Un dissident chinois traverse la mer en bateau gonflable et est arrêté en Corée du Sud
Dong Guangping a 68 ans, une jambe déjà posée sur plusieurs continents, et derrière lui une vie entière de persécutions. Cet ancien policier et militant des droits humains a quitté la Chine dans un canot pneumatique, passant plus de 30 heures en mer avant d’atteindre les côtes sud-coréennes. Son arrestation immédiate par les gardes-côtes relance une question urgente : la Corée du Sud va-t-elle le renvoyer en Chine, où il risque la prison et la torture ?
- Dong Guangping, 68 ans, a traversé la mer Jaune en canot gonflable depuis Weifang, province du Shandong.
- Après plus de 30 heures en mer, il a été secouru par les gardes-côtes sud-coréens près de Taean.
- Il est actuellement détenu pour violation présumée des règles d’immigration, son dossier doit être transmis au parquet.
- Des ONG réclament que Séoul lui accorde l’asile et facilite son transfert au Canada, où vit sa famille.
30 heures en mer pour fuir la Chine
Dong Guangping a pris le large depuis Weifang, une ville de la province du Shandong, à bord d’un bateau pneumatique motorisé. L’information vient de Sheng Xue, une militante basée au Canada avec qui il a parlé après son arrivée. Il lui a confié avoir passé plus de 30 heures en mer et être sur le point de s’évanouir d’épuisement au moment d’atteindre les eaux au large de Taean, sur la côte ouest de la Corée du Sud.
C’est un bateau de pêche qui l’a repéré et donné l’alerte. Les gardes-côtes sud-coréens ont procédé à son sauvetage avant de le placer en détention pour violation présumée des règles d’immigration. L’affaire doit être transmise au parquet. Pékin, de son côté, dit ne pas être au courant.
- 30 heures : durée de traversée en mer avant d’atteindre les côtes sud-coréennes
- 68 ans : âge de Dong Guangping au moment de sa fuite
- 4 tentatives d’évasion de Chine, dont une réussie temporairement en 2015
- 11 mois de prison après son dernier retour forcé en Chine, libéré en octobre 2023
- 3 pays déjà impliqués dans ses précédentes déportations : Thaïlande, Vietnam, Chine
- Dong Guangping a été renvoyé de la police chinoise en 1999 après avoir signé une pétition commémorant le massacre de Tiananmen. Il a ensuite été emprisonné à plusieurs reprises pour « incitation à la subversion ».
- En 2015, lui et sa famille avaient obtenu le statut de réfugié auprès de l’ONU en Thaïlande et une autorisation de réinstallation au Canada – mais les autorités thaïlandaises les avaient déportés quelques jours avant leur départ, déclenchant de vives critiques onusiennes.
- En 2023, un autre dissident chinois, Kwon Pyong, avait rejoint la Corée du Sud en jet-ski. D’abord détenu pour immigration irrégulière, il a finalement été réinstallé aux États-Unis.

Un homme qui a tenté de fuir quatre fois
Le parcours de Dong Guangping n’est pas celui d’un primo-fuyard. Cette traversée en canot est sa quatrième tentative pour quitter la Chine. Chacune des précédentes s’est soldée par un retour forcé.
En 2019, il avait tenté de nager depuis Shishi, dans la province du Fujian, en direction de Kinmen, une île taïwanaise. Des pêcheurs chinois l’avaient intercepté et remis à la police. En 2020, il avait réussi à entrer au Vietnam, où il a vécu caché à Hanoï pendant deux ans. Les autorités vietnamiennes l’ont ensuite détenu et déporté en Chine. Il a purgé onze mois de prison pour franchissement illégal de frontière, avant d’être libéré en octobre 2023.
Sa première évasion remonte à 2015. Avec sa femme et sa fille, il avait rejoint Bangkok, obtenu le statut de réfugié auprès de l’ONU et une autorisation de réinstallation au Canada. Quelques jours avant leur vol, les autorités thaïlandaises les avaient déportés. L’ONU avait vivement protesté. Malgré tout, Dong a recommencé.
Un militaire des droits humains depuis les années 1990
Dong Guangping était policier lorsqu’il a signé, en 1999, une pétition pour le 10e anniversaire du massacre de Tiananmen. Il a été licencié. En 2001, il est condamné à trois ans de prison pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État ». En 2014, il retourne en prison pour avoir participé à un événement de commémoration de Tiananmen.
Son activisme tient en quelques gestes précis : commémorer des morts, signer des textes, refuser de taire ce que le régime veut effacer. C’est suffisant pour avoir passé une large part de sa vie adulte derrière les barreaux ou en fuite.
La Corée du Sud sous pression internationale
L’ONG Human Rights in China, basée à New York, a appelé Séoul à « respecter les principes humanitaires et ses obligations internationales en matière de droits humains ». Elle demande explicitement que Dong ne soit pas renvoyé en Chine, où il « fait face à un risque grave de persécution et de torture ».
L’organisation réclame également que les autorités coréennes lui permettent de solliciter l’asile politique, ou facilitent son transfert au Canada, où vivent des membres de sa famille. Sheng Xue, la militante qui lui avait pourtant déconseillé cette traversée, a salué sa ténacité après coup. « Il a fini par vraiment le faire… Dong Guangping est trop tenace, trop courageux », a-t-elle écrit sur X.
Le précédent de Kwon Pyong en 2023 joue en faveur de Dong : ce dissident avait lui aussi été arrêté à son arrivée en Corée du Sud, avant d’être réinstallé aux États-Unis. Mais ce dénouement n’avait rien d’automatique.
Que révèle cette fuite sur la situation en Chine ?
Human Rights in China formule le constat sans détour : « Qu’un homme proche de soixante-dix ans ait été poussé à traverser une mer ouverte dans un petit bateau gonflable est lui-même une condamnation accablante de la situation des droits humains en Chine. »
Cette fuite semble indiquer que les voies légales d’exit sont fermées pour des militants comme Dong. Même lorsqu’un statut de réfugié a été obtenu, comme ce fut le cas en 2015, les États tiers peuvent céder aux pressions de Pékin. Le canot pneumatique, dans ce contexte, peut être lu comme le dernier recours d’un homme que tous les systèmes ont déjà trahi.
- Dong Guangping, 68 ans, a traversé la mer Jaune seul en canot gonflable depuis la Chine.
- Il est détenu en Corée du Sud pour violation des règles d’immigration.
- C’est sa quatrième tentative d’évasion – les trois précédentes avaient mené à sa déportation.
- Des ONG exigent que Séoul refuse son extradition vers la Chine et lui ouvre l’asile.
- Son parcours renforce l’hypothèse que les dissidents chinois n’ont plus aucune voie de sortie légale.

Le destin de Dong Guangping, miroir d’une répression sans issue
La Corée du Sud se retrouve face à un choix qui engage sa crédibilité en matière de droits humains. Renvoyer Dong en Chine serait répéter ce que la Thaïlande et le Vietnam ont déjà fait avant elle. Lui accorder l’asile ou faciliter son passage au Canada enverrait un signal différent – et compliqué – à Pékin.
Et vous, pensez-vous que la Corée du Sud devrait accorder l’asile à Dong Guangping ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : BBC News
