Voiture électrique : comment la Chine s’impose comme leader mondial face aux constructeurs européens
La flambée des prix des carburants bouleverse le marché mondial de l’automobile. Partout dans le monde, les automobilistes se tournent vers l’électrique. Et c’est la Chine qui en profite le plus. Ses constructeurs, mieux préparés, mieux financés et plus agiles que leurs concurrents, semblent avoir une longueur d’avance décisive. La vraie question n’est plus de savoir s’ils vont s’imposer, mais jusqu’où et à quelle vitesse.
- La hausse des prix de l’essence pousse les acheteurs vers l’électrique partout dans le monde.
- Les constructeurs chinois, qui produisent 70% des véhicules électriques mondiaux, en sont les premiers bénéficiaires.
- L’Europe résiste grâce à des mécanismes réglementaires, mais reste exposée dans de nombreux marchés émergents.
Des prix à la pompe qui accélèrent la bascule vers l’électrique
En France, le SP95-E10 a atteint 2,038 euros le litre début mai 2025. Le SP98 frôle les 2,123 euros. Le gazole se maintient autour de 2,30 euros. Ce n’est pas anecdotique. Ces niveaux de prix, liés au blocage du détroit d’Ormuz, poussent les consommateurs à reconsidérer leur prochain achat.
Le phénomène est mondial. En Australie et aux Philippines, les prix à la pompe ont bondi de 40% depuis février. Même aux États-Unis et au Canada, grands producteurs d’hydrocarbures, les prix explosent. Résultat : partout, les professionnels de l’automobile anticipent un « boom » des ventes de véhicules électriques.
« Avant, les clients n’avaient pas forcément l’envie de tester nos voitures », explique le directeur marketing de Chery, l’une des grandes marques chinoises. « Maintenant, avec l’augmentation des prix de l’essence, ils sont obligés de le faire. » Un aveu simple, mais révélateur.
- La Chine produit plus de 70% des nouvelles unités électriques mises sur la route dans le monde en 2024.
- Plus d’une voiture vendue sur deux en Chine est électrique.
- Au Brésil, 99% des voitures électriques et hybrides vendues en 2024 étaient chinoises.
- La part des ventes électriques dépasse 10% dans 39 pays en 2025, contre 4 pays en 2019.
- Les constructeurs chinois pourraient atteindre 10 à 11% de part de marché en Europe d’ici 2030.
- La Chine a massivement subventionné son industrie automobile électrique depuis le milieu des années 2010, dans une logique stratégique autant qu’environnementale.
- L’arrivée de Tesla en Chine en 2014 a agi comme un accélérateur technologique pour les constructeurs locaux, qui ont d’abord copié puis dépassé le modèle américain.
- Les marchés hors OCDE représentent la quasi-totalité de la croissance des exportations chinoises de véhicules électriques ces deux dernières années.

Une stratégie construite sur des décennies d’investissement public
La domination chinoise sur l’électrique ne s’est pas construite en un jour. Elle remonte au milieu des années 2010, quand Pékin a décidé d’arroser de subventions son industrie automobile. L’objectif était double : répondre à une demande intérieure explosive et développer des technologies alternatives au pétrole, que la Chine importe en totalité.
L’arrivée de Tesla en 2014 a changé la donne. « Les constructeurs chinois vont passer un cap, notamment dans la manière dont ils imaginent leurs propres véhicules électriques », explique Jamel Taganza, cofondateur du cabinet Inovev. Ils produisent d’abord des copies. Puis ils les améliorent, les adaptent, les déclinent. Hybrides classiques, hybrides rechargeables, tout électrique, « flex-fuel » pour le Brésil… Résultat : une gamme capable de répondre à des besoins très différents selon les marchés.
La concurrence féroce en Chine pousse les marques à l’export
Si BYD, Chery, Geely, MG ou Xpeng cherchent à s’exporter, ce n’est pas uniquement pour croître. C’est aussi parce que le marché chinois est devenu un terrain de guerre. Jamel Taganza parle d’une « concurrence féroce » à domicile, qualifiée de « bain de sang » par certains observateurs. Les marges y sont comprimées.
En Europe, en revanche, ces constructeurs peuvent dégager des marges bien plus confortables. C’est l’un des moteurs réels de leur expansion occidentale. Et pour s’implanter durablement, ils ne se contentent pas d’exporter. BYD a ouvert sa première usine hors de Chine en Thaïlande. D’autres projets existent en Hongrie et en Turquie. Au Brésil, BYD fabrique déjà sur place.
