Hong Kong : des librairies perquisitionnées et cinq arrestations pour vente de livres « séditieux »

Hong Kong : des librairies perquisitionnées et cinq arrestations pour vente de livres « séditieux »

La police hongkongaise a perquisitionné deux librairies le 16 juillet 2025 et arrêté cinq personnes accusées de vendre des ouvrages à « intention séditieuse ». Ces arrestations illustrent le durcissement progressif du contrôle culturel depuis le renforcement de la loi sur la sécurité nationale en 2024. Derrière ces faits, une tension de fond : les libraires naviguent désormais dans un cadre juridique flou, où la frontière entre publication légale et illégale reste délibérément vague.

En bref

  • Deux librairies perquisitionnées, cinq personnes arrêtées à Hong Kong pour vente de livres jugés séditieux.
  • Le chef de la sécurité rappelle la responsabilité des libraires, sans publier de liste de livres interdits.
  • La librairie Have a Nice Stay avait annoncé sa fermeture la veille, invoquant l’impossibilité de distinguer les publications légales des illégales.

Des arrestations qui envoient un signal clair au secteur culturel

La police hongkongaise a agi le mercredi 16 juillet. Elle a perquisitionné deux librairies et embarqué cinq personnes soupçonnées d’exposer et de vendre des « ouvrages à intention séditieuse ». Les journalistes de l’AFP ont constaté l’arrestation d’une femme menottée. Des cartons de documents ont aussi été emportés de la librairie Have a Nice Stay, tenue par d’anciens journalistes.

Le lendemain, Chris Tang, chef de la sécurité de Hong Kong, a pris la parole publiquement. Son message aux libraires était direct : vérifier que les livres vendus ne violent pas les lois sur la sécurité nationale. « Si vous vendez de la nourriture, vous devez vous assurer qu’elle ne contient pas de poison », a-t-il déclaré en guise d’analogie. Même logique, selon lui, pour les ouvrages.

Chiffres clés

  • 5 personnes arrêtées lors des perquisitions du 16 juillet 2025.
  • 2 librairies visées simultanément par la police hongkongaise.
  • 1 fermeture annoncée : la librairie Have a Nice Stay prévoit de cesser son activité en août 2025.
Contexte

  • La loi sur la sécurité nationale à Hong Kong a été renforcée en 2024, élargissant les infractions passibles de poursuites.
  • Depuis son adoption, des espaces culturels – presses indépendantes, librairies, médias – font l’objet de contrôles accrus.
  • Have a Nice Stay était tenue par d’anciens journalistes et représentait l’un des derniers espaces éditoriaux indépendants de la ville.
Livres en langue chinoise empilés dans une librairie
Sans liste officielle de livres interdits, les libraires doivent s’autocensurer. (image générée avec IA Gemini)

Une « ligne rouge » que les libraires ne peuvent pas tracer eux-mêmes

La veille de la perquisition, la librairie Have a Nice Stay avait annoncé sa fermeture pour août. Le motif invoqué est révélateur. La librairie dénonçait cette « insaisissable ligne rouge » qui définit, sans la préciser, les publications considérées comme illégales.

« Il nous est impossible de passer en revue chaque livre, et encore moins de juger lesquels posent problème », écrivait la librairie dans son communiqué publié mardi. Et d’ajouter : « Pour nous, les livres sont un espace de savoir et d’idées, et cet espace devrait être sans limites. »

Cette déclaration peut être lue comme une réponse directe à la pression institutionnelle. Mais elle soulève aussi un problème pratique concret : sans liste de livres interdits, les libraires ne peuvent pas se conformer à des règles qu’ils ne peuvent pas identifier précisément.

Pas de liste noire officielle, mais une pression diffuse et durable

Chris Tang a confirmé qu’aucune liste de livres interdits ne serait publiée. Les autorités se concentreront sur le contenu plutôt que sur les titres. Cette approche peut sembler pragmatique. Elle crée pourtant une incertitude structurelle pour tout acteur du secteur culturel.

