Sommet Trump-Xi à Pékin : l’Europe craint d’être la grande perdante
Le sommet entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin concentre toutes les attentions. Pour l’Europe, l’enjeu dépasse largement les relations sino-américaines. Bruxelles redoute d’être exclue des négociations et d’en subir les conséquences économiques, sans avoir son mot à dire.
- L’Europe observe le sommet Trump-Xi depuis les coulisses, sans siège à la table.
- Les terres rares, les véhicules électriques et les chaînes d’approvisionnement industrielles sont au cœur des inquiétudes européennes.
- Un accord bilatéral entre Washington et Pékin pourrait isoler l’UE et fragiliser ses industries.
Une Europe spectatrice d’un jeu qui la concerne pourtant
Le sommet de Pékin ne se joue qu’à deux. Trump et Xi négocient en bilatéral, et l’Europe regarde depuis les coulisses. Cette position de spectateur n’est pas anodine : elle traduit une réalité structurelle. L’UE n’a pas les leviers pour s’imposer dans ces discussions.
Jonas Parello-Plessner, chercheur invité au German Marshall Fund, résume la situation sans détour. « De manière réaliste, les discussions entre Trump et Xi deviennent très bilatérales », dit-il. « Trump ne parlera qu’en son nom. » L’Europe n’est pas représentée. Elle ne peut qu’attendre le résultat.
Le scénario que Bruxelles redoute le plus : un accord de « commerce géré » entre les États-Unis et la Chine qui donne la priorité aux intérêts américains et écarte l’UE. Dans ce cas, l’Europe absorberait les retombées sans avoir participé aux négociations.
- Les VE chinois sont 25 à 50 % moins chers à produire que les modèles européens équivalents.
- Le SUV chinois MG4 est vendu à partir de 30 000 euros, contre 40 000 euros pour le Volkswagen ID.3.
- 60 projets stratégiques ont été désignés dans le cadre de la loi européenne sur les matières premières critiques de 2023.
- L’Europe reste dépendante de la Chine pour la quasi-totalité de sa chaîne d’approvisionnement en terres rares.
- La Chine contrôle une part dominante de la chaîne mondiale d’approvisionnement en terres rares, essentielles pour les véhicules électriques, les semi-conducteurs et les systèmes de défense.
- La Cour suprême américaine a annulé certains droits de douane de Trump en début d’année, poussant l’administration à envisager de nouveaux prélèvements sur les produits chinois.
- L’UE a adopté en 2023 une loi sur les matières premières critiques pour réduire sa dépendance, mais les experts jugent sa mise en œuvre insuffisante face à la concurrence chinoise.

Les terres rares, au cœur de la vulnérabilité européenne
La préoccupation la plus immédiate à Bruxelles touche à la survie industrielle. Elle a un nom : les terres rares. Ces minéraux critiques entrent dans la fabrication des véhicules électriques, des semi-conducteurs, des technologies vertes et des systèmes de défense. La Chine en contrôle toujours la chaîne d’approvisionnement mondiale.
Les responsables européens craignent qu’un accord Trump-Xi donne la priorité à l’accès américain à ces ressources. L’Europe se retrouverait alors exposée aux restrictions à l’exportation chinoises, sans filet de sécurité. Ilya Epikhin, du cabinet de conseil Arthur Little, note que « la Chine accorde des licences d’exportation de manière sélective, en conservant son influence sur les chaînes d’approvisionnement stratégiquement sensibles ».
Les industries allemande et japonaise auraient déjà subi les effets des contrôles chinois sur les terres rares lourdes. L’Allemagne et le Japon investissent dans des chaînes d’approvisionnement alternatives. Mais David Merriman, directeur de recherche à Project Blue, prévient : « La situation devrait empirer avant de s’améliorer. » La Chine reste, pour l’instant, irremplaçable.
Une loi européenne sur les matières premières critiques qui peine à convaincre
L’Europe a bien tenté de se doter d’une stratégie. La loi sur les matières premières critiques, adoptée en 2023, a fixé des objectifs ambitieux de production locale et désigné 60 projets stratégiques. Mais le bilan reste décevant.
