BYD veut racheter des usines Stellantis en Europe : l’Italie et la France dans le viseur

BYD veut racheter des usines Stellantis en Europe : l’Italie et la France dans le viseur

BYD cherche à acquérir des usines automobiles sous-utilisées en Europe. Le géant chinois des véhicules électriques discute avec Stellantis et d’autres constructeurs européens. Derrière cette stratégie se cache un rapport de force inédit : la Chine ne veut plus seulement exporter ses voitures, elle veut produire sur le sol européen – avec les outils industriels des Européens eux-mêmes.

En bref

  • BYD confirme des discussions avec Stellantis et d’autres groupes automobiles européens pour racheter des sites de production inactifs.
  • L’Italie figure en bonne place, avec les usines de Cassino et Mirafiori en ligne de mire.
  • La France et l’Allemagne sont également ciblées. BYD lorgne aussi sur Maserati.

BYD confirme des négociations avec plusieurs constructeurs européens

C’est à Londres, en marge du salon « Future of the Car », que Stella Li a parlé. La vice-présidente de BYD a accordé une interview à Bloomberg le 13 mai 2025. Ses mots sont directs : « Nous discutons non seulement avec Stellantis, mais aussi avec d’autres entreprises. »

BYD « recherche toute usine disponible en Europe », a-t-elle précisé. L’objectif est clair : absorber les capacités de production excédentaires des constructeurs européens en difficulté. De nombreuses usines ont déjà été visitées.

Cette déclaration confirme une stratégie que BYD n’avait jamais formulée aussi explicitement. Le groupe préfère la gestion directe aux coentreprises. Il ne veut pas un partenaire – il veut le contrôle.

Chiffres clés

  • 2,26 millions de voitures électriques vendues par BYD en 2025
  • 13 modèles disponibles en Europe et au Moyen-Orient
  • 2 916 voitures produites à Cassino au premier trimestre 2026, soit -37,4 %
  • 500 véhicules hybrides et électriques encore assemblés à Mirafiori
  • 3 000 stations de charge rapide prévues en Europe d’ici fin 2025
Contexte

  • Stellantis traverse une période difficile, avec plusieurs usines tournant bien en dessous de leur capacité nominale en Europe.
  • BYD construit déjà sa propre usine à Szeged, en Hongrie, dont l’ouverture est prévue en 2027.
  • Stellantis a déjà signé un accord avec le chinois Leapmotor pour produire des voitures électriques dans deux usines en Espagne.
Vue aérienne de l'usine Mirafiori à Turin
L’usine Mirafiori à Turin ne produit plus que quelques centaines de véhicules hybrides et électriques. (image générée avec IA Gemini)

L’Italie en première ligne : Cassino et Mirafiori à l’arrêt

Stella Li l’a dit sans détour : « l’Italie figure sur la liste restreinte des pays d’intérêt. » Deux sites concentrent l’attention.

L’usine de Cassino, dans la province de Frosinone, n’a produit que 2 916 voitures au premier trimestre 2026. C’est une chute de 37,4 %. Le site ne tourne plus qu’à cinq ou six jours par mois. À Turin, Mirafiori – symbole historique de l’industrie automobile italienne – n’assemble plus que 500 véhicules hybrides et électriques. Les deux sites sont des coques vides.

La bourse a bien accueilli la nouvelle. L’action Stellantis a progressé après les déclarations de Stella Li. Mais les syndicats, eux, n’y voient pas une opportunité.

Michele De Palma, secrétaire général de la Fiom, a posé la question frontalement : « Combien d’argent public avons-nous investi dans l’industrie automobile pour faire de cette structure l’histoire industrielle de notre pays ? » Il ajoute : « Nous ne pouvons pas donner à John Elkann la possibilité de négocier quelque chose qui n’est pas à lui. »

La France et l’Allemagne aussi dans le collimateur

L’Italie n’est pas la seule cible. BYD s’intéresse aussi à la France, notamment pour ses coûts énergétiques moins élevés. Stellantis envisage de son côté de vendre l’usine Citroën de La Janais, près de Rennes.

En Allemagne, un autre constructeur chinois s’active. Selon Bloomberg, Stellantis pourrait céder une usine allemande à Dongfeng. Le mouvement semble coordonné : les industriels chinois cartographient l’outil productif européen – et ils avancent vite.

Cette double dynamique – BYD en France et en Italie, Dongfeng en Allemagne – semble indiquer une répartition des zones d’influence entre groupes chinois sur le marché européen.

