Un blogueur chinois libéré grâce a Twitter

Un-blogueur-chinois-libere-grace-a-Twitter-ChinecroissanceUn blogueur chinois, accusé d’avoir « colporté des rumeurs contre la police », est arrêté en juin 2009, emmené au poste et interrogé sans relâche pendant des heures… Jusque là, l’histoire n’est que trop banale dans un pays où le délit d’opinion est monnaie courante. Le jeune blogueur, Guo Baofeng, alias Amoiist – qui se qualifie lui-même d’« emmerdeur » – s’était attiré l’inimitié des dirigeants de Fuzhou en postant une vidéo dans laquelle une pauvre femme en pleurs accusait les flics de la ville d’avoir collectivement violé sa fille de 25 ans, puis de l’avoir laissée mourir d’hémorragie.
Mais le destin de l’emmerdeur va soudain prendre un tour inattendu : à l’aurore, après une nuit d’interrogatoire, profitant de ce que ses geôliers sont assoupis, Guo réussit à envoyer en douce deux messages sur Twitter : « J’ai été arrêté par la police de Mawei, SOS », puis : « Svp, aidez-moi, j’ai subtilisé mon téléphone pendant que le policier dormait ». Plein d’espoir, il suit sur son minuscule écran la propagation de la nouvelle, twittée et re-twittée par des membres de son groupe.

Quand les flics lui arrachent son Blackberry, c’est déjà trop tard : la planète des « twitteurs » chinois s’est mise en branle. L’un d’entre eux lance l’idée d’une campagne d’un genre nouveau : il s’agit d’adresser au « prisonnier de conscience Guo Baofeng » une carte postale portant une seule phrase : « Guo Baofeng, ta mère te demande de rentrer pour le dîner ». Un autre fait imprimer la fameuse petite phrase sur des T-shirts et promet d’en offrir un en échange de chaque carte envoyée, une photo faisant foi. C’est bientôt une avalanche de cartes postales qui s’abat sur la prison N°2 de Fuzhou où Guo est détenu. En même temps, sur le Net, fleurissent des recueils de photos de cartes rivalisant de créativité et d’humour. Plus un internaute chinois n’ignore désormais l’histoire de Guo Baofeng et de sa mère qui l’attend pour dîner. Le buzz est tel, y compris dans la presse, que le blogueur est relâché au bout de deux semaines.

« Sans Internet, ce miracle n’aurait pas pu se produire, écrira Guo Baofeng sur son blog. Je suis la preuve vivante de l’immense pouvoir de Twitter. » Quand ils parlent d’Internet, les « netizens » (les internautes-citoyens, ou « Netoyens ») de Chine ont des accents lyriques, voire religieux : pour eux, le Net est « le plus grand cadeau que l’histoire ait fait à notre pays », « le premier espace, en 3000 ans d’autocratie, où la parole soit libre de toute censure », « la chance des défenseurs des droits civiques », ou tout simplement « un don de Dieu »… Ils sont persuadés que cet espace de liberté finira par englober toute la société, entraînant une évolution profonde du système politique.

Pierre

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