Dong Feng dans l’usine Stellantis de Rennes : quand la Chine relance les chaînes françaises

Dong Feng dans l’usine Stellantis de Rennes : quand la Chine relance les chaînes françaises

Des SUV électriques chinois assemblés en France, dès 2028 : l’usine Stellantis de Rennes-La Janais va produire des véhicules du constructeur Dong Feng. L’accord, accueilli comme une « bouée de sauvetage » par les syndicats, révèle une réalité plus large. Les constructeurs chinois investissent les sites industriels européens, contournent les droits de douane et s’installent durablement sur le marché.

En bref

  • L’usine Stellantis de Rennes va assembler des SUV électriques Dong Feng à partir de 2028.
  • Le site tourne actuellement à mi-régime, avec un seul modèle en production : la Citroën C5 Aircross.
  • Plusieurs constructeurs chinois s’implantent en Europe via des partenariats industriels ou des usines propres.

Une usine à mi-régime cherche un second souffle

À Rennes-La Janais, la situation est tendue depuis plusieurs mois. L’usine Stellantis ne produit aujourd’hui qu’un seul modèle : la Citroën C5 Aircross. Les lignes tournent loin de leur capacité maximale. C’est dans ce contexte que Stellantis a signé un accord de partenariat avec Dong Feng.

Pour Laurent Valy, délégué syndical CFDT du site, l’annonce est sans ambiguïté : « Cette annonce, pour nous, c’est une bouée de sauvetage. On n’a pas le choix. On est pris à la gorge. » Les salariés voient dans cet accord une chance de retrouver du volume, de recruter à nouveau et de revenir à trois équipes sur les lignes.

Chiffres clés

  • Prix de départ des SUV électriques Dong Feng prévus à Rennes : à partir de 50 000 euros.
  • Les constructeurs chinois représentaient 6 % du marché automobile européen en 2024.
  • Un seul modèle est actuellement produit à Rennes : la Citroën C5 Aircross.
  • Première usine européenne de BYD attendue en Hongrie avant la fin de l’année.
Contexte

  • L’Union européenne a instauré des droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques importés de Chine, poussant les marques chinoises à produire localement en Europe.
  • Stellantis souffre d’un problème de remplissage de ses usines européennes, un défi structurel pour l’ensemble du secteur.
  • Plusieurs marques chinoises – BYD, Chery, Xpeng, Leapmotor – accélèrent leur implantation industrielle sur le continent.
SUV électrique chinois devant une usine européenne
Les SUV électriques Dong Feng destinés à l’Europe seront positionnés sur le segment premium, à partir de 50 000 euros. (image générée avec IA Gemini)

Dong Feng mise sur le segment premium

Les véhicules qui sortiront des chaînes rennaises ne seront pas des voitures d’entrée de gamme. Dong Feng cible le segment des SUV électriques haut de gamme. Le prix de départ annoncé est d’environ 50 000 euros. Ce positionnement semble indiquer une stratégie claire : ne pas entrer en guerre frontale avec les modèles populaires, mais viser une clientèle à fort pouvoir d’achat.

Ce choix peut aussi être lu comme une réponse aux droits de douane européens. Produire localement permet de vendre à des prix plus élevés sans subir les pénalités à l’importation. C’est une équation que tous les acteurs chinois ont intégrée.

Une vague chinoise qui déferle sur l’industrie automobile européenne

Rennes n’est pas un cas isolé. La stratégie d’implantation industrielle chinoise en Europe se confirme sur plusieurs fronts simultanément.

  • Stellantis a signé avec Leapmotor pour ses usines de Saragosse et Madrid.
  • Chery a choisi une ligne de production à Barcelone.
  • Xpeng s’est associé à un site à Graz, en Autriche.
  • BYD lorgnait sur des manufactures en Italie et construit sa propre usine en Hongrie.

BYD va encore plus loin. La marque ne cherche pas seulement à louer des chaînes existantes. Elle construit son propre outil industriel. Selon Dorothée Bonassies, directrice générale de BYD France, la première usine européenne hongroise sera opérationnelle avant la fin de l’année.

