Sommet Trump-Xi à Pékin : qui tient vraiment les cartes dans ce bras de fer historique ?
Donald Trump est arrivé à Pékin les 14 et 15 mai 2026 pour son premier sommet avec Xi Jinping depuis 2017. L’enjeu dépasse largement le commerce : ce face-à-face pourrait redéfinir l’équilibre de pouvoir entre les deux superpuissances. Et selon les experts, ce rapport de force n’est plus du tout favorable à Washington.
- Trump et Xi se sont retrouvés à Pékin pour un sommet de deux jours, le premier depuis 2017.
- La Chine aborde ces négociations avec plusieurs leviers de pression, notamment les terres rares.
- Taïwan, Iran, commerce et technologie sont au cœur des discussions.
- Trump a besoin de résultats visibles avant les élections de mi-mandat de novembre.
Un sommet très différent de 2017
En 2017, Xi Jinping avait accueilli Trump avec un faste exceptionnel. Visite privée de la Cité interdite, dîner à l’intérieur du complexe historique : le symbole était puissant. Cette fois, rien de tel. L’atmosphère est plus froide, et les enjeux bien plus lourds.
Les relations sino-américaines se sont considérablement dégradées depuis neuf ans. Le menu des discussions couvre l’Iran, le pétrole, les droits de douane, Taïwan, l’intelligence artificielle et la rivalité technologique. Sur chacun de ces sujets, les deux dirigeants cherchent à avancer leurs pions.
Marc Lanteigne, spécialiste de la Chine à l’université Arctique de Norvège, est direct : « Ce sommet se présente comme l’un des plus déséquilibrés entre les deux pays depuis longtemps. » L’idée d’un « point de bascule » dans la relation sino-américaine circule déjà chez les analystes.
- 145 % : niveau des droits de douane américains imposés sur les importations chinoises au début de 2025
- 30 % : niveau auquel ces tarifs ont finalement été ramenés après la contre-offensive de Pékin
- 2017 : date du dernier sommet Trump-Xi sur sol chinois
- 12 PDG de grands groupes américains accompagnent Trump à Pékin
- Novembre 2026 : date des élections de mi-mandat qui conditionnent la stratégie de Trump
- Ce sommet était initialement prévu en mars 2026, mais Washington l’a reporté en raison du conflit au Moyen-Orient.
- La Chine contrôle une part dominante de la production mondiale de terres rares, matériaux indispensables aux technologies modernes et à l’armement.
- Les États-Unis maintiennent une politique de vente d’armes à Taïwan, point de friction majeur avec Pékin.

Les terres rares, arme secrète de Pékin
La guerre commerciale lancée par Trump début 2025 a vite montré ses limites. Washington a imposé des droits de douane de 145 % sur les importations chinoises. Pékin a répondu en limitant ses exportations de terres rares. Résultat : les tarifs américains ont été ramenés à 30 %.
Les terres rares sont des métaux indispensables à la fabrication de smartphones, de batteries pour véhicules électriques et d’armements modernes. La Chine en contrôle une part écrasante de la production mondiale. Cet épisode a clairement démontré la dépendance américaine à ces matériaux.
Patrick Nicchiarelli, spécialiste de la Chine à l’ITSS Verona, résume la situation : « Cette mainmise chinoise sur ce commerce leur permet d’avoir un moyen de pression sur tout le monde, y compris Washington. » L’ombre d’un chantage aux terres rares planera donc sur toute la négociation. Les États-Unis ont bien tenté de diversifier leurs approvisionnements via des accords avec d’autres pays. Mais ces efforts restent insuffisants à court terme.
Le conflit au Moyen-Orient aggrave encore la position américaine. Les stocks d’armes se sont considérablement réduits, ce qui crée un besoin urgent de réapprovisionnement. Or, l’armement moderne requiert lui aussi des terres rares. Washington se retrouve ainsi doublement dépendant de Pékin.
L’Iran et la guerre compliquent la position de Trump
Donald Trump arrive à Pékin affaibli sur le front géopolitique. La guerre au Moyen-Orient a terni l’image américaine. Les États-Unis apparaissent comme un facteur d’instabilité énergétique mondiale. Zeno Léoni, spécialiste des relations sino-américaines au King’s College de Londres, souligne que ce conflit « a porté un coup à l’influence américaine en créant davantage de dissensions avec les alliés européens ».
En face, la Chine apparaît « relativement stable et prévisible ». Xi Jinping bénéficie d’une image d' »adulte responsable » auprès de nombreux pays, notamment en Asie. Cette perception s’est renforcée avec la politique étrangère agressive de l’administration Trump : pression sur le Groenland, critiques de l’Otan, arrestation du président vénézuélien Nicolas Maduro.
Patrick Nicchiarelli note l’ironie de la situation : « Auparavant, on se tournait plutôt vers les États-Unis dans leur rôle de gendarme du monde. » Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Trump voudra néanmoins utiliser ce sommet pour pousser Pékin à faire pression sur son allié iranien. Le blocus du détroit d’Ormuz ne profite à personne, et surtout pas à la Chine, grand consommateur de pétrole iranien. C’est l’un des rares leviers que Washington peut activer.
Ce que Trump espère ramener dans ses valises
Le président américain ne vient pas à Pékin les mains vides pour autant. La puissance militaire américaine et le rôle central du dollar dans les échanges mondiaux restent des atouts réels. Et Trump a amené avec lui une délégation impressionnante.
Une douzaine de PDG de grands groupes américains l’accompagnent :
- Elon Musk, patron de Tesla et SpaceX
- Tim Cook, directeur général d’Apple
- Des représentants de Meta, Boeing et Goldman Sachs
Leur présence envoie un message clair : malgré les réformes économiques chinoises, la Chine a encore besoin du marché américain. Marc Lanteigne rappelle que « la Chine a encore besoin du marché américain pour sa croissance ».
Trump a surtout besoin de résultats concrets. Avec une guerre au Moyen-Orient impopulaire et un débat sur le pouvoir d’achat des Américains qui fait rage, il doit redorer son image. « Il espère pouvoir exhiber des accords commerciaux signés avec Xi Jinping », analyse Patrick Nicchiarelli. Les élections de mi-mandat de novembre arrivent vite.
Taïwan, le vrai test de l’ambition chinoise
La grande inconnue de ce sommet est l’étendue des ambitions chinoises. Jusqu’où Xi Jinping va-t-il pousser son avantage ? Les experts regardent en priorité la question taïwanaise.
Pékin est mécontent des livraisons d’armes américaines à Taïwan. La Chine voudra les limiter, voire obtenir un droit de veto sur ces transferts. Mais Xi pourrait viser encore plus haut.
Marc Lanteigne pointe un enjeu sémantique décisif. Depuis des décennies, Washington déclare officiellement qu’il « ne soutient pas l’indépendance de Taïwan ». Si à l’issue du sommet, les États-Unis passaient à une formulation d' »opposition à l’indépendance », le changement serait historique. Ce glissement de vocabulaire signifierait que Xi Jinping a décidé de jouer le tout pour le tout – et qu’il a gagné.
- La Chine aborde ce sommet avec plus de leviers de pression qu’en 2017, notamment via les terres rares.
- Trump a besoin d’accords commerciaux visibles avant les élections de mi-mandat de novembre.
- La question taïwanaise sera le vrai baromètre de l’ambition chinoise lors de ces négociations.
- L’image américaine est fragilisée par la guerre au Moyen-Orient et une politique étrangère agressive.
- Les PDG américains présents rappellent l’interdépendance économique des deux puissances.

Un rapport de force qui se joue sur le long terme
Ce sommet semble indiquer un changement de phase dans la relation sino-américaine. La Chine n’est plus dans une posture défensive. Elle négocie depuis une position de force relative, avec des leviers économiques concrets et une image internationale améliorée. Washington, lui, jongle entre urgence politique intérieure et fragilités géopolitiques. Le résultat de ces deux jours à Pékin peut être lu comme un premier test grandeur nature de ce nouvel équilibre mondial.
Et vous, pensez-vous que Trump peut encore inverser le rapport de force face à Xi Jinping ? Partagez votre analyse en commentaire.
Sources : France 24
