Ant Group : ses trois filiales lèvent des fonds en solo et préparent leur envol en Bourse
Ant Group, le géant chinois de la fintech, a amorcé en 2024 une transformation silencieuse mais profonde. Ses trois filiales – Ant International, Ant Digital Technologies et OceanBase – construisent désormais leurs propres structures de capital, indépendamment de leur maison mère. Cette séparation, accélérée après l’annulation fracassante de l’introduction en Bourse d’Ant Group en 2020, révèle une stratégie de désimbrication progressive qui pourrait déboucher sur plusieurs cotations distinctes.
- Ant International a levé 1,2 milliard de dollars en Série A.
- Ant Digital Technologies prépare un tour de financement pré-IPO.
- OceanBase cherche ses premiers fonds externes en capital.
- Les trois entités disposent désormais de leurs propres conseils d’administration et plans d’actionnariat salarié.
Un éclatement voulu, pas subi
En mars 2024, Ant Group a officialisé ce que beaucoup observaient déjà. Les trois filiales ont reçu leurs propres conseils d’administration et ont adopté des programmes d’actionnariat salarié distincts. Ant Group reste leur holding de référence, mais chaque entité construit sa trajectoire financière de façon autonome.
Cette architecture rappelle celle d’un incubateur de start-ups plutôt que d’un groupe intégré. C’est précisément l’objectif affiché. En dotant chaque filiale d’une structure indépendante, Ant Group leur permet de lever des fonds sur leurs mérites propres, sans dépendre de la valorisation ou de la réputation globale du groupe.
- 1,2 milliard de dollars levés par Ant International en Série A
- 2 milliards de comptes consommateurs connectés au réseau d’Ant International
- 150 millions de marchands accessibles via les solutions de paiement d’Ant International
- 2 milliards de transactions transfrontalières traitées l’an dernier dans ses marchés émergents cibles
- 35 nouveaux actionnaires ont reçu des parts d’OceanBase via un échange d’actions
- Ant Group devait réaliser ce qui aurait été la plus grande IPO mondiale en 2020. Les autorités chinoises ont suspendu l’opération au dernier moment, en novembre 2020.
- Depuis cette date, le groupe a été contraint de se restructurer en profondeur sous la pression réglementaire de Pékin.
- Les trois filiales opèrent dans des secteurs distincts : paiements internationaux, technologies d’entreprise et bases de données distribuées.

Ant International : le bras armé mondial lève 1,2 milliard de dollars
Ant International est la filiale au rayonnement le plus large. Elle opère Alipay+, le réseau de paiement transfrontalier, ainsi que le service pour marchands Antom, la plateforme de compte numérique WorldFirst et l’activité de finance intégrée Bettr.
Son tour de Série A de 1,2 milliard de dollars a vu participer Ant Group et Alibaba Group, mais aussi des investisseurs institutionnels internationaux. La valorisation post-opération n’a pas été dévoilée. Les fonds serviront à développer les paiements transfrontaliers, le commerce numérique et les services dopés à l’intelligence artificielle.
Le réseau de la filiale est déjà considérable. Il connecte banques, réseaux de cartes et fournisseurs de paiement mobile, pour atteindre environ 150 millions de marchands et 2 milliards de comptes consommateurs. L’an dernier, Ant International a traité plus de 2 milliards de transactions transfrontalières dans ses marchés émergents prioritaires.
Ant Digital Technologies vise une IPO et mise sur l’IA agentique
Ant Digital Technologies commercialise des technologies d’entreprise issues du savoir-faire interne d’Ant Group. Son catalogue couvre la blockchain, le calcul préservant la confidentialité des données, l’identité numérique, le contrôle des risques, les outils de développement mobile et les infrastructures cloud-native.
La filiale prépare un tour de financement pré-IPO, selon le média financier chinois STAR Market Daily. Les détails – valorisation, montant cible, calendrier, lieu de cotation – n’ont pas été communiqués. La société a refusé de commenter.
En parallèle, Ant Digital Technologies accélère sur l’intelligence artificielle. Lors du World Artificial Intelligence Conference de Shanghai, elle a présenté Agentar 2.0. Cette plateforme aide les entreprises à construire et déployer des agents IA. Elle propose environ 200 modèles d' »experts numériques » sectoriels et des centaines d’outils prêts à l’emploi.
OceanBase : la base de données qui cherche son premier tour de table externe
OceanBase a développé la technologie de base de données distribuée qui supportait à l’origine Alipay. En 2024, la filiale a entamé une restructuration de son actionnariat. Ant Group a cédé ses parts à 35 nouveaux actionnaires via un échange d’actions. Parmi eux figurent des entités liées à des employés d’Ant ainsi que des fonds d’investissement comme HongShan, Yunfeng Capital et China Capital Investment Group.
OceanBase ne se décrit plus comme une filiale mais comme une société de logiciels indépendante. Elle continue néanmoins de collaborer avec Alibaba Cloud pour distribuer ses produits. Selon plusieurs médias chinois, elle cherche désormais son premier financement externe en capital propre. La société a confirmé son engagement actif vis-à-vis des marchés de capitaux, sans préciser les contours de l’opération.
Trois filiales, trois marchés, une même logique de désimbrication
Ce que révèle cette séquence de levées de fonds, c’est une rupture structurelle assumée. Ant Group ne cherche pas à reconstituer un conglomérat intégré. Il construit trois entités indépendantes, chacune capable de séduire des investisseurs différents sur des thèses différentes.
Ant International attire les investisseurs exposés aux paiements transfrontaliers et aux marchés émergents. Ant Digital Technologies cible ceux qui parient sur l’IA d’entreprise. OceanBase intéresse les fonds spécialisés dans les infrastructures de données. Cette stratégie permet de maximiser les valorisations respectives plutôt que de les noyer dans une entité unique.
Elle semble aussi répondre à une contrainte réglementaire. Après l’échec de l’IPO de 2020, Pékin a imposé une restructuration en profondeur d’Ant Group. L’éclatement progressif du groupe en entités autonomes peut être lu comme une réponse durable à cette pression. Chaque filiale, en devenant indépendante, réduit le périmètre systémique de l’ensemble.
- Les trois filiales d’Ant Group lèvent des fonds séparément depuis 2024.
- Ant International a sécurisé 1,2 milliard de dollars auprès d’investisseurs internationaux.
- Ant Digital Technologies prépare une IPO avec un tour pré-cotation en cours.
- OceanBase cherche ses premiers capitaux externes après une restructuration de son actionnariat.
- Cette désimbrication semble à la fois stratégique et liée aux contraintes réglementaires chinoises.

Ant Group réinvente son modèle, filiale par filiale
Cinq ans après l’annulation de son IPO géante, Ant Group ne cherche plus à entrer en Bourse comme un seul bloc. Il prépare trois cotations potentielles, trois histoires d’investissement distinctes, trois trajectoires indépendantes. Cette recomposition progressive semble indiquer que le groupe a intégré durablement les leçons de 2020. La question n’est plus de savoir si ces filiales iront en Bourse. Elle est de savoir laquelle y arrivera en premier.
Et vous, pensez-vous que cette stratégie de filialisation est la meilleure réponse d’Ant Group à la pression réglementaire chinoise ? Partagez votre analyse en commentaire.
Sources : South China Morning Post
