Xi Jinping en Corée du Nord : une visite sous l’ombre du nucléaire nord-coréen
Xi Jinping est arrivé en Corée du Nord ce mardi 9 juin, pour sa première visite depuis 2019. Derrière l’apparat officiel et les poignées de mains chaleureuses, la question nucléaire s’impose comme un angle mort gênant. Kim Jong-un a posé ses conditions avant même le début des discussions.
- Xi Jinping visite Pyongyang pour la première fois depuis 2019.
- La dénucléarisation de la péninsule coréenne n’est pas à l’ordre du jour.
- Kim Jong-un revendique un arsenal nucléaire « irréversible » et consolide ses liens avec Moscou.
- Pékin cherche à contenir le rapprochement nord-coréen avec la Russie.
Un accueil fastueux, un agenda sous surveillance
La presse officielle chinoise a largement couvert l’arrivée de Xi Jinping à Pyongyang. Global Times cite ses mots sur un « nouveau départ historique » et « la consolidation de la confiance mutuelle » entre les deux pays. China Daily souligne la volonté d' »approfondir les liens » bilatéraux.
Xi Jinping séjourne dans la résidence de Kumsan, présentée comme l’équivalent de la résidence d’État de Diaoyutai à Pékin. Le faste déployé signale une volonté de marquer le coup symboliquement. Mais les coulisses racontent une autre histoire.
- 2019 : date de la dernière visite de Xi Jinping en Corée du Nord.
- 2 ans : ancienneté du pacte de défense mutuelle entre Pyongyang et Moscou.
- 2018 et 2019 : les deux sommets Kim-Trump, soldés par des échecs.
- 3 : nombre de générations de dirigeants nord-coréens sous la dynastie Kim.
- La Corée du Nord s’est dotée du statut officieux de puissance nucléaire, revendiqué comme « irréversible » par Pyongyang.
- Depuis la pandémie de Covid, Kim Jong-un a renforcé son contrôle sur le pays et ses alliances stratégiques avec la Russie.
- La Chine reste le principal partenaire économique et diplomatique de Pyongyang, mais son influence est concurrencée par Moscou.

Le nucléaire nord-coréen : l’absent qui domine les débats
L’agence de presse sud-coréenne Yonhap relève une absence « frappante » dans les déclarations officielles : aucune mention des questions nucléaires ni de la situation dans la péninsule coréenne. En 2019, Xi Jinping s’était pourtant engagé à œuvrer pour la dénucléarisation.
Ce silence peut être interprété comme une capitulation tacite de Pékin face à la ligne dure de Pyongyang. Dimanche, Kim Yojong, la sœur de Kim Jong-un, a déclaré que l’arsenal nucléaire nord-coréen serait renforcé de façon « irréversible ». Le Figaro y voit une séquence orchestrée pour « doucher toute velléité du parrain chinois d’enrayer la fuite en avant atomique ».
Cette sortie publique, juste avant la visite, semble indiquer que Kim Jong-un a voulu fixer les limites dès le départ. Xi Jinping n’était pas venu pour négocier le nucléaire. Il est arrivé malgré tout.
Pékin face au rapprochement Pyongyang-Moscou
Selon le New York Times, la véritable motivation de Xi Jinping serait de contenir le rapprochement entre la Corée du Nord et la Russie. Les deux pays ont signé un pacte de défense mutuelle il y a deux ans. Pyongyang fournit des armes et des troupes à Moscou. En retour, la Russie lui apporte un soutien technologique militaire, des livraisons alimentaires, du pétrole et même des touristes.
Ce pivot vers Moscou réduit mécaniquement l’influence de Pékin. Xi Jinping aurait rappelé, de façon subtile selon le quotidien américain, que « la Chine est son principal bienfaiteur » et son « rempart contre les États-Unis ». Un message de réaffirmation, plus que de négociation.
Kim Jong-un, un dirigeant plus puissant que jamais
Le New York Times consacre un long article à la transformation de Kim Jong-un depuis la crise du Covid. Durant la pandémie, il était apparu en larmes à la télévision nationale, s’excusant de ne pas avoir su protéger son peuple. Cette séquence semble aujourd’hui très loin.
La crise sanitaire lui a permis de renforcer son emprise sur le pays. Le journal le décrit désormais comme « le dirigeant nord-coréen le plus puissant à ce jour ». Deux facteurs expliquent cette montée en puissance :
- L’accession au statut de puissance nucléaire de facto.
- Le renforcement de l’alliance stratégique avec la Russie.
Les deux sommets avec Donald Trump en 2018 et 2019 n’avaient rien produit. Depuis, Kim Jong-un a construit une position de force sans passer par Washington.
Xi Jinping en position délicate à Pyongyang
La visite de Xi Jinping renforce l’hypothèse que Pékin a perdu une partie de son levier sur Pyongyang. Il ne peut plus conditionner ses soutiens à une dénucléarisation que Kim Jong-un refuse désormais de discuter. Et il ne peut pas non plus laisser la Corée du Nord se rapprocher indéfiniment de Moscou.
Ce déplacement semble donc moins triomphant qu’il n’y paraît. Xi Jinping vient consolider une relation abîmée, pas en négocier les termes. La rhétorique officielle parle de « nouveau départ », mais le rapport de force a changé.
- Xi Jinping est en visite à Pyongyang pour la première fois depuis 2019.
- La dénucléarisation n’est pas abordée : Kim Jong-un l’a exclu avant même la visite.
- Pékin cherche à limiter l’influence grandissante de la Russie auprès de Pyongyang.
- Kim Jong-un est aujourd’hui considéré comme le dirigeant nord-coréen le plus puissant de l’histoire du régime.
- Le pacte Pyongyang-Moscou fragilise le rôle traditionnel de la Chine comme parrain de la Corée du Nord.

Une visite historique qui révèle les nouvelles lignes de force en Asie
Le déplacement de Xi Jinping à Pyongyang illustre une réalité plus large : la Corée du Nord n’est plus seulement un client de la Chine. Elle joue désormais sur plusieurs tableaux et peut se permettre de poser ses conditions. Cette bascule redessine silencieusement l’équilibre des puissances en Asie du Nord-Est.
Que pensez-vous du rapprochement entre la Corée du Nord et la Russie ? Et de la marge de manœuvre réelle de Pékin dans cette relation ? Partagez votre analyse en commentaire.
Sources : France 24