L’Institut d’études de sécurité de l’UE ne ménage pas ses critiques : « L’Europe est à la traîne. Elle n’a pas adopté les politiques nécessaires pour rendre ces projets financièrement viables face à la concurrence chinoise soutenue par l’État. » En clair, les ambitions existent. Les moyens pour les atteindre, non.
Le risque d’un déferlement de produits chinois sur le marché européen
Si Washington et Pékin concluent un accord bilatéral, les surcapacités chinoises pourraient chercher de nouveaux débouchés. L’Europe serait une cible naturelle. Les véhicules électriques, les batteries et les produits industriels chinois pourraient inonder le marché européen à des prix que les industriels européens ne peuvent pas concurrencer.
L’écart de compétitivité est déjà significatif. Un véhicule électrique chinois coûte entre 25 et 50 % moins cher à produire qu’un modèle européen comparable. Ce différentiel, dans un marché ouvert, pèse lourd sur l’avenir de l’industrie automobile du continent.
Bruxelles se prépare, mais ses marges de manœuvre restent limitées
Face à ces risques, la Commission européenne tente de se positionner. Le commissaire au commerce Maroš Šefčovič a prévenu que l’UE « se battrait bec et ongles pour chaque emploi européen, pour chaque entreprise, pour chaque secteur » en cas de traitement injuste. Des mots forts, mais qui ne changent pas la réalité géopolitique.
L’Europe dispose de peu de leviers directs sur l’issue du sommet de Pékin. Elle peut renforcer sa politique industrielle, activer ses instruments de défense commerciale et diversifier ses approvisionnements. Mais ces mesures prennent du temps. Or, les décisions qui se prennent aujourd’hui à Pékin pourraient remodeler les équilibres commerciaux mondiaux rapidement.
- Renforcement de la politique industrielle européenne
- Activation des instruments de défense commerciale de l’UE
- Diversification des chaînes d’approvisionnement en matières premières
- Investissements dans des projets alternatifs aux terres rares chinoises

Une guerre commerciale sino-américaine serait aussi mauvaise pour l’Europe
L’hypothèse inverse est tout aussi préoccupante. Si Trump et Xi ne trouvent pas d’accord, une escalade des tensions entre Washington et Pékin frapperait aussi l’Europe indirectement. Moins de demande mondiale, des chaînes d’approvisionnement perturbées et une volatilité financière accrue pèseraient sur les industries européennes.
Parello-Plessner le dit clairement : « Si les Chinois jouent les durs avec Trump, l’Europe n’aura rien à gagner. » C’est là toute l’ironie de la situation. Qu’il y ait accord ou désaccord à Pékin, l’Europe semble exposée dans les deux cas.
- L’Europe n’est pas représentée au sommet Trump-Xi, mais elle en subira les conséquences directes.
- Les terres rares chinoises restent un point de vulnérabilité majeur pour l’industrie européenne.
- Un accord bilatéral sino-américain pourrait accentuer les surcapacités chinoises vers le marché européen.
- La loi européenne sur les matières premières critiques n’a pas encore produit les effets attendus.
- Qu’il y ait accord ou rupture à Pékin, l’Europe risque de se retrouver perdante dans les deux scénarios.
Un signal d’alarme pour la souveraineté économique européenne
Le sommet de Pékin semble indiquer que l’Europe a tardé à construire sa propre autonomie stratégique. Dépendante des terres rares chinoises, concurrencée par des produits industriels moins chers, et absente des grandes négociations géopolitiques, l’UE se retrouve dans une position défensive. Les décisions prises ces prochains jours à Pékin pourraient accélérer la prise de conscience à Bruxelles – ou confirmer que le retard accumulé est difficile à rattraper.
Et vous, pensez-vous que l’Europe dispose encore des leviers pour défendre ses intérêts industriels face aux grandes puissances ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : Euronews