L’Europe n’est pas sans défense, mais elle est inégalement protégée
En France, le mécanisme de l’éco-score pénalise les véhicules fabriqués en Chine, dont l’empreinte carbone de production est plus élevée. Cela protège les modèles de Renault, Peugeot ou Citroën, qui dominent le marché électrique national. « Le marché de l’électrique en France est dominé par des modèles produits en France et en Europe », confirme Bastien Gebel, spécialiste de la décarbonation automobile chez Transport & Environnement.
Mais la situation varie fortement d’un pays à l’autre. En Espagne ou en Italie, la petite citadine électrique de BYD figure dans le top 3 des ventes. Sans mécanisme de protection similaire à l’éco-score français, ces marchés s’ouvrent plus vite aux marques chinoises. La protection n’est donc pas uniforme en Europe.
Par ailleurs, certaines marques non chinoises fabriquent aussi leurs véhicules électriques en Chine. Tesla en est l’exemple le plus visible. Selon le Lowy Institute, des Tesla produites en Chine seront vendues au Canada cette année dans le cadre d’un accord bilatéral, à un prix inférieur à celui pratiqué aux États-Unis.
Des marchés émergents déjà largement acquis à la cause chinoise
En Asie du Sud-Est, les exportations chinoises ont répondu à la nouvelle demande avec des modèles récents et abordables. La Thaïlande, Singapour, l’Indonésie : partout, les marques chinoises s’imposent dans les pays sans industrie automobile locale forte. « Ces pays sont ouverts à acheter des véhicules venant de Chine à des prix intéressants », résume Jamel Taganza.
Au Brésil, le chiffre est vertigineux. En 2024, 99% des véhicules électriques et hybrides vendus dans le pays étaient chinois. Si ce marché s’électrifie massivement d’ici 2050, les constructeurs allemands auront peu de chances de rattraper l’avance que BYD et ses concurrents auront installée pendant ce temps.
Quelques résistances locales émergent toutefois. Au Vietnam, VinFast domine les ventes électriques. En Inde, Tata s’impose sur son marché domestique. Ces exceptions montrent qu’un écosystème local peut tenir, à condition d’avoir commencé assez tôt.

Un risque réel, mais pas un raz-de-marée inévitable
Jamel Taganza tempère les scénarios catastrophistes. « Nous ne sommes pas dans un scénario de raz de marée des constructeurs chinois qui balayent tout le monde. » Les analyses d’Inovev tablent sur 10 à 11% de part de marché pour les Chinois en Europe à horizon 2030, sur les véhicules neufs.
L’industrie automobile européenne garde des atouts solides. Volkswagen, Renault, Stellantis disposent d’une implantation mondiale et d’une capacité de rebond. Ces dernières années, des partenariats se sont noués : Renault avec Geely, Volkswagen avec Xpeng et FAW. « On peut être des compétiteurs quelque part et des partenaires ailleurs », résume l’analyste.
Bastien Gebel plaide pour un cadre réglementaire qui rende ces relations « véritablement bénéfiques à tous ». Il évoque le modèle des années 1990, quand les Européens s’étaient implantés en Chine en échangeant leurs technologies. Cette fois, les rôles sont inversés. C’est la Chine qui dispose des technologies. Et le reste du monde qui dispose des marchés.
- Apprendre des méthodes de production chinoises
- Développer des partenariats ciblés par zone géographique
- Activer les leviers réglementaires nationaux pour protéger les marchés intérieurs
- Investir dans la montée en gamme électrique pour rester compétitif hors Europe
- La hausse des prix de l’essence agit comme un accélérateur massif de la demande mondiale en électrique.
- La Chine produit 70% des véhicules électriques mondiaux et exporte vers tous les continents sauf les États-Unis.
- Les marchés émergents (Brésil, Asie du Sud-Est) sont déjà largement dominés par les marques chinoises.
- L’Europe résiste mieux grâce à des outils réglementaires, mais de façon inégale selon les pays.
- Des partenariats sino-européens se multiplient, selon un modèle plus agile que les fusions traditionnelles.
Le rapport de force est établi, la négociation commence
La domination chinoise sur l’électrique mondial n’est plus contestable. Elle repose sur des années d’investissement public, une concurrence interne extrême et une capacité d’adaptation rapide aux différents marchés. Face à cela, l’Europe dispose encore d’atouts réels. Mais le temps joue contre elle dans les marchés émergents, où chaque année qui passe consolide un peu plus l’hégémonie des constructeurs de Pékin, Shenzhen ou Hangzhou.
Et vous, pensez-vous que la hausse des prix de l’essence va accélérer votre passage à l’électrique ? Partagez votre expérience en commentaire.
Sources : Franceinfo
