peut-être le chiffre le plus frappant de l’analyse d’UBS. Les coûts d’entraînement des modèles IA chinois seraient inférieurs à 10 % de ceux des leaders mondiaux. Le prix moyen des API des principaux modèles chinois serait lui aussi inférieur à 20 % de leurs équivalents internationaux comparables.

Xiong Wei, analyste internet Chine chez UBS Securities, en tire une conclusion claire : les développeurs de modèles chinois ne brûlent pas de cash pour conquérir des utilisateurs. Ils maintiennent des marges brutes saines tout en optimisant en continu leurs processus d’entraînement et d’inférence.

Cette efficacité peut être lue comme un avantage structurel. Elle s’explique en partie par les contraintes imposées aux entreprises chinoises, qui ont été forcées d’innover sur l’architecture logicielle pour compenser leur accès limité aux puces les plus performantes.

Des investisseurs encore prudents, mais pour combien de temps ?

La méfiance actuelle des investisseurs tient à deux facteurs convergents. D’un côté, un environnement macro-économique chinois encore fragile au second semestre. De l’autre, des dépenses IA qui dégradent mécaniquement les flux de trésorerie à court terme.

Cette prudence semble pourtant en décalage avec les perspectives dessinées par UBS. Si le transfert du pouvoir de prix vers les plateformes se confirme dans les délais annoncés, les investisseurs qui patientent pourraient bénéficier d’une revalorisation significative de ces actifs.

Le vrai test sera la capacité des plateformes chinoises à monétiser concrètement leurs investissements IA – à travers le cloud, les applications métiers et les services aux consommateurs – une fois que les contraintes d’infrastructure se seront desserrées.

Ce qu’il faut retenir

  • UBS anticipe un basculement du pouvoir de prix vers les plateformes internet chinoises d’ici 2 à 3 ans.
  • Tencent et Alibaba sacrifient temporairement leur trésorerie pour rester compétitifs dans la course à l’IA.
  • Les dépenses chinoises restent 7 fois inférieures à celles des géants américains du secteur.
  • Les modèles IA chinois affichent une efficacité de coût remarquable, sans brûler de cash pour leur adoption.
  • La vraie question est celle de la monétisation concrète une fois les capacités d’infrastructure suffisantes.
Centre de données chinois avec rangées de serveurs éclairés en bleu
Les dépenses en infrastructure IA pèsent sur la trésorerie des plateformes chinoises à court terme. (image générée avec IA Gemini)

Un pari calculé sur la durée

La stratégie des géants chinois d’internet ressemble à un pari sur la durée. Ils acceptent une dégradation temporaire de leurs résultats pour ne pas rater la prochaine phase de l’IA. Leur atout principal n’est pas la puissance de calcul brute – limitée par les restrictions sur les puces – mais leur capacité à distribuer, à collecter des données et à fidéliser des centaines de millions d’utilisateurs. C’est sur ce terrain que la bataille se jouera dans deux à trois ans.

Pensez-vous que les plateformes chinoises parviendront à monétiser l’IA aussi efficacement que leurs rivales américaines ? Partagez votre analyse en commentaire.

Sources : South China Morning Post

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Pourquoi les géants chinois d'internet ne sont-ils pas encore rentables sur l'IA ?
Leurs dépenses actuelles vont massivement vers l’infrastructure et les puces – la couche amont de l’IA. C’est cette couche qui capte aujourd’hui l’essentiel des profits. Les plateformes comme Tencent et Alibaba ne bénéficieront de leur position – données, distribution, utilisateurs – que lorsque les contraintes de capacité amont se seront assouplies, ce qu’UBS anticipe dans deux à trois ans.
Quelle est l'ampleur des investissements IA de Tencent et Alibaba ?
Au deuxième trimestre, Tencent a dépensé 52,8 milliards de yuans en capex, soit presque trois fois plus que l’année précédente, et affiché un flux de trésorerie négatif pour la première fois. Alibaba a quant à lui engagé 67,7 milliards de yuans sur le seul trimestre, faisant plus que doubler sa sortie de trésorerie nette.
Pourquoi les modèles IA chinois coûtent-ils si peu à développer ?
Selon UBS, les coûts d’entraînement des modèles chinois représentent moins de 10 % de ceux des leaders mondiaux. Cette efficacité est en partie le résultat des contraintes imposées par les restrictions américaines sur les puces, qui ont poussé les développeurs chinois à innover sur l’architecture logicielle et à optimiser leurs processus d’inférence.
Comment les investisseurs réagissent-ils aux dépenses IA des entreprises chinoises ?
La prudence des investisseurs s’explique par deux facteurs : un environnement macro-économique chinois encore fragile et une dégradation des flux de trésorerie à court terme liée aux dépenses d’infrastructure. Mais UBS souligne que cette méfiance pourrait être en décalage avec les perspectives de rentabilité à moyen terme des plateformes.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

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