L’équation financière qui rend l’Europe attractive malgré les coûts

Produire en Europe coûte sensiblement plus cher qu’en Chine. Pourtant, l’arbitrage reste favorable pour les constructeurs chinois. Arnaud Aymé, spécialiste des transports chez Sia Partners, l’explique directement : « Le constructeur peut compenser cela par des prix de vente plus élevés en Europe, et il économise ainsi les droits de douane qu’il devrait payer s’il exporte ses véhicules depuis la Chine. »

La logique est simple. Les droits de douane européens sur les voitures électriques chinoises ont fortement renchéri les importations. Produire localement efface cette charge. Et vendre des voitures premium à 50 000 euros ou plus absorbe facilement le surcoût de production.

Des salariés entre espoir et inquiétude

Sur le terrain, les réactions des salariés sont nuancées. Certains voient l’accord comme une chance réelle de retrouver des cadences normales. « On va peut-être apporter du volume, rembaucher du monde, tourner en trois équipes », résume l’un d’eux. L’enthousiasme est compréhensible. Le site tourne à mi-régime depuis trop longtemps.

Mais d’autres voix expriment une crainte plus diffuse. « Ce qui me fait peur, c’est que dans l’avenir, ils prendraient leurs ouvriers là-bas, pour les mettre ici », confie un salarié. Cette inquiétude semble indiquer une ambiguïté profonde : l’accord sauve des emplois à court terme, mais l’avenir à long terme reste incertain.

Salariés d'une usine automobile en discussion sur la chaîne de production
Les salariés de Rennes accueillent l’accord avec soulagement, mais avec des questions sur l’avenir à long terme. (image générée avec IA Gemini)

6 % du marché européen : un point de départ, pas un plafond

En 2024, les constructeurs chinois représentaient 6 % des ventes de voitures en Europe. Ce chiffre peut sembler modeste. Mais les implantations industrielles qui se multiplient renforcent l’hypothèse d’une progression rapide dans les prochaines années. Les barrières douanières ne suffisent pas à freiner une industrie qui s’adapte en produisant sur place.

La dynamique est structurelle. Les marques chinoises ne cherchent plus seulement à exporter. Elles cherchent à s’enraciner.

Ce qu’il faut retenir

  • L’usine Stellantis de Rennes va assembler des SUV électriques Dong Feng à partir de 2028.
  • Le site tournait à mi-régime : l’accord est perçu comme une bouée de sauvetage par les syndicats.
  • Produire en Europe permet aux marques chinoises d’éviter les droits de douane et de vendre plus cher.
  • BYD, Chery, Xpeng et Leapmotor déploient la même stratégie sur plusieurs pays européens.
  • Les constructeurs chinois pesaient 6 % du marché européen en 2024, avec une trajectoire haussière.

La Chine s’installe dans les usines européennes, pas seulement dans les showrooms

Le partenariat entre Dong Feng et Stellantis à Rennes illustre un changement de phase dans la stratégie des constructeurs chinois. Ils ne se contentent plus d’exporter des voitures. Ils s’intègrent à l’outil industriel européen, créent des dépendances, et s’ancrent dans des territoires qui avaient besoin d’eux. L’Europe gagne des emplois à court terme. Elle accepte aussi une nouvelle forme de dépendance à plus long terme.

Et vous, pensez-vous que les partenariats avec les constructeurs chinois sont une bonne solution pour sauver les usines européennes ? Partagez votre avis en commentaire.

Sources : Franceinfo

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Quand l'usine Stellantis de Rennes va-t-elle commencer à produire des voitures Dong Feng ?
La production des SUV électriques Dong Feng sur le site de Rennes-La Janais est prévue à partir de 2028, selon l’accord de partenariat signé entre Stellantis et le constructeur chinois.
Pourquoi les constructeurs chinois choisissent-ils de produire en Europe plutôt qu'en Chine ?
Produire en Europe permet d’éviter les droits de douane imposés par l’Union européenne sur les véhicules électriques importés de Chine. Cela permet aussi de vendre à des prix plus élevés, ce qui compense le surcoût de fabrication locale.
Quels autres constructeurs chinois s'implantent en Europe ?
Plusieurs marques chinoises sont actives en Europe : Leapmotor produit sur les sites Stellantis de Saragosse et Madrid, Chery a choisi Barcelone, Xpeng s’est installé à Graz en Autriche, et BYD construit sa propre usine en Hongrie.
Quelle est la part de marché des constructeurs chinois en Europe ?
En 2024, les constructeurs chinois représentaient environ 6 % du marché automobile européen. Ce chiffre devrait progresser avec la multiplication des implantations industrielles sur le continent.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

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