Maserati dans le viseur : BYD veut aussi des marques

Au-delà des usines, BYD lorgne sur les marques. Stella Li a qualifié Maserati de « très intéressante ». Le constructeur de Modène connaît depuis plusieurs années de sérieuses difficultés financières.

Maserati fait partie du portefeuille Stellantis. Sa situation précaire en fait une cible naturelle pour un acquéreur cherchant à la fois du prestige et une implantation directe en Europe. Une acquisition de Maserati par BYD serait un signal fort : la Chine ne rachète plus seulement des outils, elle rachète aussi des symboles.

Une stratégie de production locale pour contourner les droits de douane

L’Union européenne a instauré des droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques chinois. BYD a répondu en accélérant sa stratégie de production locale. L’usine hongroise de Szeged doit ouvrir en 2027. Mais la Hongrie ne suffit pas.

En rachetant des usines Stellantis, BYD produirait directement en zone européenne. Les voitures seraient fabriquées sur place, échappant ainsi aux taxes à l’importation. C’est une réponse industrielle à une contrainte commerciale.

Les travaux de l’usine de Szeged ont été critiqués en raison d’allégations d’abus envers des travailleurs chinois employés sur le chantier. Ce précédent pourrait compliquer l’acceptabilité politique des prochaines acquisitions.

Badge BYD sur un véhicule électrique
BYD a vendu 2,26 millions de véhicules électriques en 2025 et accélère son implantation en Europe. (image générée avec IA Gemini)

Un rapport de force qui change la nature du marché européen

BYD n’est plus seulement un concurrent. Il devient un acteur industriel européen potentiel. Cette bascule change la nature du débat politique et syndical en Europe.

Jusqu’ici, les constructeurs chinois étaient perçus comme des exportateurs agressifs. Désormais, ils se positionnent comme des repreneurs d’actifs industriels. C’est un changement de phase majeur pour l’industrie automobile du continent.

La question posée par les syndicats italiens résume bien la tension : qui décide de l’avenir des outils industriels financés par l’argent public européen ? Les actionnaires privés – ou les États ?

Ce qu’il faut retenir

  • BYD négocie avec Stellantis et d’autres groupes pour racheter des usines européennes sous-utilisées.
  • L’Italie est en tête de liste, avec Cassino et Mirafiori quasiment à l’arrêt.
  • La France et l’Allemagne sont également ciblées, avec d’autres constructeurs chinois dans la course.
  • BYD préfère la gestion directe aux coentreprises et lorgne aussi sur la marque Maserati.
  • Cette stratégie répond aux droits de douane européens sur les véhicules électriques chinois.

L’Europe face à un choix industriel et politique sans précédent

Le rachat d’usines européennes par BYD n’est pas qu’une opération immobilière industrielle. C’est un test pour la souveraineté industrielle de l’Europe. Les États membres devront choisir : accepter ces reprises pour sauver des emplois à court terme, ou protéger leurs actifs stratégiques au risque de laisser des sites continuer à s’effondrer.

Et vous, pensez-vous que l’Europe devrait autoriser BYD à racheter des usines automobiles comme Cassino ou Mirafiori ? Partagez votre avis en commentaire.

Sources : Euronews

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Pourquoi BYD veut-il racheter des usines en Europe plutôt que d'exporter ses voitures ?
L’Union européenne a instauré des droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques fabriqués en Chine. En produisant directement en Europe, BYD contourne ces taxes et réduit ses coûts logistiques. Cela lui permet aussi de se présenter comme un acteur industriel local, plus acceptable politiquement.
Quelles usines européennes BYD cible-t-il concrètement ?
BYD s’intéresse notamment aux usines Stellantis de Cassino (Italie) et de Mirafiori à Turin, toutes deux très sous-utilisées. En France, l’usine Citroën de La Janais, près de Rennes, est également sur la liste. L’Allemagne est aussi mentionnée, mais avec Dongfeng comme acquéreur potentiel plutôt que BYD.
Pourquoi les syndicats italiens s'opposent-ils à une éventuelle vente à BYD ?
Les syndicats estiment que ces usines ont été construites grâce à des investissements publics massifs. Ils considèrent qu’un actionnaire privé comme Stellantis n’a pas le droit de les céder à un groupe étranger sans concertation avec les pouvoirs publics et les représentants des travailleurs.
BYD s'intéresse-t-il aussi à des marques automobiles européennes ?
Oui. Stella Li, vice-présidente de BYD, a qualifié Maserati de marque « très intéressante ». Le constructeur italien, en difficulté financière depuis plusieurs années, appartient au groupe Stellantis. Un rachat de Maserati par BYD serait un signal stratégique fort, au-delà du simple outil de production.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *