Vanuatu : l’Australie verrouille le Pacifique Sud face à la Chine
L’Australie et le Vanuatu ont signé lundi 29 juin un traité bilatéral de sécurité, baptisé « accord Nakamal ». Ce texte interdit l’installation de toute base militaire étrangère sur le sol vanuatais. Derrière cet accord se joue une bataille d’influence directe entre Canberra et Pékin dans le Pacifique Sud – une région que la Chine investit depuis plusieurs années, sur les plans économique, policier et naval.
- L’Australie et le Vanuatu ont signé un traité interdisant toute base militaire étrangère dans l’archipel.
- La Chine est le premier créancier extérieur du Vanuatu et y a renforcé sa présence navale et policière depuis 2023.
- Le Vanuatu négocie en parallèle un accord économique séparé avec Pékin.
- Canberra obtient une consultation préalable sur les infrastructures critiques, mais pas de droit de veto.
Un accord signé après neuf mois de blocage
Le Premier ministre australien Anthony Albanese a signé l’accord avec son homologue vanuatais Jotham Napat à Canberra. Les deux dirigeants avaient déjà tenté de conclure ce traité neuf mois plus tôt. Le gouvernement de Napat avait alors rejeté une première version du texte. Il craignait que l’accord ne limite sa capacité à attirer des investissements étrangers dans ses infrastructures.
La version finale représente donc un compromis. Canberra n’obtient pas le droit de veto qu’elle souhaitait initialement. En revanche, le Vanuatu s’engage à consulter l’Australie avant tout accord avec un pays tiers concernant ses infrastructures critiques. C’est un gain réel, même si partiel.
Albanese s’est félicité d’un accord « équilibré » qui « protégera notre sécurité collective et individuelle, ainsi que notre souveraineté ». Napat, de son côté, a mis en avant le respect mutuel et « la vision commune d’un Pacifique pacifique, stable et prospère ».
- La Chine est le premier créancier extérieur du Vanuatu.
- Pékin a financé l’agrandissement d’un quai à Luganville, ancienne plus grande base militaire américaine du Pacifique Sud.
- Depuis 2023, la Chine a fourni à la police vanuataise des drones, des vedettes de patrouille et des véhicules.
- La marine chinoise a effectué plusieurs escales portuaires au Vanuatu ces derniers mois.
- Le Vanuatu est un archipel de 80 îles dans le Pacifique Sud, stratégiquement situé entre l’Australie et les routes maritimes du Pacifique.
- Depuis 2022, la Chine a signé un accord de sécurité avec les îles Salomon et tente d’étendre son influence dans plusieurs États insulaires du Pacifique.
- L’accord Nakamal s’inscrit dans une série de traités que l’Australie conclut avec des États insulaires pour contenir la présence sécuritaire chinoise dans la région.

La Chine déjà bien implantée : navires, police et infrastructures
La présence chinoise au Vanuatu ne date pas d’hier. Au cours de la dernière décennie, Pékin a construit des routes et des bâtiments gouvernementaux dans l’archipel. Il en est devenu le principal créancier extérieur.
Depuis 2023, la coopération s’est étendue au domaine policier. La Chine a remis à la police vanuataise des drones, des vedettes de patrouille et des véhicules. La marine chinoise multiplie également les escales dans les ports vanuatais.
L’épisode du quai de Luganville cristallise les inquiétudes. Pékin a financé l’agrandissement de ce port, qui abritait autrefois la plus grande base militaire américaine du Pacifique Sud. La Chine et le Vanuatu affirment que cet équipement est destiné aux navires de croisière. Canberra et Washington y voient un potentiel point d’appui naval chinois.
Pékin proteste, mais le Vanuatu joue sur les deux tableaux
La réaction de Pékin ne s’est pas fait attendre. Guo Jiakun, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré espérer que la coopération dans le Pacifique « ne vise pas un pays tiers et ne serve pas d’outil de rivalité géopolitique ». Le message est clair : la Chine considère l’accord comme dirigé contre elle.
Pourtant, le Vanuatu n’a pas rompu avec Pékin. Il négocie en parallèle un accord économique séparé avec la Chine. Cette double démarche semble indiquer que Napat entend tirer profit des deux rivalités sans choisir de camp définitif.
C’est précisément ce que pointe l’ancien diplomate australien James Batley. Selon lui, « la longue tradition de non-alignement du Vanuatu signifie qu’il ne renoncera pas simplement à sa relation avec la Chine ». Et Pékin, de son côté, ne devrait pas abandonner ses efforts d’influence dans l’archipel.
Ce que l’accord interdit réellement
Sur le plan concret, l’accord Nakamal impose plusieurs obligations au Vanuatu. Le pays s’engage à ne pas accueillir de base militaire étrangère sur son territoire. Il s’oblige également à refuser la militarisation de ses infrastructures. Le Parlement vanuatais a d’ailleurs adopté une loi en ce sens.
L’accord reconnaît aussi l’Australie comme le « principal partenaire historique du Vanuatu en matière de maintien de l’ordre ». Canberra obtient ainsi une priorité formelle sur les demandes de coopération policière, dans le cadre du Forum des îles du Pacifique.
En échange, l’Australie s’engage à renforcer son soutien économique à l’archipel. Ce volet est central. Car si la Chine reste incontournable sur le plan financier, Canberra veut proposer une alternative crédible au développement du Vanuatu.
Le Pacifique Sud, nouveau front de la rivalité sino-australienne
Cet accord n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une stratégie délibérée de Canberra pour contenir l’expansion sécuritaire chinoise dans le Pacifique. L’Australie a signé des traités similaires avec d’autres États insulaires de la région ces dernières années.
La dynamique semble s’accélérer depuis l’accord de sécurité signé en 2022 entre la Chine et les îles Salomon. Cet événement avait provoqué une vive inquiétude en Australie et aux États-Unis, qui craignaient l’installation d’une base navale chinoise à quelques centaines de kilomètres de la côte australienne.
Le Pacifique Sud est ainsi devenu un terrain d’affrontement indirect entre Pékin et ses rivaux. Chaque accord signé, chaque quai financé, chaque équipement policier livré peut être lu comme un pion placé sur l’échiquier régional.
- L’accord Nakamal interdit toute base militaire étrangère au Vanuatu, visant directement la présence chinoise.
- La Chine est déjà implantée : coopération policière, financement d’infrastructures portuaires, escales navales.
- Le Vanuatu maintient sa stratégie de non-alignement en négociant simultanément avec Canberra et Pékin.
- L’Australie obtient un droit de consultation sur les infrastructures critiques, mais pas de veto.
- Cet accord s’inscrit dans une série de traités régionaux visant à contenir l’influence sécuritaire de Pékin.

Une rivalité durable, malgré le traité
L’accord Nakamal marque un point pour l’Australie. Mais il ne règle pas la compétition d’influence avec la Chine au Vanuatu. James Batley résume la situation : Pékin ne renoncera pas à ses tentatives d’affaiblir les intérêts australiens dans l’archipel. Et le Vanuatu continuera de naviguer entre les deux puissances, en tirant les avantages des deux côtés. C’est la logique du non-alignement poussée à son maximum, dans une région où les enjeux stratégiques n’ont jamais été aussi élevés.
Et vous, pensez-vous que l’Australie peut réellement contenir l’influence chinoise dans le Pacifique Sud ? Donnez-nous votre avis en commentaire.
Sources : Euronews
