Rennes-La Janais : Stellantis va produire des voitures chinoises Dongfeng en Bretagne

Rennes-La Janais : Stellantis va produire des voitures chinoises Dongfeng en Bretagne

L’usine Stellantis de Rennes-La Janais s’apprête à assembler au moins un modèle du groupe chinois Dongfeng, destiné au marché européen. L’information, révélée par franceinfo le 15 mai, illustre un changement de phase majeur pour l’industrie automobile européenne. Stellantis cherche à rentabiliser des usines sous-utilisées, pendant que Dongfeng cherche à contourner les droits de douane européens sur les véhicules chinois. L’alliance des deux intérêts produit une équation inédite : des voitures chinoises fabriquées en Bretagne.

En bref

  • L’usine Stellantis de Rennes-La Janais va produire au moins un modèle du chinois Dongfeng pour l’Europe.
  • Dongfeng souhaite éviter les droits de douane européens en fabriquant localement.
  • L’annonce officielle était attendue dès la semaine du 19 mai 2025.
  • Ce schéma s’inscrit dans une stratégie plus large de Stellantis avec plusieurs constructeurs chinois.

Une usine bretonne au cœur d’une stratégie sino-européenne

Dongfeng n’a pas choisi Rennes-La Janais par hasard. Le groupe chinois est l’ancien partenaire historique de PSA, l’ancêtre de Stellantis. Il connaît donc bien les actifs européens du groupe. Ces derniers mois, ses représentants se sont rendus sur le site breton à deux reprises – fin janvier puis début avril. Ils y ont trouvé une usine modernisée, bien équipée, mais tournant bien en dessous de ses capacités.

Le site de Chartres-de-Bretagne, inauguré par le général de Gaulle au début des années 1960, est un bastion historique de Citroën. Il a abrité la fabrication des légendaires Ami 6, Ami 8, Dyane, GS, BX ou encore Xantia. Aujourd’hui, il n’assemble plus qu’un seul modèle : le C5 Aircross, un SUV de taille moyenne. Cette concentration sur un unique véhicule inquiète les 1 300 salariés du site.

Chiffres clés

  • 1 300 salariés travaillent actuellement sur le site de Rennes-La Janais.
  • 40 000 véhicules supplémentaires par an : la capacité de production disponible sans investissement majeur.
  • 2 visites de représentants Dongfeng sur le site en quelques mois (janvier et avril 2025).
  • 2 futurs modèles Peugeot doivent être fabriqués dans l’usine Dongfeng à Wuhan dès l’an prochain.
Contexte

  • L’Union européenne a imposé des droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, pour protéger ses constructeurs locaux.
  • Stellantis traverse une période difficile en Europe, avec des usines fonctionnant bien en dessous de leur capacité maximale.
  • Dongfeng et PSA – intégré depuis à Stellantis – ont noué un partenariat industriel de longue date, notamment via des coentreprises en Chine.
Usine automobile Dongfeng à Wuhan en Chine
Dongfeng, partenaire historique de PSA, possède d’importantes capacités industrielles à Wuhan. (image générée avec IA Gemini)

Droits de douane : pourquoi Dongfeng a besoin des usines européennes

L’Union européenne a durci ses règles sur les importations de véhicules fabriqués en Chine. Les droits de douane supplémentaires peuvent atteindre plusieurs dizaines de points de pourcentage selon les constructeurs. Assembler des voitures sur le sol européen permet d’échapper à ces taxes. C’est exactement ce que cherche Dongfeng.

Pour le constructeur chinois, utiliser une usine déjà opérationnelle en Europe est bien plus rapide que d’en construire une de zéro. Pour Stellantis, accueillir un locataire industriel sur un site sous-utilisé génère du travail pour ses salariés. Les deux parties ont donc un intérêt convergent. Si Dongfeng choisit un modèle de même catégorie que le C5 Aircross – un SUV de taille moyenne -, le site pourrait absorber la production sans investissements lourds.

Une stratégie qui dépasse largement Rennes

L’accord avec Dongfeng n’est pas isolé. Stellantis déploie la même logique avec Leapmotor, un autre constructeur chinois. Le partenariat a d’abord concerné la distribution de modèles Leapmotor dans les concessions européennes du groupe. Il s’étend désormais à la production dans deux usines espagnoles, à Madrid et à Saragosse.

L’usine madrilène doit même être cédée à la filiale commune créée avec Leapmotor. À Saragosse, Stellantis construirait en parallèle un SUV Opel directement inspiré d’un modèle Leapmotor. Ce schéma de co-production entre un constructeur européen en difficulté et un partenaire chinois cherchant à s’implanter localement semble être devenu une réponse structurelle aux contraintes du marché.

BYD écarté, Peugeot en route vers Wuhan

Stellantis ne dit pas oui à tous les géants chinois. Selon franceinfo, le groupe n’entend pas répondre favorablement aux demandes de BYD. Le leader mondial des voitures électriques recherche des usines clés en main en Europe. Stellantis aurait décliné cette approche.

