Terres agricoles américaines : comment la Chine s’installe aux portes des bases militaires
Des fermes chinoises à 15 kilomètres d’une base militaire américaine. Des tours de refroidissement deux fois plus hautes que la norme, construites par une entreprise de Pékin à 20 kilomètres d’un site de tests de drones secrets. Ces faits, documentés sur le sol américain, alimentent une inquiétude croissante au sein du Pentagone. Derrière l’apparence d’investissements agricoles ordinaires se dessine une stratégie qui semble indiquer bien autre chose qu’un simple intérêt pour le marché porcin américain.
- Des entreprises chinoises rachètent des terres agricoles aux États-Unis, souvent à proximité de bases militaires sensibles.
- En Caroline du Nord, la société Smithfield – liée au gouvernement chinois – contrôle désormais 99 % de l’élevage porcin local.
- Dans le Dakota du Nord, le Pentagone a bloqué l’installation d’une société chinoise à 20 km d’une base stratégique.
- Washington prépare une loi pour interdire ces acquisitions aux pays rivaux.
Un empire agricole chinois planté au cœur des États-Unis
La Caroline du Nord est l’une des régions les plus agricoles des États-Unis. Elle illustre aussi, mieux que n’importe quel autre État, l’ampleur de la présence chinoise sur les terres américaines.
Derrière le nom discret de Smithfield se cache une réalité frappante. Cette entreprise, qui affiche une identité locale, est en contrat avec le gouvernement chinois. Elle a construit en Caroline du Nord la plus grande usine de viande porcine au monde. Résultat : 99 % des cochons élevés dans l’État sont désormais produits sous contrôle chinois.
Pour Mitchell Porter, éleveur local, le constat est brutal. « Ils ont mis des gens comme moi sur la paille. Ils ont un monopole sur tout, même les bouchers et la nourriture pour les cochons. On ne peut pas les concurrencer », dit-il. Il pose aussi une question plus large : « Qu’est-ce qui nous dit qu’ils ne vont pas arrêter quand ça leur chante ? »
- 99 % des cochons élevés en Caroline du Nord sont désormais sous contrôle d’une entreprise liée à la Chine.
- La base militaire la plus proche des terres chinoises en Caroline du Nord se trouve à environ 15 kilomètres.
- Dans le Dakota du Nord, une société chinoise voulait s’installer à moins de 20 km d’une base de tests de drones.
- Le prix proposé par l’entreprise chinoise pour les terres agricoles du Dakota du Nord représentait plus du double du prix habituel.
- Depuis une loi chinoise de 2017, toute entreprise privée chinoise peut être contrainte par Pékin de participer à des opérations de renseignement.
- En 2023, un ballon chinois soupçonné d’espionnage a survolé plusieurs zones militaires américaines avant d’être abattu au large de la Caroline du Nord.
- Le gouvernement américain prépare un projet de loi pour interdire à la Chine et à d’autres pays rivaux d’acheter des terres agricoles sur le territoire américain.

La proximité avec les bases militaires : une coïncidence difficile à croire
Ce qui inquiète le plus le Pentagone, ce n’est pas la concurrence économique. C’est la géographie des acquisitions chinoises.
Paige Smart, agricultrice voisine des terres chinoises en Caroline du Nord, est directe. « Je peux citer au moins quatre bases militaires à moins de deux heures de route. La principale est à peine à 15 kilomètres. On se demande quelles sont les intentions des Chinois ici », dit-elle. En 2023, le ballon espion chinois abattu par l’armée américaine a terminé sa trajectoire juste à côté de sa ferme.
La carte des acquisitions chinoises de terres agricoles aux États-Unis révèle un schéma qui peut être interprété comme délibéré. Beaucoup de ces parcelles se trouvent à proximité de bases militaires stratégiques. Holden Triplett, ancien directeur du FBI à Pékin et spécialiste du contre-espionnage, ne laisse pas de place au doute. « On a déjà vu ce schéma. Ils n’achètent pas des terres n’importe où ou par hasard. Nos renseignements ont des informations fiables, qui disent que c’est une opération en cours », affirme-t-il.
Selon lui, ces positions permettent d’intercepter des communications, de surveiller les entrées et sorties des bases. « Être sur place rend tout ça beaucoup plus simple », résume-t-il.
Le cas du Dakota du Nord : des indices qui ont alerté les voisins
Dans les plaines du Dakota du Nord, un autre cas a failli passer inaperçu. Une société chinoise, Fufeng, voulait s’installer à moins de 20 kilomètres de l’une des bases aériennes les plus stratégiques du pays – celle où sont testés les drones militaires de nouvelle génération et les systèmes de défense anti-aérienne.
Gary Bridgeford, un agriculteur local, a failli signer. « Ils offraient plus de deux fois le prix normal pour des terres agricoles. C’était le prix d’un promoteur, pas d’un projet agricole », raconte-t-il. Le contrat incluait une obligation de confidentialité.
Ses voisins ont commencé à creuser. Ils ont relevé plusieurs points suspects :
- La société a changé de nom dès que l’attention médiatique a augmenté, passant de Fufeng à Fufeng USA.
- Le projet prévoyait des tours de refroidissement de 90 mètres de haut, contre une norme habituelle de 45 mètres.
- Pour Frank Matejcek, un agriculteur du coin, des tours aussi hautes sembleraient conçues pour « accéder au ciel et à toutes les informations qui s’y trouvent ».
Le Pentagone est intervenu. La vente a été bloquée. Ce sont finalement des investisseurs belges qui ont acquis les terres.
La loi de 2017 : quand commerce et espionnage se confondent
Le cadre légal chinois renforce les inquiétudes américaines. Depuis 2017, une loi oblige les entreprises privées chinoises à coopérer avec les services de renseignement de Pékin si ce dernier le demande. Cette disposition transforme juridiquement toute société chinoise en acteur potentiel du renseignement.
Pour Washington, cela change fondamentalement l’analyse. Un investissement agricole en apparence anodin peut masquer une mission de surveillance. La frontière entre intérêt commercial et opération d’État est effacée par le droit chinois lui-même.
Une réponse législative américaine en construction
Face à cette situation, le gouvernement américain ne reste pas inactif. Un projet de loi est en préparation pour interdire à la Chine et aux autres pays considérés comme rivaux d’acquérir des terres agricoles sur le sol américain.
Cette initiative renforce l’hypothèse que Washington perçoit ces achats non comme de simples transactions immobilières, mais comme une menace stratégique. La question de la souveraineté alimentaire se double désormais d’une question de sécurité nationale.
- Des entreprises chinoises contrôlent des terres agricoles américaines proches de bases militaires sensibles.
- Le schéma d’acquisition semble indiquer une logique stratégique, pas seulement commerciale.
- La loi chinoise de 2017 oblige toute entreprise privée à coopérer avec les services de renseignement de Pékin.
- Le Pentagone a bloqué au moins une vente jugée menaçante dans le Dakota du Nord.
- Washington prépare une législation pour fermer définitivement la porte à ces acquisitions.

Un rapport de force qui se joue désormais dans les champs
La rivalité sino-américaine ne se limite plus aux circuits intégrés ou aux ports commerciaux. Elle s’est déplacée dans les champs de maïs du Dakota et les élevages porcins de Caroline du Nord. Le terrain agricole est devenu un terrain stratégique. Et les fermiers américains, eux, se retrouvent au premier rang d’une guerre qu’ils n’ont pas choisie.
Pensez-vous que les États-Unis réagissent assez vite face aux acquisitions chinoises de terres agricoles ? Donnez votre avis en commentaire.
Sources : France Info