Les publications « incitant à la haine contre les autorités » seront jugées illégales, a précisé le responsable. Mais sans définition claire, cette formulation laisse une marge d’interprétation très large. Ce flou peut être interprété comme un outil de pression en lui-même : il suffit de créer l’incertitude pour dissuader la diffusion d’idées jugées sensibles.

La loi de 2024 : un cadre qui continue de transformer Hong Kong

Le renforcement de la loi sur la sécurité nationale en 2024 a élargi le champ des infractions punissables. Depuis, les signaux de répression se multiplient dans les espaces culturels. Librairies, presses indépendantes et médias locaux ont vu leur marge de manœuvre se réduire progressivement.

Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus longue. Depuis l’adoption de la première loi sur la sécurité nationale en 2020, plusieurs médias pro-démocratie ont fermé. Des journalistes ont été poursuivis. Des bibliothèques publiques ont retiré des ouvrages de leurs rayons. Les arrestations de juillet 2025 s’ajoutent à cette séquence sans l’inverser.

La librairie indépendante, symbole d’un espace culturel qui rétrécit

Have a Nice Stay n’était pas une librairie ordinaire. Fondée par d’anciens journalistes, elle représentait un espace éditorial autonome dans une ville où ces espaces se raréfient. Sa fermeture annoncée, puis la perquisition qui l’a suivie, semble indiquer que la pression ne porte pas uniquement sur les grandes structures médiatiques.

Elle touche désormais les petits acteurs culturels. Ceux qui, par leur nature même, diffusent des idées en dehors des circuits institutionnels. C’est ce changement de cible qui marque peut-être le tournant le plus significatif de cette séquence.

Ce qu’il faut retenir

  • Cinq personnes arrêtées et deux librairies perquisitionnées à Hong Kong pour vente d’ouvrages jugés séditieux.
  • Les autorités exigent que les libraires s’autocensurent, sans fournir de liste de publications interdites.
  • Le flou juridique peut être interprété comme un outil de dissuasion culturelle à lui seul.
  • La fermeture de Have a Nice Stay illustre la pression croissante sur les espaces éditoriaux indépendants.
  • Ce durcissement s’inscrit dans une dynamique engagée depuis 2020 et accélérée par la loi de 2024.
Rue commerçante animée de Hong Kong vue du ciel
Hong Kong, ville où les espaces culturels indépendants se raréfient progressivement. (image générée avec IA Gemini)

Hong Kong, laboratoire d’un contrôle culturel sans liste noire

Ce que révèlent ces arrestations dépasse le seul cas hongkongais. La méthode – une loi large, un critère flou, une responsabilité transférée aux acteurs privés – dessine un modèle de censure sans liste officielle. Un modèle efficace précisément parce qu’il reste invisible. Les librairies ferment. Les ouvrages disparaissent. Et aucun index n’est jamais publié.

Et vous, pensez-vous que l’autocensure imposée aux libraires est une forme de censure plus efficace que l’interdiction directe ? Donnez votre avis en commentaire.

Sources : franceinfo

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Pourquoi des libraires ont-ils été arrêtés à Hong Kong ?
La police hongkongaise a arrêté cinq personnes lors de la perquisition de deux librairies le 16 juillet 2025. Les suspects sont accusés d’avoir exposé et vendu des ouvrages à « intention séditieuse », en violation des lois sur la sécurité nationale.
Qu'est-ce que la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong ?
Cette loi, adoptée en 2020 puis renforcée en 2024, punit les actes jugés contraires à la sécurité de l’État, notamment la sédition, la subversion ou la collusion avec des puissances étrangères. Son champ d’application très large a été critiqué pour son manque de précision.
Pourquoi la librairie Have a Nice Stay a-t-elle annoncé sa fermeture ?
La librairie a invoqué l’impossibilité de distinguer les publications légales des illégales. Elle dénonçait une « ligne rouge » floue et indéfinie, rendant selon elle toute activité éditoriale indépendante trop risquée.
Y a-t-il une liste officielle de livres interdits à Hong Kong ?
Non. Le chef de la sécurité Chris Tang a confirmé qu’aucune liste noire de livres ne serait publiée. Les autorités évaluent le contenu des ouvrages au cas par cas, ce qui transfère la responsabilité de l’autocensure aux libraires eux-mêmes.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

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