La relation avec Dongfeng, elle, est à double sens. Pendant que des modèles Dongfeng seront fabriqués en Bretagne, deux futurs modèles Peugeot doivent être assemblés dans l’usine Dongfeng de Wuhan dès l’an prochain – principalement pour le marché chinois. Deux véhicules Jeep seraient également concernés par ce type d’accord de réciprocité industrielle.

Ce que cela change concrètement pour Rennes

Pour les salariés de Rennes-La Janais, l’enjeu est immédiat. La fabrication d’un seul modèle – le C5 Aircross – crée une fragilité évidente. Une baisse de demande sur ce véhicule suffirait à menacer l’ensemble du site. L’arrivée d’un second modèle, qu’il soit Dongfeng ou d’une autre marque, réduirait mécaniquement ce risque de concentration.

Des sources syndicales citées par franceinfo qualifient la perspective de « bouffée d’air ». Cette formulation sobre dit beaucoup sur le niveau d’inquiétude réel dans l’usine. L’annonce officielle de l’accord était attendue dès le mardi 20 mai ou dans les jours suivants.

SUV de taille moyenne sur une route européenne
Un SUV de catégorie similaire au C5 Aircross pourrait être assemblé à Rennes sous marque Dongfeng. (image générée avec IA Gemini)

Un modèle industriel qui redistribue les cartes en Europe

Ce type d’accord renforce une hypothèse qui se dessine depuis plusieurs mois : les constructeurs chinois n’ont pas besoin de construire leurs propres usines en Europe. Ils peuvent louer la capacité industrielle d’un Stellantis fragilisé, tout en contournant les barrières douanières. Pour les syndicats européens, c’est une situation ambiguë. Elle préserve des emplois à court terme, mais elle soulève des questions sur la souveraineté industrielle à plus long terme.

Stellantis, de son côté, joue sur deux tableaux : accueillir des partenaires chinois dans ses usines européennes, et confier la fabrication de ses propres marques à ces mêmes partenaires en Chine. Ce modèle d’interdépendance croisée peut être lu comme une adaptation pragmatique à un marché automobile mondial en plein bouleversement.

Ce qu’il faut retenir

  • Rennes-La Janais va assembler au moins un modèle Dongfeng destiné à l’Europe.
  • L’accord permet à Dongfeng d’éviter les droits de douane européens sur les véhicules chinois.
  • Stellantis déploie la même logique avec Leapmotor en Espagne, mais refuse les approches de BYD.
  • En contrepartie, Peugeot et Jeep seront fabriqués dans l’usine Dongfeng de Wuhan pour le marché chinois.
  • Les 1 300 salariés bretons voient dans cet accord une protection contre la dépendance à un seul modèle.

Rennes-La Janais, symbole d’une industrie automobile en mutation

L’usine bretonne incarne à elle seule les contradictions de l’automobile européenne aujourd’hui. Soixante ans d’histoire industrielle, des milliers d’emplois préservés grâce à un partenariat avec un constructeur chinois, et une annonce officielle imminente qui pourrait redéfinir l’avenir du site. Ce n’est pas un épilogue, c’est le début d’une nouvelle séquence pour l’industrie automobile française.

Et vous, pensez-vous que la fabrication de voitures chinoises en France est une bonne réponse aux défis de l’industrie automobile européenne ? Donnez votre avis en commentaire.

Sources : franceinfo

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Pourquoi Dongfeng veut fabriquer ses voitures en France ?
Dongfeng cherche à éviter les droits de douane supplémentaires imposés par l’Union européenne sur les véhicules fabriqués en Chine. En assemblant ses modèles dans une usine européenne comme Rennes-La Janais, le constructeur chinois peut vendre ses voitures sur le marché européen sans subir ces taxes.
Quel modèle Dongfeng sera produit à Rennes-La Janais ?
Le modèle exact n’a pas encore été officiellement annoncé. Selon les informations de franceinfo, il s’agirait d’au moins un véhicule, potentiellement un SUV de taille moyenne – la même catégorie que le C5 Aircross déjà fabriqué sur le site – pour faciliter l’intégration sur les lignes existantes.
Quel impact cet accord a-t-il sur les salariés de l'usine bretonne ?
Les 1 300 salariés du site n’assemblent aujourd’hui qu’un seul modèle, le C5 Aircross, ce qui crée une forte dépendance à ce véhicule. L’arrivée d’un modèle Dongfeng représente une charge de travail supplémentaire et réduit le risque lié à la concentration sur un unique véhicule. Des sources syndicales parlent d’une « bouffée d’air ».
Stellantis fait-il la même chose avec d'autres constructeurs chinois ?
Oui. Stellantis a noué un partenariat similaire avec Leapmotor, un autre constructeur chinois. Des modèles Leapmotor sont ou seront produits dans deux usines espagnoles, à Madrid et Saragosse. En revanche, Stellantis a refusé les demandes de BYD, leader mondial des voitures électriques, qui cherchait des usines clés en main en Europe.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

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