Après le sommet Trump-Xi, la question des armes américaines à Taïwan divise Washington et Pékin

Après le sommet Trump-Xi, la question des armes américaines à Taïwan divise Washington et Pékin

Donald Trump a quitté Pékin en laissant une question en suspens : va-t-il autoriser une vente d’armes record à Taïwan ? Ce dossier à 14 milliards de dollars conditionne désormais l’ensemble de l’agenda militaire entre Washington et Pékin. Il révèle une tension profonde entre la détente affichée lors du sommet et les engagements américains envers leurs alliés asiatiques.

En bref

  • Trump a mis en suspens deux ventes d’armes à Taïwan pour un total de 25 milliards de dollars avant son sommet avec Xi.
  • Pékin conditionne la visite d’une délégation militaire américaine à une décision de Trump sur ces ventes.
  • Les alliés américains en Asie-Pacifique s’inquiètent d’être exclus des décisions stratégiques qui les concernent directement.

Un sommet historique aux lendemains incertains

Donald Trump s’est rendu en Chine la semaine dernière pour rencontrer Xi Jinping. Les deux dirigeants ont affiché un optimisme de façade. Mais les divergences apparues dans leurs comptes rendus respectifs révèlent des tensions persistantes.

Sur le commerce, les deux pays ont convenu en principe d’un cadre de réductions tarifaires réciproques. Ce cadre couvrirait au moins 30 milliards de dollars de biens échangés de part et d’autre. Le ministère chinois du Commerce a précisé que Washington s’était engagé à ne pas dépasser les niveaux de droits de douane fixés lors de la trêve commerciale.

Pékin a également demandé aux États-Unis de « lever les tarifs unilatéraux » restants. Cette formulation indique que la Chine considère l’accord actuel comme une étape, pas un aboutissement.

Chiffres clés

  • 14 milliards de dollars : montant de la première vente d’armes américaines à Taïwan mise en suspens par Trump.
  • 11 milliards de dollars : montant du second paquet d’armements également gelé avant le sommet.
  • 30 milliards de dollars : valeur minimale du cadre de réductions tarifaires réciproques discuté entre Washington et Pékin.
  • 8,1 % : hausse des dépenses militaires dans la région Asie-Pacifique en 2025, la plus forte depuis 2009.
  • 14 % : augmentation du budget militaire de Taïwan en 2025.
Contexte

  • Le dialogue militaire sino-américain avait été suspendu plus d’un an par Pékin après la visite de Nancy Pelosi à Taïwan en 2022.
  • Trump a qualifié la vente d’armes à Taïwan de « très bon levier de négociation » avec Xi Jinping, suscitant l’inquiétude des alliés régionaux.
  • Les dépenses militaires progressent fortement en Asie-Pacifique, avec des hausses significatives au Japon, en Australie et en Corée du Sud.
Navire militaire en mer en Asie-Pacifique
Les dépenses militaires en Asie-Pacifique ont atteint leur plus forte hausse depuis 2009. (image générée avec IA Gemini)

Taïwan, le dossier qui bloque tout le reste

La vente d’armes à Taïwan est devenue le pivot de toute la relation militaire sino-américaine. Pékin a clairement signalé qu’elle ne validerait pas la visite d’Elbridge Colby – sous-secrétaire américain à la défense – tant que Trump n’aurait pas tranché sur ce dossier.

Trump lui-même entretient le flou. Interrogé sur Fox News, il a répondu : « Je peux le faire. Je peux ne pas le faire. » Cette ambiguïté calculée inquiète les experts de sécurité régionale.

Jack Burnham, analyste à la Foundation for Defence and Democracies, y voit une ligne rouge franchie. Selon lui, discuter de ventes d’armes à Taïwan avec Pékin « viole l’une des Six Assurances données par Reagan à Taïwan » et permet à la Chine d’influencer la politique américaine envers l’île.

Zack Cooper, expert en sécurité asiatique à l’American Enterprise Institute, estime de son côté que Pékin utilisera toute future visite américaine comme levier pour « retarder, diviser ou dévaluer » un éventuel paquet d’armements destiné à Taïwan.

Les alliés asiatiques regardent avec inquiétude

Au-delà de Taïwan, c’est l’ensemble de l’architecture de sécurité américaine en Asie qui semble ébranlée. Les alliés de Washington dans la région redoutent d’être mis à l’écart des décisions qui les concernent directement.

Le Japon, par exemple, s’est toujours considéré comme partie prenante de la défense de Taïwan. L’idée que Washington et Pékin puissent gérer ce dossier en bilatéral – sans consulter Tokyo – constitue un vrai sujet d’alarme pour les dirigeants japonais.

Des pays comme l’Indonésie expriment ouvertement la même crainte pour d’autres enjeux régionaux : mer de Chine méridionale, accords commerciaux, différends territoriaux. Le risque perçu est celui d’un duopole sino-américain qui court-circuiterait les pays d’Asie du Sud-Est.

Stephen Hadley, ancien conseiller à la sécurité nationale sous George W. Bush, interprète la séquence Xi-Trump puis Xi-Poutine comme un message clair de Pékin : « J’ai établi une parité avec Trump, sans faire de concessions, tout en maintenant mon soutien à la Russie, l’Iran et la Corée du Nord. »

Une course aux armements régionale bien réelle

Pendant ce temps, les budgets militaires augmentent à un rythme inédit en Asie-Pacifique. L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) a enregistré une hausse globale de 8,1 % dans la région en 2025. C’est la plus forte progression depuis 2009.

