IA : pourquoi la Chine pousse à une régulation mondiale avant de « perdre le contrôle »
Le Premier ministre chinois Li Qiang a lancé un avertissement clair depuis Dalian, lors du Forum économique mondial estival : sans gouvernance internationale de l’intelligence artificielle, le monde risque une « perte de contrôle » technologique. Ce signal venu de Pékin, souvent perçu comme un acteur de la course à l’IA, révèle une tension de fond – entre la volonté d’accélérer le développement et la conscience des risques que cette accélération génère.
- Li Qiang a appelé à une gouvernance internationale renforcée de l’IA lors du « Davos d’été » à Dalian, le 24 juin 2026.
- La Chine avait proposé un mois plus tôt un dialogue intergouvernemental avec les États-Unis sur ce sujet.
- En parallèle, l’économie chinoise vise une croissance de 4,5 à 5 % en 2026, son objectif le plus bas depuis plus de trente ans.
« Perte de contrôle » : un avertissement inhabituel venu de Pékin
« Le rythme des progrès technologiques est d’une rapidité sans précédent. » C’est par cette formule que Li Qiang a introduit son propos à Dalian. Le Premier ministre a reconnu que l’IA « a considérablement accru l’efficacité de l’innovation ». Mais il a aussitôt mis en garde : si la gouvernance ne suit pas, « les conséquences pourraient être lourdes ».
Ce discours contraste avec l’image habituelle de la Chine, souvent décrite comme un État qui accélère son développement technologique sans freins. Ici, Pékin adopte un ton proche de celui des régulateurs européens. La différence est que la Chine plaide pour une gouvernance internationale, pas unilatérale.
- 4,5 à 5 % : objectif de croissance chinois pour 2026, le plus bas depuis plus de trois décennies.
- 2,5 % : prévision de croissance mondiale de la Banque mondiale pour 2026, son niveau le plus bas depuis le Covid-19.
- 1/3 : part de la Chine dans la croissance mondiale actuelle.
- Le « Davos d’été » est la version estivale du Forum économique mondial. Il se tient chaque année en Chine et réunit décideurs politiques, experts et innovateurs du monde entier.
- En mai 2026, la Chine a proposé aux États-Unis la création d’un dialogue intergouvernemental sur la gouvernance de l’IA, secteur où les deux pays se livrent une rivalité intense.
- La guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël a pesé sur l’économie mondiale depuis début 2026, perturbant le trafic maritime et les approvisionnements en hydrocarbures.

Les risques concrets que la Chine met sur la table
Li Qiang n’a pas évoqué des menaces vagues. Il a pointé des risques précis : la dérive éthique, les biais discriminatoires, les cyberattaques et l’utilisation de l’IA dans les conflits armés. Ce cadrage semble indiquer que Pékin cherche à légitimer son rôle dans les négociations internationales sur ces sujets.
Mirek Dusek, directeur général du Forum économique mondial, a apporté une nuance importante. L’IA représente selon lui « une chance immense de faire un bond en avant » dans l’éducation ou la santé. Mais il a souligné que le vrai défi pour les gouvernements est de « faire en sorte que cela se traduise concrètement dans l’économie réelle ».
Un dialogue Chine-États-Unis sur l’IA, entre coopération et rivalité
Un mois avant le forum de Dalian, la Chine avait tendu la main à Washington. Pékin a proposé de créer un dialogue intergouvernemental sur la gouvernance de l’intelligence artificielle. Cette initiative peut être lue comme une tentative de peser dans la définition des règles mondiales, plutôt que de les subir.
Graham Allison, professeur à la Harvard Kennedy School et interlocuteur informel des deux capitales, relativise le risque de confrontation directe. Il note que la stratégie chinoise de 2025, qui a répondu coup pour coup aux droits de douane américains, a convaincu Donald Trump qu’il avait « désormais affaire à quelqu’un qui est à peu près son égal ». Ce rapport de force renouvelé peut être lu comme un contexte favorable à une négociation sur l’IA.
Une économie chinoise qui résiste, mais qui ralentit
Li Qiang n’est pas venu à Dalian uniquement pour parler d’IA. Il a aussi défendu la solidité de l’économie chinoise. Dans un monde marqué par les pénuries d’énergie et les blocages des chaînes d’approvisionnement, la Chine se présente comme un « refuge » de stabilité.
La réalité est plus nuancée. L’objectif de croissance de 4,5 à 5 % pour 2026 est le plus bas fixé depuis plus de trente ans. Ce chiffre reflète des déséquilibres structurels persistants, même si le commerce extérieur, les hautes technologies et l’industrie verte restent dynamiques.
Un « Davos d’été » sous fond de morosité mondiale
L’édition 2026 du forum de Dalian se tient dans un contexte international difficile. La Banque mondiale a revu à la baisse ses prévisions de croissance mondiale pour 2026, à 2,5 %, son niveau le plus faible depuis la pandémie. Dusek parle d’un « climat assez morose ».
La guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël a fragilisé les flux d’hydrocarbures et le trafic maritime depuis le début de l’année. Ces tensions géopolitiques renforcent, paradoxalement, l’argument chinois : dans un monde instable, une gouvernance internationale de l’IA serait un point de stabilité partagé.

Le « piège de Thucydide » et l’IA : une guerre évitable ?
Graham Allison a rappelé à Dalian son concept central : le « piège de Thucydide ». Il désigne la dynamique dangereuse qui s’installe quand une puissance montante bouscule une puissance dominante établie. Xi Jinping lui-même a cité ce concept lors de son sommet avec Trump en mai 2026.
Allison reste prudent, mais pas pessimiste. Il estime que les échanges récents entre les deux présidents laissent entrevoir une issue non militaire. Trump est « imprévisible », concède-t-il, mais il comprend que « la Chine, c’est autre chose » que les conflits précédents. L’IA, précisément parce qu’elle est un enjeu stratégique partagé, semble renforcer l’hypothèse d’une négociation plutôt que d’une rupture totale.
- La Chine prend position pour une régulation internationale de l’IA, en évoquant des risques concrets : biais, cyberattaques, usage militaire.
- Pékin a proposé un dialogue intergouvernemental avec les États-Unis sur ce sujet, un mois avant le forum de Dalian.
- L’économie chinoise se présente comme stable, mais vise sa plus faible croissance depuis trente ans : 4,5 à 5 % en 2026.
- La Banque mondiale prévoit une croissance mondiale de 2,5 % pour 2026, son niveau le plus bas depuis le Covid-19.
- Le rapport de force Chine-États-Unis semble évoluer vers une forme de parité, selon l’analyste Graham Allison.
Quand la maîtrise de l’IA devient un enjeu géopolitique à part entière
Le discours de Li Qiang à Dalian n’est pas qu’un appel à la prudence technologique. C’est aussi un positionnement stratégique. En se posant en champion de la gouvernance mondiale de l’IA, la Chine cherche à peser dans la rédaction des règles de demain. La question est de savoir si Washington acceptera de jouer le jeu d’une coopération sur un terrain aussi sensible.
Et vous, pensez-vous qu’une régulation internationale de l’intelligence artificielle est réaliste dans le contexte actuel ? Donnez votre avis en commentaire.
Sources : France 24