Taïwan a augmenté son budget de 14 %, le Japon de 9,7 %. Ces deux hausses dépassent la progression de 7,4 % des dépenses militaires de la Chine continentale. Plusieurs pays ont également annoncé des objectifs ambitieux :

  • Le Japon vise 2 % du PIB consacré à la défense d’ici fin 2025, deux ans avant l’échéance initiale, financé par une hausse des taxes sur les entreprises et le tabac.
  • L’Australie cible 2,4 % du PIB et a signé un accord de 6,5 milliards de dollars pour l’achat de navires de guerre japonais.
  • La Corée du Sud a relevé son objectif à 3,5 % du PIB et s’est engagée à prendre en charge sa propre défense conventionnelle.

Le Dialogue de Shangri-La, premier test après le sommet

La réunion annuelle des responsables de la défense asiatiques se tient à Singapour du 29 au 31 mai. Elle servira de premier baromètre post-sommet pour les alliés américains dans la région.

Ces derniers veulent savoir si leurs efforts budgétaires seront récompensés par un renouvellement concret de l’engagement américain en Indo-Pacifique. L’an dernier, Pete Hegseth avait exhorté les partenaires à dépenser 5 % de leur PIB en défense. Il avait également qualifié la Chine de menace « potentiellement imminente ».

Depuis, les signaux américains ont été contradictoires. Réductions possibles des troupes en Japon et en Corée du Sud, révision du pacte AUKUS avec l’Australie et le Royaume-Uni, et maintenant un sommet avec Xi qui soulève des interrogations sur la solidité des garanties américaines.

La stratégie de défense américaine publiée en janvier 2026 affirme vouloir « dissuader la Chine par la force, pas par la confrontation ». Elle met aussi en avant la doctrine Monroe révisée et une plus grande part de la défense laissée aux alliés. Ce cadre semble séduire Pékin autant qu’il inquiète Tokyo ou Séoul.

Conférence internationale de sécurité en Asie avec délégations nationales
Le Dialogue de Shangri-La réunit fin mai les responsables de la défense de toute la région. (image générée avec IA Gemini)

La diplomatie militaire sino-américaine reprend, prudemment

Une délégation du Pentagone pourrait se rendre en Chine dans les prochaines semaines. Son objectif serait de préparer une éventuelle visite officielle de Pete Hegseth à Pékin. Elbridge Colby pourrait en prendre la tête.

Ce serait une étape significative. Le dialogue militaire entre les deux pays avait été interrompu plus d’un an après la visite de Nancy Pelosi à Taïwan en 2022. La reprise de contact – même partielle – est donc notable. Mais Pékin conditionne clairement cette reprise à une décision favorable de Trump sur les armes à Taïwan.

Par ailleurs, Xi Jinping pourrait se rendre en Corée du Nord dès la semaine prochaine, selon l’agence de presse sud-coréenne Yonhap. Cette visite s’inscrirait dans la séquence diplomatique intense ouverte par la double rencontre avec Trump et Poutine.

Ce qu’il faut retenir

  • Trump maintient le flou sur les ventes d’armes à Taïwan, un dossier qui conditionne toute l’agenda militaire avec Pékin.
  • Les alliés américains en Asie augmentent leurs budgets défense, mais craignent d’être exclus des décisions stratégiques majeures.
  • Les dépenses militaires en Asie-Pacifique ont bondi de 8,1 % en 2025, niveau record depuis 2009.
  • La Chine pose des conditions claires à la reprise du dialogue militaire avec Washington.
  • Le Dialogue de Shangri-La fin mai sera le premier test concret de l’état des alliances américaines en Indo-Pacifique.

Une détente fragile dont les fissures sont déjà visibles

Le sommet Trump-Xi a produit des formules consensuelles et quelques avancées commerciales. Mais la question de Taïwan, les inquiétudes des alliés régionaux et les conditions posées par Pékin pour reprendre le dialogue militaire suggèrent que la stabilité affichée reste fragile. Le Dialogue de Shangri-La, dans moins de dix jours, donnera une première mesure de ce que valent les engagements américains aux yeux de leurs partenaires asiatiques.

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Sources : South China Morning Post

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Pourquoi Trump a-t-il mis en suspens les ventes d'armes à Taïwan ?
Trump a gelé deux paquets d’armements totalisant 25 milliards de dollars avant son sommet avec Xi Jinping. Il les a qualifiés de « levier de négociation » avec Pékin. Cette décision inquiète les partisans du soutien à Taïwan qui y voient une concession stratégique majeure à la Chine.
Qu'est-ce que le Dialogue de Shangri-La et pourquoi est-il important cette année ?
Le Dialogue de Shangri-La est une conférence annuelle sur la sécurité qui réunit les ministres de la défense de la région Asie-Pacifique à Singapour. En 2026, il se tient du 29 au 31 mai, juste après le sommet Trump-Xi. Les alliés américains attendent des signaux concrets sur la solidité des engagements de Washington dans la région.
Pourquoi les alliés américains en Asie augmentent-ils autant leurs budgets militaires ?
Sous pression américaine, le Japon, l’Australie et la Corée du Sud ont relevé leurs objectifs de dépenses militaires. Le Japon vise 2 % du PIB d’ici fin 2025, la Corée du Sud 3,5 %. Ces hausses répondent aux demandes de Washington de partager davantage le fardeau de la défense régionale face à la Chine.
Quel est l'état du dialogue militaire sino-américain après le sommet Trump-Xi ?
Le dialogue militaire entre les deux pays reprend lentement après une rupture de plus d’un an imposée par Pékin en 2022. Une délégation américaine pourrait se rendre en Chine dans les prochaines semaines pour préparer une visite du secrétaire à la Défense Pete Hegseth. Mais Pékin conditionne cette visite à une décision favorable de Trump sur les ventes d’armes à Taïwan.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

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